‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 109 sur 179 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

CIIA.RLES ROBERT.

Jamais avènement d’une dynastie n’a été préparé plus soigneusement que l’élévation d’une branche de la Maison d’Anjou 1 au trône de Saint-Étienne. Le redoutable frère de saint Louis, le cruel vainqueur de Manfred et de Conradin, le fondateur imaginaire d’un grand empire latin dans le monde oriental, avait su distraire son imagination de ses rêves lointains et de ses inexorables justices, pour aplanir devant ses successeurs l’accès plus modeste du royaume danubien. Un double mariage avait fait des princes angevins les plus proches parents et les héritiers probables des descendants d’Arpcid. Héritiers impatients, le fils et le petit-fils

1. Dans chacune des histoires générales de Fessier, de Horvâth, de Szalay, de Majlâth, une partie du deuxième volume est consacrée à la Maison d’Anjou. — Dans Ivatona ( Hisloria critica regum Hungarîœ ), lest. VIII, IX, X. — Dans Thurôczy, la fin du liv. Il et le commencement du liv. III, comprenant la chronique de Jean de Küküllô.

de Charles d’Anjou n’avaient pas attendu l’extinction de la dynastie nationale de Hongrie pour réclamer cette couronne: André III ne s’était maintenu qu’avec peine contre les entreprises de Charles-Martel, et sa mort arrivée en 1301 semblait lever les derniers obstacles que rencontrât le prétendant napolitain. Toutefois diverses circonstances allaient prolonger une sorte d’interrègne avant que le jeune Gharles- Robert pût inaugurer par son couronnement une période assez longue et glorieuse de l’histoire magyare, celle des rois capétiens.

Il n’était question ni de la famille mineure d’André III, ni de l’élection d’un puissant Magnat par ses égaux : tout le monde était d’accord pour proclamer l’un des princes étrangers se rattachant à la maison d’Arpâd. Mais lequel allait-on choisir, un Français, un Tchèque, un Allemand, Charles-Robert d’Anjou, Wenceslas de Bohême, Otto de Bavière? Le pape Boniface VIII désirait avec ardeur que ce fût le prince français de Naples ; il le désira trop vivement, avec sa fougue habituelle, et il froissa profondément l’amour XDropre national, toujours si susceptible chez les Hongrois1. C’était le moment où le célèbre et malheureux adversaire de Philippe le Bel était tout entier à l’orgueil et à la joie du succès de son jubilé. Les royaumes de la terre ne lui apparaissaient que comme des fiefs dont pouvait disposer sa souveraineté unique et suprême : combien à plus forte raison le royaume de saint Étienne2 sur lequel plusieurs de ses

t. Pray, Annales, a. 1301 et suiv., et Fejéi', Codex diplomaticus, VIII, I, donnent les documents importants de cette époque.

2. Ungariæ regnum SS. Romanæ Ecclesiæ a beato Stepliano, primo rege Ungariæ Cliristiano, cum omni ejus jure ac potestate dévote oblatum fuit (Lettre de Boniface VIII, Pray, 1301)..

LA MAISON D'ANJOU

prédécesseurs avaient réclamé un droit direct de suzeraineté ! Son légat, l’évêque d’Ostie, arriva muni non pas d’instructions, mais d’ordres absolus pour les grands et les prélats, qui devaient s’empresser de reconnaître Charles-Robert.

C’en fut assez pour que le prétendant trop recommandé déplût à la noblesse magyare : elle approuva deux puissants personnages, Mathieu Csâk, maître de pi'ovinces entières et de véritables armées, et l’archevêque Jean de Kalocsa, qui appelèrent Wenceslas, tandis que le primat, soumis à la volonté du pape, faisait venir le prince angevin à Gran et l’y couronnait. Quelques jours plus tard les partisans du prince bohème s’emparaient de la métropole ecclésiastique , oii Wenceslas était couronné à son tour. Boniface VIII, stupéfait de cette audace, écrivait à son légat : « Notre vénérable » frère l’archevêque de Kalocsa, si toutefois on peut l’appe- » 1er vénérable, est arrivé à un tel degré de folie qu’il a osé » couronner notre cher fils Wenceslas1 ». Les efforts de l’évêque d’Ostie restèrent d’abord inutiles : c’est en vain qu’il convoqua une assemblée du clergé, il dut se retirer devant le peuple soulevé de la capitale, qui avait en horreur les Napolitains et leur influence dans le pays.

Alors Boniface VIII, sans renoncer à ses prétentions temporelles, dont le souci n’a jamais été si grand dans son âme qu’à la veille du plus humiliant désastre, Boniface VIII demanda le succès de ses vues politiques sur la Hongrie à des procédés plus habiles eL moins hautains 2. Il pressa l’empe-

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