‹ Histoire générale des HongroisChapitre 8 sur 54 · hV · texte numérisé non relu

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môme le studmm générale de Weszprim dcite-t-il de cette époque? Mais la Hongrie ne fut pas alors, et même ne fut dans aucune période du Moyen Age, un foyer de vives discussions théologiques, bien que les opinions de Bérenger sur l'eucharistie ne soient pas sans y avoir éveillé quelque attention.

Elle reçut, non sans résistance mais sans dispute et sans examen, les doctrines et les principes ecclésiastiques qui, en l'an mil, avaient triomphé dans la chrétienté tout entière : elle n'opposa pas Rathramn à Pascase Radbert, ni l'indépendance de l'épiscopat aux fausses décrétales, pourvu toutefois q'une seule chose fût préservée, l'indépendance de la nation. C'est seulement la Réforme du seizième siècle qui a fait éclore la vie théologique chez ses adversaires comme chez ses partisans; la Hongrie ecclésiastique du Moyen Age a été beaucoup plus pratique et politique que tournée vers les recherches de la science et de la pensée religieuses. En revanche le peuple dont nous étudions l'histoire est plus que tout autre demeuré à l'abri du fanatisme : les horreurs qui, à diverses époques, y ont été commises au nom de la foi doivent presque toujours être imputées à des étrangers.

Pendant tout le onzième siècle, et plus tard encore, libres dans leur commerce et dans leur culte, purent subsister de nombreux juifs et quelques musulmans.

Cette tolérance relative et de fait ne s'étendait pas au paganisme national, qu'Etienne voulait exterminer. Il crut y arriver sûrement à force d'exigences fiscales et de pénalités. Outre le paiement des dîmes, les villages ou domaines d'une certaine étendue devaient se cotiser dix par dix pour construire et entretenir une église, et pour lui assurer des terres, des chariots traînés par des chevaux et conduits par des valets, six boeufs, deux vaches, trente têtes de petit bétail. Qui n'observait pas les fêtes et le carême jeûnait huit jours en prison. Qui troublait le service divin était fouetté et tondu. Qui n'observait pas le dimanche se voyait dépouiller de son bétail et de ses vêtements, à moins de les racheter »par sa peau«, c'est-àdire par une bastonnade.

Ceux qui s'écartaient de la religion chrétienne devaient être avertis plusieurs fois par l'évêque, puis livrés à la justice laïque. Enfin celui qui n'était pas baptisé ne recevait pas de sépulture honorable.

La royauté, prodigue de menaces contre les laïques dont la conversion se faisait attendre ou dont la soumission paraissait peu sincère, était prodigue de ses dons à l'égard des monastères plus encore que du clergé séculier.

La seule abbaye de Pécsvârad (en latin ad radiées montis ferrei) ne possédait pas moins de onze cent mansiones groupés en quarante villae, mesures carolingiennes adoptées dans le nouveau royaume. Pour le service de ses champs et de ses bâtiments, le même monastère avait six cents

charretiers ou cavaliers, plus de cent vignerons et quantité d'autres domestiques, dont l'énumeration permet de reconstruire par la pensée le plan de cette abbaye, certainement pareille à l'abbaye de Cluny, et rendant les

Statue, dite de Saint Etienne dans la cathédrale de Bamberg.

mêmes services à l'agriculture. Comme en France, quelques domestiques étaient consacrés à recevoir et à soigner les malades et les voyageurs. Etienne songea aussi à ménager des refuges de ce genre aux pèlerins hongrois

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qui se rendraient en Italie ou en Terre Sainte : des hospices 'furent bâtis pour eux à Ravenne, à Rome et à Jérusalem.

Les immunités du clergé furent à peu près les mêmes en Hongrie que dans le reste de l'Europe, si ce n'est que les droits du roi sur l'Église, ou plutôt exercés par lui dans la direction de l'Église, étaient plus étendus que dans aucun autre pays au onzième siècle. On ne pourrait guère les comparer qu'au gouvernement ecclésiastique de Charlemagne : c'était moins des synodes, bien qu'il y en ait eu un très important en 1016, dans la ville primatiale, que des assemblées nationales que sortaient les lois royales ; c'étaient moins des décrets de concile que des capitulaires qui réglaient et organisaient les intérêts religieux.

Les biens du clergé étaient placés par une loi formelle sous la protection directe du monarque, au même titre que les biens de la couronne. C'était le roi qui s'occupait de fournir les vêtements sacerdotaux et les vases sacrés. Sous l'autorité royale et sans aucun rapport direct avec la cour de Rome, les évêques avaient toute la puissance que leur attribuaient les autres pays de l'Église latine. Ils avaient seuls qualité pour juger les prêtres, contre lesquels le témoignage d'un laïque ne pouvait être reçu dans aucun cas.

On voit que l'organisation ecclésiastique de Saint Etienne était calquée, en partie sur l'Allemagne ou la France de son temps, en partie sur ces mêmes pays au temps de la grande monarchie franque.

Le même mélange se retrouve dans l'organisation séculière: s'agit-il de l'état de la plupart des terres et de la plupart des personnes, nous sommes en pleine féodalité; s'agit-il de la puissance gouvernementale et des conditions dans lesquelles elle s'exerce ainsi que la puissance législative, nous revenons deux ou trois siècles en arrière, au temps des Capitulaires et des Champs de Mai.

Il n'y a pas seulement là imitation inconsciente, résultant de la nature des choses: »Nous avons imité les Augustes anciens et modernes«, dit formellement le préambule des lois d'Etienne.

Comment, d'après quelle procédure législative, ces lois étaient-elles rendues? Il n'est pas facile de répondre explicitement à cette question, car nous ne possédons ces documents ni dans leur totalité, ni dans leur ordre chronologique, mais seulement tels qu'ils ont été codifiés plus tard en deux livres. Il est cependant très probable, d'après les renseignements contenus et dans ces livres même et ailleurs, que les lois étaient soumises, d'une part, à un conseil formé de grands seigneurs et de prélats, d'autre part à de grandes assemblées, convoquées sans intervalles réguliers, où se rendaient ceux des hommes libres qui voulaient et pouvaient s'y rendre. Mais ce serait devancer les temps que de se figurer une monarchie constitutionnelle, même une monarchie constitutionnelle du Moyen Age, telle que l'Angleterre le fut depuis 1215, et la Hongrie depuis 1222.

Le régime de liberté barbare et de fédéralisme patriarcal n'existait plus, et le régime représentatif n'existait pas encore ; de sorte que nécessairement le roi gardait la plénitude du pouvoir, et n'en partageait que l'apparence avec deux assemblées mal définies quant à leur composition et quant à leurs prérogatives.

On peut bien voir là l'origine de la Chambre des magnats et de celle des députés, mais non point encore l'existence et l'action véritables de ces deux conseils.

Nous pouvons maintenant étudier l'état des personnes et des terres tel que l'avaient déterminé l'établissement de l'épiscopat, l'immobilité succédant aux longues incursions, la décadence rapide du régime des tribus, l'introduction des étrangers et des coutumes occidentales, enfin l'institution de la royauté héréditaire. Au sommet de la hiérarchie, et à une grande distance des têtes les plus hautes, nous trouvons la personne sacrée du roi. Celui qui a conspiré contre elle ne trouvera pas de refuge même auprès de l'église, qui devra le frapper d'anathème ainsi que les complices et que les non-révélateurs.

Après elle, après les personnes du sang royal, viennent les dignitaires favorisés de la confiance souveraine.

Le premier d'entre eux est le palatin (Nâdor) qui est à la tète de l'ordre séculier comme l'archevêque primat de Gran est à la tête de l'ordre ecclésiastique, et dont la charge, alors limitée à la cour et à quelques services judiciaires, deviendra plus tard une sorte de lieutenance générale du royaume.

Viennent ensuite le chancelier, qui était toujours un évêque, et le cornes curialis régis, dont l'emploi grandira jusqu'à devenir celui de juge du pays, Orszâghirô.

C'étaient encore d'assez hauts dignitaires que ceux qui administraient les comitats, division nouvelle du territoire, dont voici l'origine. Le premier partage du sol conquis s'était fait entre les diverses tribus magyares ; il avait quelque chose d'instable comme la résidence même des guerriers conquérants, et depuis que la place des familles éteintes avait été prise par des étrangers ou reprise par les anciens possesseurs du pays, une nouvelle, répartition du territoire était devenue indispensable. Etienne y apporta les idées d'ordre et d'unité qui dirigeaient tout son gouvernement : il y eut une soixantaine de circonscriptions à peu près égales, chacune .ayant pour centre une des principales forteresses (vâr) bâties depuis la conquête dans le but de la consolider. De là le nom de Vârmegy donné à ces circonscriptions que l'on appela en latin Comitatus, et en allemand Gespanschaft, à cause du titre porté par le gouverneur qui représentait le roi. Le titre latin venait du mot cornes pris dans le sens administratif de l'Empire romain ou de la monarchie mérovingienne, plutôt que dans le sens féodal; le titre magyar était celui dHspdn certainement dérivé du

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jtipan slave, et qu'adoptèrent les Allemands non sans en modifier les premières lettres.

Ces représentants du roi dans les comitats, formèrent depuis, avec les descendants des familles princières et les possesseurs de grandes terres, appelés eux aussi comités, la haute aristocratie, l'ordre des fôrendek, des magnats.

La petite noblesse était beaucoup plus nombreuse, et n'était d'ailleurs pas séparée de la haute noblesse par une barrière infranchissable, car la faveur du roi ou des services éclatants suffisaient pour s'élever de l'une jusqu'à l'autre.

La noblesse, dans son ensemble, n'était pas non plus considérée comme essentiellement différente des simples hommes libres, car elle n'était pas encore strictement héréditaire, et l'on y entrait par les services rendus.' Sans doute la classe des simples hommes libres, des vulgares, tendait toujours plus à se décomposer, en petite noblesse d'une part, et de l'autre en une sorte de colonat précurseur du servage ; mais on n'en était pas encore là. Le simple homme libre n'était pas dépouillé de tout droit politique, il pouvait aller aux assemblées, il fournissait le service militaire comme le noble qui n'était peut-être pas encore séparé de lui par des immunités fiscales, et qui ne l'était certainement pas encore par des lettres de noblesse ou des armoiries.

Une catégorie d'hommes libres déjà tout-à-fait spéciale était celle des habitants des villes, étrangers en grande partie, qui commençaient à les ■constituer sur le modèle des cités allemandes. Ils élisaient leurs magistrats et leurs prêtres sous la seule autorité du roi, auquel ils devaient en revanche un léger impôt et quelques soldats, et qu'ils devaient héberger avec sa suite lorsqu'un voyage l'amenait dans leurs murs. C'étaient à quelques égards de véritables colonies d'hospites, car ils portaient légalement cette désignation caractéristique, et ils rendaient de grands services au commerce du pays.

Au plus bas de l'échelle sociale se plaçaient les esclaves proprement dits, car Saint Etienne ne supprima pas l'esclavage tout en faisant son possible pour l'adoucir et en préparer l'extinction par des affranchissements individuels. Ils étaient encore nombreux, et même se recrutaient par la guerre ou par les condamnations, les lois d'Etienne conservant la peine de la servitude. Le maître était responsable dans le cas où son esclave tuait l'esclave d'un autre : il devait réparer le dégât, remplacer l'esclave tué. C'était donc le pur et simple esclavage antique. Mais la même loi sociale qui s'est fait sentir en occident lors de la lente formation du régime féodal, devait rapprocher constamment et finalement confondre les esclaves et les plus malheureux des simples hommes libres.

Quant aux classes intermédiaires entre la pleine liberté et le complet esclavage, on ne peut les comprendre si l'on ne connaît pas l'état des

terres. Elles se partageaient en deux grandes catégories à peu près égales : les biens particuliers et les biens du royaume. Les biens particuliers, véritables alleuds des anciens possesseurs et surtout des conquérants, étaient garantis par les lois, avec le droit de les transmettre en tout ou en partie à sa femme, à ses fils et filles ou à l'Église; en effet ces biens n'appartenaient pas en commun comme autrefois aux » familles «, la propriété était devenue individuelle. Mais la moitié peut-être du territoire était restée la propriété du royaume, surtout près des frontières et autour des châteaux centres des comitats. Ces terres-là étaient données en fief par le roi, soit à des seigneurs laïques, soit aux évêchés et abbayes, qui devaient en revanche fournir les services féodaux en usage dans tous les pays; les prélats hongrois qui étaient souvent des personnages politiques, ont très souvent aussi cru de leur devoir de figurer en personne sur les champs de bataille au lieu d'envoyer simplement leurs vassaux. Les terres du royaume données à l'Église devenaient bien des fiefs inaliénables d'une nature spéciale, mais ne perdaient pas leur caractère de fiefs.

C'étaient ces vassaux indirects du roi qui formaient des classes de personnes possédant des droits divers et compliqués. Il y en avait d'abord deux qui avaient quelque chose de noble et d'élevé, sans conserver la plénitude de la liberté personnelle. C'étaient d'une part les serviteurs libres ou même nobles du roi et des grands possesseurs de terres, qui combattaient sous leurs ordres avec le titre de miles, sorte de déclassés qui n'avaient pas le droit de quitter leur seigneur, que ce fût le roi ou un autre; on pourrait les comparer aux nobiles servi de nos cartulaires de cette époque. C'étaient d'autre part les soldats ou vassaux des châteaux, johhâgyones castri chargés de les garder pendant la paix, et recrutant l'armée royale en temps de guerre ; ils vivaient habituellement sur les terres royales qui entouraient les châteaux.

Deux autres classes intermédiaires se rapprochaient plutôt de la servitude. Les udvornici étaient des hommes de différents métiers, boulangers, meuniers, fauconniers, menins, sorte de petite bourgeoise rurale dans laquelle l'hérédité des professions était obligatoire, et que les seigneurs, les prélats et les rois se transmettaient avec les terres qu'elle n'avait pas le droit de quitter. L'udvornic était jugé comme un homme libre, mais il n'était pas admis à témoigner comme tel. Toutefois il arrivait aux hommes de cette classe, après certains services rendus, d'être anoblis en masse : de là vient qu'il existe encore aujourd'hui des hameaux dont les habitants sont tous nobles. Une dernière classe intermédiaire était celle du peuple des châteaux, vàrnép, ou des conditionarii, qui cultivaient la terre ou remplissaient certains métiers en payant de fortes redevances ou en fournissant des corvées pour les ponts, les routes, les fortifications.

Telle était la hiérarchie sociale au temps de Saint Etienne. Il reste à dire quelques mots de la justice, des revenus royaux et du service militaire.

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Les limites de la juridiction ecclésiastique étaient à peu près les mêmes qu'ailleurs : elles comprenaient donc les questions relatives aux testaments, aux mariages, aux serments prêtés. La juridiction laïque était confiée aux comtes et à leurs assesseurs; mais elle pouvait toujours être exercée par le roi ou le palatin, dans toutes leurs résidences et même pendant leurs voyages. En plein air, devant tout le peuple, un héraut appelait les parties adverses. Les témoins prêtaient serment, et s'ils se parjuraient, ils devaient perdre la main droite. Dans d'autres cas on employait les épreuves du fer rouge ou de l'eau bouillante, pas encore le duel judiciaire. Des officiers appelés pristalds, étaient chargés d'exécuter la sentence.

Rarement le procès offrait un caractère civil, car les partages étaient encore récents et les contestations rares. Nous devons cependant remarquer combien la législation magyare a toujours été favorable aux femmes, particulièrement aux veuves : elles administraient tous les biens de leurs enfants en qualité de tutrices, et même privées d'enfants, elles conservaient les biens de leur mari tant qu'elles n'avaient pas contracté un second mariage. Les tilles héritaient comme les garçons, et des lois minutieuses les préservaient ou les vengeaient des séducteurs. Même en cas de trahison du père de famille, les enfants innocents héritaient.

Presque tous les procès étaient de l'ordre criminel. Le système de la composition était pratiqué comme dans les anciennes lois germaniques, avec cette notable différence que le taux de chaque délit était calculé non d'après la qualité de l'offensé, mais d'après la qualité du coupable, qui payait davantage s'il était plus noble. Ainsi le meurtrier devait payer à la famille, illustre ou obscure, riche ou pauvre, de sa victime, cinquante boeufs s'il était comte, dix boeufs s'il était simple noble, cinq s'il était vtilgaris. Il y a certainement là, dans un reste de grossièreté, un principe de moralité supérieure. '

Les pénalités étaient le plus souvent cruelles. Le voleur esclave avait le nez coupé, puis les oreilles; l'homme libre qui commettait un vol était la première fois vendu, la seconde fois mutilé comme l'esclave ; ensuite la peine de mort les attendait l'un comme l'autre. La sorcière était d'abord livrée à l'Église qui la faisait jeûner ; en cas de récidive elle était marquée sur le front et sur les épaules. Ceux qui nuisaient à autrui par des sortilèges, étaient flagellés sur l'ordre de l'évêque. L'homme libre qui épousait l'esclave d'un autre devenait esclave lui-même ; si au lieu de l'épouser il la séduisait, il était horriblement mutilé. Les actes de violence étaient réprimés par la peine du talion, quel que fût le membre blessé. Le calomniateur avait la langue coupée.

Ce qui vaut mieux que toutes ces cruautés, c'est la protection, du domicile le plus humble même contre le pouvoir du comte : s'il entrait avec violence dans une maison, il devait payer une forte amende,, et s'il succombait dans la lutte, sa mort n'était pas punie. Mais le crime

le plus sévèrement atteint était la haute trahison, qui rompait le fil de la succession et entraînait la confiscation des biens du coupable. Il suffisait de dire à quelqu'un: »le roi veut ta perte « et de l'exciter ainsi à la révolte, pour mériter la peine de mort.

Les revenus du roi, non encore distincts de ceux de l'État provenaient des sources suivantes : contributions des udvornics et du peuple des châteaux ; impôts des villes ; revenu des salines et des mines ; droit réservé au roi seul de battre monnaie (il n'y avait point encore de monnaie de cuivre ou d'or, excepté les pièces byzantines ou italiennes ; le denier d'argent portait des deux côtés la croix, d'un côté la légende Stephantis Rex, de l'autre Civitas regia), part à prélever sur les compositions et les amendes ; confiscations et successions en déshérence ; présents obligatoires dans certaines circonstances et droit de se faire héberger, ce que l'on appelait le jus descensus, dont un diplôme royal pouvait seul dispenser.

Le service militaire était encore général et obligatoire, et nul ne cherchait à l'éviter, car les vieilles moeurs guerrières étaient loin d'être endormies. La guerre une fois décidée, l'épée sanglante était portée par tout le royaume, les châteaux servaient de rendez-vous, et l'on se mettait en marche pour rejoindre le roi, général en chef de cette armée, dont les jobbâgyones castri formaient en quelque sorte la réserve.

Telle fut dans ses diverses parties, l'institution monarchique et religieuse de Saint Etienne. Tel était le royaume dont il songeait à se décharger, en partie du moins, sur son fils Emmerich, afin de ne pas porter seul jusqu'à sa dernière heure le fardeau du gouvernement, qui pesait sur lui depuis trente-quatre années. Saint Emmerich est un prince dont nous ne savons rien en dehors des louanges banales d'un panégyriste, si ce n'est qu'il eut pour précepteur l'Italien Saint Gérard, devenu plus tard évêque de Csanâd, et que son père ou son précepteur, probablement son précepteur sous l'inspiration de son père, composa pour lui un célèbre livre de conseils.

Malgré quelques puérilités telles que celle-ci : les empereurs étaient nommés Augustes, parce qu'ils augmentaient l'Église, ce petit ouvrage est indispensable à qui veut connaître les maximes politiques et religieuses de Saint Etienne. La plus importante de beaucoup est celle qui déclare faible et précaire tout royaume où règne la complète unité de race et de langue de sorte qu'il est dans l'intérêt du prince de bien recevoir les étrangers et tout ce qu'ils apportent avec eux. Cette vue profonde, tout-à-fait surprenante dans un écrit de la première moitié du onzième siècle, l'époque par excellence de l'isolement des nations, n'a cessé de diriger la conduite des rois Arpâd; elle recommande plus que tout autre chose cette dynastie de trois siècles à l'attention de la postérité.

Les Conseils renferment d'autres recommandations remarquables. Emmerich est exhorté à ne rien entreprendre d'important sans s'être entouré

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des lumières de ses sujets ; à regarder les guerriers, défense du pays, comme des frères et non comme des esclaves ; à tempérer la justice par la clémence; à être fidèle à l'Église, à chercher en toutes choses le bien de l'Église, et ne point assister ceux qui se révoltent contre elle. On a depuis abusé de cette simple recommandation comme on aurait pu le faire d'une loi organique obligeant les rois de Hongrie à persécuter dans tous les siècles les hérétiques et les schismatiques.

Emmerich mourut presque la veille du jour fixé pour son couronnement (sep. 1031). Aurait-il été le digne continuateur de son père, ainsi que pourrait le faire supposer le deuil universel qui accueillit la funèbre nouvelle; ou si, comme à tous les princes héritiers moissonnés avant l'heure, on lui a supposé toutes les qualités que l'on aurait pu souhaiter de lui ? Quoi qu'il en soit, la mort de son unique enfant préparait au vieux roi autre chose encore que le chagrin paternel ; des compétitions de toutes sortes, de ténébreuses intrigues, des tragédies de palais, encore compliquées par l'antagonisme du vieux parti national et du parti des étrangers.

Il restait quatre descendants d'Arpâd en ligne masculine, tous les quatre neveux de Geiza. Le premier par ordre de primogéniture était Vazul, prince que Saint Etienne retenait depuis longtemps en prison ; c'étaient ensuite trois frères, André, Bêla et Levente, que l'on regardait comme les chefs du vieux parti et qui étaient très populaires. La reine Gisèle qui était à la tête du parti des étrangers, et que le clergé entourait de sa gratitude et de son admiration à cause de sa libéralité envers les églises, craignit pour son pouvoir, craignit sans doute aussi pour l'oeuvre de son époux. Or, un fils nommé Pierre était né du mariage du doge de Venise Urseoli avec une soeur d'Etienne; bien qu'il n'eût aucun droit au trône de Hongrie, Gisèle le destina à supplanter Vazul, et obtint pour lui le commandement de l'armée. Elle insista auprès du vieux roi pour qu'il le reconnût comme son successeur, mais au moment où elle se flattait d'avoir réussi, Etienne, se croyant près de sa fin, ne voulut pas dépouiller le prince son prisonnier, et donna l'ordre qu'on l'amenât devant lui pour qu'il fût proclamé l'héritier du trône.

Gisèle désespérée aurait eu recours à un crime horrible: un de ses courtisans aurait crevé les yeux à Vazul dans son cachot et rendu ainsi impossible l'accomplissement des intentions royales. Restaient les trois princes frères: avertis par le sort de leur parent, ayant tout à redouter de la férocité de Gisèle et de la faiblesse d'Etienne, ils s'enfuirent en Pologne, où ils furent reçus avec honneur, et où ils rendirent de grands services contre les barbares de la Poméranie, Gisèle et Pierre triomphaient. Le roi vivait-il trop longtemps au gré de l'impatience de leurs partisans ? Il n'y a guère d'autre explication possible d'un complot qui fut tramé contre ses jours: la main du meurtrier trembla, elle laissa tomber le poignard près

du lit royal, et le malheureux vieillard, réveillé en sursaut, lui promit son pardon s'il révélait le nom de ses complices. Mais tous les coupables furentils exécutés?

Abreuvé de tristesse et de dégoûts, Etienne fut délivré de l'existence, trente-huit ans jour pour jour après la fête de son couronnement (15 août 1038). Son absolutisme et les moyens violents qu'il avait employés pour le triomphe de son pouvoir et de sa religion, préparaient à son peuple une longue et terrible crise. Mais un jour ou l'autre son oeuvre devait triompher et devenir pour longtemps définitive. Aussi ce prince remarquable, un peu trop loué par les panégyristes ecclésiastiques et par toute une école de patriotes magyars, mérite-t-il de compter parmi les grands législateurs du Moyen Age, et de figurer au premier rang parmi les fondateurs de la Hongrie civilisée.

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