LES DERNIERS ARPAD ET LES PREMIERS HABSBOURG
Dès que l’on put s’occuper d'autre chose que des Mongols et des ruines qu’ils avaient faites, l’Autriche devint le principal objet de la politique hongroise ; d’abord l’Autriche seule, bientôt l'Autriche unie à la Bohême sous le grand Ottokar i, jusqu’au triomphe de Rodolphe de Habsbourg. Comme il s’agit d’un fait qui intéresse au plus haut point la politique générale de l’Europe, la fondation de la puissance autrichienne, et que les Hongrois y ont beaucoup contribué, nous allons étudier à part celte série d’événements qui dominent toute l’histoire des derniers Arpad.
Frédéric d’Autriche avait, nous l’avons vu, abusé de l’in-
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vasion mongole pour mettre la main sur plusieurs comitats de la frontière; ensuite il profita du besoin de tranquillité qui s’imposait à la Hongrie ruinée pour garder ces comitats en sa possession. Mais dès que cela fut possible (1246), Bêla
1 . Sur Ottokar et les luttes engagées entre les Magyars, la maison d’Autriche et la Bohême, v. surtout le 2° volume de la belle Histoire de Bohême de M. Palacky, notamment p. 136, 163, 173-184, 192 et tout le ch. v. Le ch. vi contient un grand éloge d’Ottokar.— V. aussi le livre Ier de la Geschichle von Œsterreich , de Majlâth .
conduisit une armée sur la Leitha. L’archiduc, le plus belliqueux des hommes, accepta ce défi- Dans un combat contre la cavalerie cumane, combat qui était sur le point de se terminer à son avantage , il reçut une blessure au visage et tomba mourant de son cheval. Gomme il était détesté pour son avarice et sa sévérité d, les chroniqueurs, même autrichiens, se sont demandé si le coup avait été frappé par l’ennemi ou par l’un des siens1 2. Quoiqu’il en soit, la dynastie des Babenberg venait de s’éteindre et la succession de l’archiduché d’Autriche était ouverte. C’était dès-lors à l’Empire de l’occuper : Frédéric II n’y manqua pas, malgré sa situation critique en Italie, car il destinait le grand fief vacant à son petit-fils Frédéric, neveu du dernier des Babenberg, ce même jeune prince qui fut, un peu plus tard, le compagnon de l’infortuné Conradin. Tant que vécut cet empereur, le plus grand adversaire des papes au Moyen Age, rien de décisif ne fut tenté pour la conquête de l’Autriche, il y eut seulement quelques ravages sans résultat près de la frontière; mais le duc de Bavière, le roi de Bohême, et surtout Bêla IV voulaient arrondir leurs domaines, ou, comme nous dirions aujourd’hui, rectifier leurs frontières aux dépens de cette contrée. Quant au pape Innocent IV, il chan-
1 . Cum esset severus liomo, in judicio districtus et crudelis, magnanimus in præliis, in thesauris congregandis cupidus, terrorem suum sic fudit super indigenas et vicinos, ut non solum non diligeretur, sed ab omnibus timeretur. (Cronica Augustensis, dans Frelier, II, p. S23. — Celte chronique raconte ensuite Tliistoire d’Ottokar, comme plusieurs autres que nous aurons à citer).
2. Dubium est, utrum ab amicis vel inimicis circa oculum cuspide vulneratus, de equo cadens oppressus occubuit. (Arenpeckû Chronicon, dans Pez, I, p. 1218.)
LES ROIS DE LA RACE D’ARPAD
geait souvent d’avis dans le choix des moyens, mais il était inflexible relativement au but, à la déposition des Holienstaufen.
La mort de Frédéric II (1250), engagea sérieusement la partie, non pas entre les princes allemands, caria grandeur germanique subissait un coup terrible et immédiat par la chute de la maison de Souabe, mais entre les rois de Hongrie et de Bohême, ou, comme nous dirions aujourd’hui, entre les Slaves-Tchèques et les Magyars. C’est plutôt une lutte de races qu’une lutte de maisons princières, car les petit-fils de Frédéric II lurent bientôt mis dans l’impossibilité de prendre possession de leur héritage. Le plus grand, le plus ambitieux, le plus habile, le plus fastueux, le plus brave souverain qu’ait jamais eu la Bohême, Przemysl-Ottokar II, épousa Marguerite d’Autriche qui avait deux fois son âge, et devint le maître de l’archiduché. S’il occupait encore la Styrie qui en dépendait, une redoutable puissance était fondée au cœur de l’Europe et sur la frontière hongroise. C’était la Grande-Moravie de Swatopluk qui se reformait, c’était dans l’avenir une Autriche slave.
Aussi Bêla, profitant de ce que les Etats de Styrie voulaient se rendre indépendants, occupa ce pays et y fit proclamer son fils Étienne 1 : l’àlliance séculaire de la Hongrie et de la Bohême était rompue. Les hostilités eurent lieu à la fois en Styrie même et en Moravie (1253), où une nombreuse armée hongroise commit de grands ravages. Un légat vint s’interposer avec une lettre dans laquelle le Pontife réclamait le droit absolu de décider entre les souverains et de présider au gouvernement du monde. Les deux rois eurent