Carmen miserabile, ch. xr
LES BOIS DE LA RACE D’ARPAD
Hongrie1 qu’elle s’était montrée inactive sous Grégoire IX, et s’il y eut réellement une bataille livrée à un corps de Tartares, ce fut une victoire et non pas une défaite (1261) 2.
Le résultat final de l’invasion, soit pour la Hongrie, soit pour la civilisation européenne, ne fut pas aussi fatal qu'on aurait pu s’y attendre. La misère et le danger stimulèrent l’activité nationale, et dans l’œuvre de réparation le roi Bêla se montra plus ferme et plus patient qu’il n’avait pu l’être dans l’œuvre de résistance 3. Il engagea les paysans et les bourgeois à rebâtir leur maisons, et pour remplacer l’or et l’argent qu'on ne trouvait plus guère, il fit frapper une monnaie en cuivre, chose nouvelle dans le pays, qui facilita le relèvement de l’agriculture et du commerce. Des colons étrangers, des Allemands surtout, furen t appelés pour repeupler les contrées dévastées, et s’acquittèrent de cette mission avec la tenace activité de leur race. Les Cumans eux-mêmes furent amnistiés de leur conduite pendant la guerre, et fixés dans des districts particuliers ; il n’y eut pas jusqu’à des Mongols qui se marièrent et se fixèrent en Hongrie. Les villes s’ôtaient courageusement défendues, et quelquefois avec succès lorsqu’elles étaient bien fortifiées: aussi obtinrent-elles de nouveaux privilèges, et le nombre des villes royales fut-il considérablement augmenté. On éleva des remparts plus solides autour des cités, même autour des simples bourgs, et il fut
1. V. notamment dans les Annales de Pray, t. I, p. 302, 3IG et 320, des lettres d’innocent IV.
2. Fessier-Klein, liv. IV, ch. ir. — Szalay (II, 88) exprime ses doutes sur un récit relatif à cette défaite des Tarlares, cpii aurait été extrêmement sanglante.
3. V. de nombreux diplômes de Bêla IV et d’Étienne V dans les M onumenta arpadiana, d’Endlicher.
permis de construire des forteresses privées, qui contribuèrent, comme jadis en France au temps des Normands, à l’extension du régime féodal. L’architecture civile et religieuse lit des progrès en môme temps que l’architecture militaire : le palais du roi s’éleva sur le rocher de Bude, et l’architecture gothique couvrit le sol magyar d’églises bâties sur le modèle des cathédrales françaises 1 .
Quant à l’Europe, un moment très-sérieusement menacée, la Hongrie lui a rendu le service, non-seulement d’arrêter à ses dépens ce torrent dévastateur, mais de le lui faire connaître en lui permettant de remonter à la source. Les explorateurs envoyés par Bêla, puis les témoins et les narrateurs de la guerre, ont été les premiers à étudier les peuples de l’Asie centrale. Ils ont rendu possibles et fructueux les voyages des missionnaires d’innocent IV et surtout de Marco-Polo, qui a ouvert à la science et au commerce un champ nouveau et immense. C’est ainsi que la Providence sait faire sortir le bien du mal, et des excès de la barbarie les progrès de la civilisation.
1. Toldy : première période du liv. II, Archœlogiai kôzlemények, Peslh, 1859, le travail intitulé : A Magyar müemlékek , sur les trèspeu nombreux restes de cette époque.