‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 110 sur 179 · Lettre déjà citée · texte numérisé non relu

Lettre déjà citée

2. Charles-Robert recevait aussi des subsides du roi de Naples et empruntait de l’argent aux Florentins (Acla extera ou Magyar diplomacziài emlékek, publiés par M. Wenzel, Budapest, 1874; t. I, p. 152 et 174).

reur Albert de secourir le prince angevin, ce qui convenait on ne peut mieux à la tradition naissante des Habsbourg : s’ingérer le plus possible dans les affaires du royaume voisin. D’ailleurs il s’agissait moins d’une alliance armée que d’un arbitrage favorable : c’est à Vienne que les représentants des deux jeunes anti rois devaient faire valoir leurs titres, selon l’invitation du souverain pontife. Mais comme la décision était prévue d’avance, les défenseurs de Charles-Robert furent les seuls à arriver ; le roi de Bohême était profondément irrité, non-seulement de l’hostilité de la cour de Rome contre son fils, mais de ce que le pape, dans celte petite ville d’Anagni qui allait quelques mois plus tard devenir brusquement célèbre, avait contesté à ses ambassadeurs le titre de roi de Pologne que leur maître portait, au mépris, disait-il, des droits du Saint-Siège sur ce pays. Le roi Wenceslas II ne voulait donc pas entendre parler d'arbitrage autrichien ni pontifical ; il se borna à faire savoir que son fils, ayant pour lui le choix du peuple hongrois, n’avait pas besoin d’une autre consécration ; il n’attendit plus que le succès de son allié Philippe le Bel daus la grande lutte sérieusement engagée où l’on voyait ces deux ennemis séculaires, l’Empire et la Papauté, réconciliés contre la puissance croissante de la fdle aînée de l’Église, de la royauté française. Insistons sur d’autres aspects imprévus de cette lutte qui intéressait plus ou moins directement toute l’Europe : le roi de France, le chef de la maison capétienne, le représentant par excellence de l’hérédité monarchique, se trouvait soutenir le droit des peuples à élire leur souverain, contre ses parents de Naples, contre le pape, qui déclarait le trône de Hongrie héréditaire et non pas électif, et qui se répandait en plaintes sur le malheureux état

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de ce pays, réclamé par lui comme un domaine pontifical.

« J’ai vu les fleurs de lis entrer dans Anagni et le Christ « prisonnier dans la personne de son vicaire... » Cette immortelle invective du poète florentin retrace devant nos yeux l’humiliation, puis la mort de Boniface VIII, qui changea la situation politique en Hongrie comme dans plusieurs autres pays. Les partisans des çleux Wenceslas furent d’autant plus rassurés que le nouveau pape Benoît XI, ancien légat en Hongrie, connaissait Bien les susceptibilités des Magyars, et que l’on pouvait attendre de lui une décision favorable; mais il mourut trop promptement pour que l’on ait pu voir si cet espoir était fondé. Pendant une assez longue vacance du Saint-Siège (1304-1305), les princes slaves se brouillèrent avec plusieurs de leurs partisans, et le roi de Bohême, après une sorte d'expédition destinée à soutenir son fils, se décida à emmener le jeune prince qui se trouva bientôt appelé à lui succéder. Ayant déjà beaucoup de peine à se faire reconnaître dans ses états héréditaires, Wenceslas III renonça à la couronne de Hongrie, transmettant ses droits au prince Otto de Bavière. Les Bavarois et les Angevins restaient seuls en présence.

Il est curieux de voir quels furent les partisans du prétendant germanique. Les plus décidés se trouvaient dans une population fort éloignée de la capitale, chez les Saxons des vallées de Transylvanie1, obéissant à ce que nous appellerions aujourd’hui une affinité ethnographique : un roi qui parlait leur langue et appartenait à leur race leur semblait

\. Szilâgyi, Erdélijorszâg tôrténeie , I, 86 et suiv. — Teutsch, Geschichte der siebetibürger Sachsen, I. 93 et suiv.

préférable à la domination des Français de Naples, qu'ils n’ont jamais franchement acceptée. À côté d'eux le voïvode magyar de Transylvanie, Ladislas Apor, trouvait son avantage à reconnaître ce pauvre roi Otto, dépourvu d'intelligence et d’autorité, qui finit par devenir son prisonnier et son instrument. Quelques grands personnages tenaient encore son parti ; mais surtout il avait pour lui un prestige tout puissant aux yeux du peuple magyar, la possession de la sainte couronne. Le diadème vénéré ceignit son front, et il eut le bon esprit d’augmenter la joie populaire en renvoyant les Bavarois qui l’avaient accompagné : le peuple n’aimait pas les étrangers quels qu’ils fussent, qu’ils vinssent d’Italie ou d’Allemagne. Mais le roi comme le peuple auraient eu grand tort de trop se réjouir ; la personne de l’éphémère souverain, comme la couronne elle-même, ne sortit des mains des étrangers que pour tomber dans celles de l’ambitieux Apor ; et l’absence prolongée de toute royauté sérieuse permit au dur archevêque de Gran, partisan de Charles- Robert, de punir arbitrairement des plus affreux supplices les hommes du peuple qui avaient dirigé dans Bude, quatre ans auparavant, le soulèvement contre le légat.

Malgré les fautes des partisans de la maison d’Anjou, leur prétendant, par l’exclusion de ses adversaires, s’imposait à tous les Hongrois. D’ailleurs la papauté, au moment de commencer dans son palais d’Avignon la captivité de Babylone , conservait beaucoup plus qu’on ne le croit généralement l’esprit politique qui l’animait naguère lorsqu’elle était à l’apogée de sa grandeur. A l’instant même où beaucoup de nobles se préparaient à proclamer Charles-Robert dans la plaine de Rakos, Clément V lança une bulle contre ceux qui s’opposeraient à son avènement, sans] épargner

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le duc de Bavière1. Un peu plus tard, le légat Gentile de Montefiori vint occuper la principale place clans une diète solennelle (1308). Il tint un assez long discours 2, qui fut écouté avec faveur tant que les destinées de la Hongrie et la

sollicitude du pontife pour son bonheur en firent l’objet ; mais une vive et ferme protestation s’éleva quand l’orateur crut pouvoir dire que les Hongrois recevaient un roi des mains du pape. La nation voulait bien que les droits de son souverain une fois déclarés par elle reçussent ensuite la consécration pontificale ; mais sans préjudice des droits d’élection qui lui appartenaient3. C’est en effet dans ces limites que se restreignit l’intervention du légat. Un nouveau couronnement était nécessaire, car nul Magyar ne pouvait admettre qu’après les deux cérémonies qui avaient déjà porté ce nom , Charles-Robert fût devenu un roi régulier. Seulement une chose manquait encore pour ce troisième sacre, à savoir la sainte couronne elle-même. Le légat qui sentait bien l’importance de cet emblème national imagina de consacrer une autre couronne, et l’intronisation put avoir lieu. Charles-Robert d’Anjou accepta une formule de serment rédigée en langue latine et en langue hongroise : la fidélité à l’Église romaine, le respect des biens de l’Eglise,

1 . Ipsum quoque Ducem Bavariæ attente monemus, eique districte injungimus sub similibus excommunicalionibus. . . ne se regem Ungariœ nominet (Pray., ann. 1307).

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