‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 103 sur 179 · CG · texte numérisé non relu

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parures pour désarmer le prince mongol, demandèrent à paraître devant lui et se jetèrent à ses pieds, mais Batou, dédaigneux et impitoyable, les fit dépouiller et décapiter en sa présence.

Il est inutile de répéter ces descriptions hideuses : le sac de Yarad et celui de Grau suffisent à donner une idée de ce iléau humain plus destructeur que tous les fléaux de la nature. Quelques places fortes l’évitèrent : la citadelle même de Gran, vaillamment défendue par un Espagnol, le comte Siméon ; Albe royale, la ville du couronnement, protégée à la fin de l’hiver par la fonte des neiges qui l’entoura d'un vrai marais ; enfin l’abbave du mont Saint-Martin, dont le siège fut interrompu par le brusque départ des Mongols. Sur la rive droite aussi, quelques villes, entre autres Nyitra, eurent la gloire et surtout le bonheur de résister jusqu’au bout1. En revanche , un corps d’armée tartare envahit l’Autriche, et parvint jusque devant Neustadt ; mais cette fois encore l’Occident fut impénétrable. Les princes et les peuples" directement menacés, Autriche, Styrie, Carinthie, avec des seigneurs allemands venus de plus loin, tels que le margrave de Bade, repoussèrent l’invasion, qui, d’aillleurs, allait bientôt d’elle-même se retirer de l’Europe2. Ce fut encore la Hongrie qui retint en quelque sorte et épuisa ses derniers efforts.

1. Ainsi Komorn, Trencsén (Fejér, IV, Ire part., 295, et 2e part., 206, etc.) Roger, et d’après lui d’Ohsson, se trompent donc lorsqu’ils affirment que les trois forteresses ci-dessus indiquées ont seules échappé à la conquête.

2. V. la lettre d’Yves de Narbonne, qui parle d’un proscrit anglais, devenu messager au service des Tartares, et fait prisonnier dans cette rencontre.

LES ROIS DE LA RACE D’ARPAD

Les fils de Gengis-Khan regardaient comme des sacrilèges les rois qui osaient repousser leurs messages impérieux. Ils tenaient beaucoup à s’emparer de leurs personnes et à les punir de leur rébellion. Aussi Kadan fut-il envoyé à la poursuite de Bêla, poursuite acharnée et rapide. Déjà vers la fin de 1241 , le roi , inquiet pour la vie de sa femme et de son fils, pour le corps de saint Etienne et les trésors des églises, les avait envoyés en Dalmatie. La reine, accompagnée d’une forte escorte et de nombreuses veuves, se réfugia dans File fortifiée de Clissa. A la fin de janvier la situation était plus triste que jamais : Bêla se plaignait de l’abandon où le laissaient ses sujets1. Bientôt il apprit la marche de Kadan et s’enfuit vers la côte de Dalmatie, près de laquelle se trouvent des îles nombreuses, assez rapprochées du continent pour qu’il soit facile d’y aborder, assez éloignées pour devenir un asile inviolable contre une armée de cavaliers, sans aucune expérience maritime. La route qui conduisait d'Agram au littoral n’était pas très longue, et elle semblait assez accidentée pour gêner la marche des Mongols. Mais Kadan avait une telle soif du sang royal qu’il franchit les passages les plus difficiles, et que son avant garde atteignit une ou deux fois la petite armée du fugitif : le roi n’échappa que grâce au dévouement des comtes Iludina et Alexandre, récompensés plus tard pour avoir soutenu le choc et sauvé leurs compagnons 2. Lorsque Kadan apprit que son ennemi avait gagné la côte, dans un accès de rage, il ordonna qu’on lui amenât tous ses captifs et leur fit couper la tête : il pas-

1. Nos omnes barones regni desernerant. — Omnes cognati et servientes nos dereliquerunt , etc. (Féjer, IV, lro partie, 335, 385, etc.

». Fejér, IV, I, 383 et 472).

sait pour le plus doux et le plus intelligent des princes mongols.

Le péril n’était pas conjuré, et le roi de Hongrie, ayant passé quelques jours à Glissa pour prendre avec lui sa famille et ses trésors, gagna la ville de Spalato, dont la population vint en procession au-devant de lui, et désira le garder dans ses murs. Les cités dalmates cherchaient toujours à se maintenir indépendantes par une sorte d’équilibre entre Venise et la Hongrie, et la suprématie hongroise se faisait sentir moins durement que celle de la République marchande. Les Spalatins accueillaient avec la plus touchante hospitalité les fugitifs de toute provenance qui leur demandaient un asile, en si grand nombre, qu’ils remplissaient non-seulement les maisons, mais les caves et les places publiques. Toutefois Bêla, peut-être pour fuir cet encombrement, peut-être aussi pour éviter les fréquentes agitations d’une cité capricieuse, préféra la ville de Trau, d’ailleurs presque de tous côtés défendue parla mer. Kadan. toujours bien informé par ses espions, arrive au bout de quelques jours; il vient lui-même à cheval reconnaître la position, et n’attend plus rien que d’une soumission volontaire ou d’une trahison. Par son ordre, un des Slaves entraîné à la suite de l'armée ennemie s’approche des assiégés et leur crie : « Pourquoi vous battez-vous pour des étrangers ? Livrez-les nous au lieu de vous faire tuer pour eux. Voilà ce que vous fait dire Kadan, chef d’une armée invincible. » Ces menaces et ces tentatives pour séparer des Hongrois les Slaves et les Italiens de Dalmatie restèrent sans effet. L’armée de Kadan passa encore la fin de mars dans les environs de Trau, mais sans efforts sérieux pour s’en emparer.

Il est probable (car nous ne pouvons le supposer que

LES ROIS DE LA RACE D’ARPAD

d’après des allusions contenues dans des diplômes ultérieurs) que le séjour du roi dans cette forteresse de Dalmatie fut signalé par plusieurs combats et par les grands services des Frangepani comtes de Veglia. Les chefs de cette famille à moitié italienne, à moitié magyare équipèrent des vaisseaux, armèrent des soldats, détruisirent des escadrons mongols, enfin méritèrent d’être appelés officiellement « des anges du ciel envoyés pour le salut du roi. » Trois autres jeunes gens, probablement d’origine slavonne, Ivrez, Iegerlick etRaak, sont signalés comme ayant sauvé la vie de leuxprince dans un combat où les chrétiens « étaient pi-is comme des poissons dans une nasse b » Peut-être à cause de ses petits échecs, peut-être parce qu’il désespérait de mettre la main sur Bêla, Ivadan se dirigea vers le sud, dévastant toute la côte jusqu’à Raguse, puis au mois de mai il reçut un co ui’rier de Batou qui lui ordonnait de commencer sa retraite : l’année tout entière se disposait à retourner en Russie parles Alpes transylvaines et la Bulgarie.

Quel a été le vrai motif de cette retraite ? Les Allemands et les Slaves se sont plu à le trouver dans leur ferme attitude et dans la crainte qu’ils inspiraient. Il est plus vraisemblable, plus conforme au génie des peuples altaïques et à la nature de leurs invasions, de l’attribuer en partie aux obstacles de toute espèce que les montagnes, les fleuves, les habitants de l’Europe centrale avaient opposés aux Mongols, en partie et principalement à la nouvelle récente de la mort du grand Khan Ogodaï. Batou, le petit-fils le plus célébré de Gengis-Ivhan, devait exercer la plus grande influence sur

f. Sur tout cela, v. outre Lucius et clans Lucius Thomas de Spalato, Fejér, IV, passirn.

l’élection d’un chef suprême : il désirait donc reprendre le chemin de l’Asie. La Hongrie épuisée ne pouvant même plus fournir de subsistances à une immense armée, on choisit la Bulgarie pays encore neuf où l’on pourrait se refaire en passant. Au mois de juin, la Transylvanie était presque évacuée; mais on se défiait d'un retour offensif, ruse trop fréquemment observée chez les Mongols. Bêla n’osa revenir qu’au mois d’août, et la famille royale passa encore le mois de septembre dans l’île fortifiée de Clissa.

Les derniers jours de l’occupation Tartare ne furent pas les moins pénibles : les soldats de Batou et de Kadan, sachant qu’ils allaient bientôt partir, n’avaient plus rien à ménager. Ils se faisaient un jeu cruel des souffrances des prisonniers, semblant parfois leur donner la liberté pour les égorger ensuite. Ceux qui purent s’enfuir, comme Roger1, traînèrent de forêt en forêt, de fossé en fossé, une vie misérable. Et lorsqu’on n’eut plus rien à craindre des hommes et de leur férocité, on regarda le sol de la patrie et on le vit couvert de ruines. La terre, en beaucoup d’endroits, n’ayant pas été ensemencée, la famine fut terrible pendant la saison suivante, tous les contemporains l’ont affirmé. Il fallut, pour ainsi dire, recommencer à nouveau la vie nationale, et toute une génération porta le poids de ces quinze mois de misère. La terreur mongole devait frapper longtemps encore l’imagination du peuple hongrois. Plusieurs fois, notamment en 1247 et en 1259, il crut avoir à choisir entre une invasion trop connue et une alliance détestée avec les envahisseurs. Mais l’une et l’autre furent évitées : la papauté, sous Innocent IV et Alexandre IV, se montra aussi empressée en faveur de la

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