Dandolo, p
levée de ses ruines et un moment maîtresse de la Styrie, força les Vénitiens à lui rendre Zara. Les autres frontières venaient d’être assurées par diverses mesures. Si Bêla ne réussit pas à imposer à la Gallicie un prince de son choix, il organisa la Serbie du Nord en une sorte de marche, qui prit le nom de banat de Macsô. Il confia le banat de Szôrény avec une partie de la Roumanie actuelle à l’ordre de Saint-Jean, qui prit l’engagement de le défendre contre toute invasion. Étienne Subich fut un habile gouverneur de la Croatie et de la Dalmatie, dont les villes, sans cesse en querelle les unes contre les autres, furent calmées par lui.
Le roi Bêla était donc, vers 1254, l’un des souverains les plus puissants et les plus respectés. Le malheur lui vint de son fils Étienne, ou plutôt de l’imprudence qu’il mit à suivre les pires exemples de ses devanciers, en faisant de son fils son propre compétiteur. Non content de le couronner, il lui donna la Croatie, l'Esclavonie, la Dalmatie; lors du désastre de 1260, sur les bords de la March, le fondateur de la grande famille Mariassy reçut en présent la belle forêt de Csetene pour être venu annoncer au roi que son fils s’étail échappé sain et sauf. Mais les courtisans gâtèrent tout : Etienne, engagé dans une lutte parricide, obtint de force, avec ce qu’il avait déjà, la Transylvanie et les droits souveverains sur cette contrée (1262). Le vieux roi, profondément blessé de cetle ingratitude, reporta toute son affection sur son plus jeune fils qui s’appelait Bêla comme lui. Après une nouvelle lutte, difficilement arrêtée par l’intervention d’Urbain IV, il mit tout en œuvre pour déposséder Étienne au profit de son frère puiné D’abord, il obtint pour celui-ci la main de Cunégonde de Brandebourg, et les fêtes du mariage furent célébrées sur les bords du Danube avec un luxe
LES ROIS DE LA RACE D’ARPAD
inouï , dont on conserva le souvenir : les seigneurs hongrois s’y étaient montrés dans des robes écarlates, avec des plumes de paon sur la tête, et des pierreries dans leurs longues barbes. Ensuite Étienne, la jeune reine et ses enfants furent chassés et menacés d’une déj)ossession complète.
Leur parti était populaire, il ne fit que grandir dans cette épreuve ; bientôt il fut capable de mettre sur pied une armée supérieure à celle du roi, et qui resta victorieuse à Isaszeg, près de Pesth (1267). Dès lors, le vieux souverain, obligé de rendre à son fils tout ce qu’il lui avait enlevé, ne régna plus que de nom. C’est le jeune roi Étienne qui vainquit les Bulgares et devint un moment leur prince ; c’est au jeune roi Étienne que s’adressèrent les envoyés du duc d’Anjou pour négocier un double mariage, entre le petit prince Ladislas et la jeune Isabelle de Naples, entre Charlesle-Boîteux, futur roi des Deux-Siciles, et Marie fille d’Étienne. Ces mariages napolitains, conception profonde de l’ambitieux frère de Saint-Louis, étaient alors la grande préoccupation de sa politique : il voulait ainsi préparer soit l’avènement de sa descendance au trône magyar, éventualité possible dès ce temps-là, et que nous verrons en effet se réaliser, soit, tout au moins, une alliance étroite qui lui permît d’accomplir ses projets de conquêtes orientales et de combattre l’Empire et les Allemands. Il est essentiel de se rappeler ici qu’en 1269, le tout puissant Ottokar était encore regardé comme un prince germanique, et même comme le bouclier de cette Allemagne, patrie d’origine de Manfred et de Conradin.
Un peu avant la conclusion des mariages angevins, la Bulle d’or fut jurée de nouveau avec quelques articles de
plus1. L’un d’eux, très-important dans l’histoire constitutionnelle de la Hongrie, et presque contemporain d’une innovation analogue dans la constitution anglaise, engagea les comitats à désigner chacun deux ou trois nobles pour s’occuper des affaires pendantes à la Diète annuelle d’Albe royale : c’était un pas de plus dans le régime représentatif. Les autres articles étaient destinés à rassurer, d’une part les udvorniks et le peuple des châteaux sur leur liberté personnelle, d’autre part les nobles sur leurs possessions, et, triste symptôme des guerres civiles, sur leur libre choix entre la cause du père roi et la cause du fils roi. Ce déplorable antagonisme prit fin en 1270, par la mort de Bêla IV2 : il ne put survivre à son fils Bêla, sur lequel il comptait obstinément pour sa vengeance, et sa haine contre Etienne s’était envenimée à un tel point sur son lit de mort, qu’il engagea les nobles, ses fidèles, et l’une de ses filles à s’enfuir auprès d’Ottokar avec les joyaux de la couronne.
Etienne Y ne garda pas longtemps (1270-1272) ce pouvoir royal qu'il avait tant convoité, et malgré ses talents incontestables et sa popularité, il ne signala son court règne que par un séjour en Pologne où il fut très-bien reçu3, et par sa campagne malheureuse contre les Bohèmes. Il mourut d’une fluxion de poitrine au moment où le ban de Slavonie, Joa-
1. Les actes les plus importants de Bêla IV sont consignés dans Endliclier, 444-522. Ils sont en quelque sorte innombrables dans Fejér et dans Wenzel.
2. Sur sa fille Marguerite, abbesse, plus tard canonisée, d’un couvent situé dans la charmante île du Danube qui a gardé son nom (Margit szigel), v. le T. VI des Archœologiai Kôzlemények, p. 19 et suiv.