Fejér, VIII, I, 264 et
3. Noleba'nt, nec erat aliquatenus intentionis eorum, quod Ecclesia romana, vel ipse Dominus Legatus sæpedicto regno de rege nullatenus provideret, sed placebat eis quod ilium, quem ipsi ex antiquo et approbato regni more vocaverant, legatus... in regem verum Hüngariæ confirmaret (Pray, 1308.)
la promesse de ne pas réclamer des domaines pontificaux tels que le royaume de Naples, tenaient une large place dans ce document.
Rien n’est invincible comme certains préjugés populaires; en vain la nouvelle couronne avait-elle été solennellement consacrée au nom du pape ; ce n’était pas la sainte couronne , et la cérémonie qui venait de s’accomplir n’était pas prise au sérieux par la nation. Ce fut une grande joie lorsque Ladislas Apor finit par remettre au palatin Omode le joyau historique. Un quatrième couronnement fut résolu, malgré ce qu’une semblable fête pouvait avoir de blessant pour le représentant du Saint-Siège. Gentile s’abstint naturellement de paraître à cette nouvelle et définitive installation, qui annulait celle qu’il avait eu tant de peine à préparer. Il ne faudrait pas se hâter de condamner cette insistance nationale comme la preuve d’un puéril entêtement : les intérêts qui se trouvaient réellement en jeu dépassaient de beaucoup la portée d’une rivalité entre deux morceaux de métal. La vieille couronne était le symbole de l'indépendance magyare, qui ne voulait plier devant aucune autorité étrangère. Les rois de la maison d’Anjou apprenaient ainsi dès leur avènement que la condition essentielle de leur royauté serait d’être fidèle à leur pays d’adoption. Cette condition, ils l’ont comprise et ne l’ont jamais oubliée, ce qui fut leur grande force et le resta jusqu’à la fin.
Charles-Ilobert ou Charles Ier de Hongrie n’avait que vingtdeux ans au début de son véritable règne (1310), car on ne peut compter comme en faisant sérieusement partie la période agitée que nous venons de raconter1. Toutefois il
1. Aussi n avons-nous point à nous occuper ici des deux sœurs
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croyait, selon les idées de sa glorieuse famille, à son droit permanent et héréditaire : il a toujours regardé comme des traîtres 1 ceux qui lui avaient un jour barré le chemin du trône ; il les a poursuivis d’une haine tenace qui tôt ou tard trouvait à se satisfaire, car il était parfois vindicatif jusqu’à la cruauté. Son autre défaut principal était une légèreté de mœurs assez rare chez les Capétiens des premiers siècles : ses trois épouses, Marie-Catherine de Pologne, Béatrix de Luxembourg, Elisabeth de Pologne, ont eu à se plaindre de ses infidélités, qui étaient, il est vrai, plus fréquentes pendant ses veuvages. Enfin une certaine disposition de son caractère aurait pu lui être funeste dans sa nouvelle patrie, s’il n’avait eu le talent de ne pas trop la témoigner : il n’aimait pas le régime constitutionnel, encore élémentaire et incomplet, mais déjà sérieux, dont le caractère magyar avait pris l’habitude depuis trois générations. 11 n’admettait certainement pas qu’il dût sa couronne à une assemblée ; il pensait la devoir un peu au pape, beaucoup à ses relations de parenté avec les derniers Àrpàd. Les institutions so-
de Charles-Robert, Clémence mariée à Louis-le-IIutin, et Béatrix mère du dauphin Humbert II, appelées l’une et l’autre princesses de Hongrie, parce qu’elles étaient filles du roi nominal Charles-Martel. Valbonais s’est occupé de ces princesses dans son Histoh'e du Dauphiné (Genève, 1722, in-fol., Ier vol., 291, etc.).
1. Il écrivait, en 1312, dans un diplôme destiné à récompenser un de ses partisans : Dum rex Bohemorum in regnum nostrum Hungariæ ex conspiralione et adductiope quorumdam nostrum infidelium contra nostram majestatem ad obtinendum SS. culmen regiminis Hungarici accesserat , et per copiam sui thesauri multos nobiles regni nostri sibi inclinaverat, et Demetrius, rabie infidelitatis inflatus, cum suis omnibus, et adducta sibi potentia Matthey de Trenchyn, infidelis nostri, et complices, etc. (Fejér, VIII, I, 433.)
ciales particulières à la Hongrie ne lui plaisaient pas plus que ses institutions politiques : il ne comprenait que la hiérarchie féodale sous une couronne puissante. Presque tous les traits de cette esquisse morale conviendraient, nojiseulement à Charles-Robert, mais à son fils Louis-le-Grand. Seulement, au lieu de heurter de front les forces vives de leur royaume et de leur siècle, comme leur parent Philippe le Bel, ils préférèrent les tourner à leur profit, changeant peu à peu toutes choses selon leurs idées, et sans que la nation qui les avait acclamés se sentît soumise à une imitation étrangère contraire à son orgueil et à ses instincts.
De tous les puissants personnages qui avaient pris l’habitude de l'indépendance, Mathieu Csak était le plus à redouter. Son palais de Trencsin était devenu la capitale de toute la région montagneuse du nord-ouest ; il avait un trésorier, un palatin, tout comme le roi. Des milliers de soldats, qui ne connaissaient d’autre autorité que la sienne ravageaient impunément les domaines des sujets fidèles. 11 forçait le clergé à donner les sacrements malgré l’interdit jeté sur cette contrée par le légat Gentile. Quelques villes meme tenaient son parti, entre autres la population allemande de Kaschau. Charles évita autant que possible d’attaquer directement ce vieux potentat plutôt barbare que féodal. Il lui infligea bien une défaite dans la vallée de Rozgony, mais il fit surtout en sorte de l’entourer d’un cercle hostile : les colonies saxonnes établies dans les comitats de Zips et de Saros furent encouragées par les privilèges les plus étendus à combattre Mathieu Csak, voisin d'ailleurs naturellement dangereux pour des cités commerçantes. D'autre part l’établissement en Bohême de la maison de Luxembourg, avec laquelle le roi de Hongrie ne tarda pas à s’allier, eut pour effet de
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réprimer les brigandages du despote de Trencsin : vaincu par les Bohèmes1, repoussé par son roi, auquel il demandait la paix, dépouillé de ses principales places fortes, il mourut (1318) rongé par la vermine, selon la tradition populaire qui a conservé la mémoire de Mathieu Csak avec un mélange d’horreur et d’admiration.
La maison d’Anjou n’avait plus d’ennemis sérieux à combattre dans l’intérieur du royaume. Mais avant de pouvoir en toute sécurité consacrer ses efforts à la politique extérieure, elle devait encore assurer les frontières du midi. Le royaume de Hongrie dépassait alors le Danube et la Save parla possession d’une province frontière, sorte de marche ou de confins militaires qu’on appelait le Banat de Macsô. Les princes serbes Étienne Dragutin et Urosch Milutin avaient profité pour s'en emparer de l'anarchie prolongée de la Hongrie : Charles-Robert, dans une heureuse et rapide campagne (1319) reprit Belgrade et parvint môme jusqu’aux Balkans. Un autre Banat, celui de Bosnie, était’ entre les mains de la puissante famille des Brebir, qui tyrannisait les villes commerçantes de la Dalmatie2 et les jetait dans les bras des Vénitiens : le ban Mladin Brebir apporta en vain des présents à l’énergique monarque, qui le fit jeter dans une forteresse et l’y maintint jusqu’à sa mort. Il voulut remplacer les Brebir par un homme à lui, Étienne Ivotromanovich ; mais il ne tarda pas à s’apercevoir qu’il n’était pas facile d’imposer sa volonté à ces dangereuses contrées, remarquables alors comme aujourd’hui par la complication de leurs races et par leur disposition permanente à s’insur-
1. Palack y,TGeschichte von Bolivien (t. II, 2e partie, p. 110).
2. Sur la Dalmatie, v. le liv. IV de Lucius, De Regno Dalmutiœ et Croaliœ , Amstelodami, 1668, in— fol.
ger. Aussi devait-il plus tard, pour lutter contre d'autres rebelles plus dangereux, donner la dignité de ban à Paul Brebir (1336).
Deux circonstances graves avaient d’ailleurs distrait son attention. La bataille de Mühldorf (1322), triomphe de l’empereur Louis de Bavière sur Frédéric d’Autriche atteignait la Hongrie, qui avait fourni toute une armée auxiliaire au prétendant maintenant vaincu et prisonnier 1 . Par cette alliance dirigée contre un empereur ennemi des rois de France, Charles-Robert entrait dans la politique de la famille des Capétiens ; il y entra mieux encore après la défaite de Mühldorf, en resserrant ses liens d’amitié non-seulement avec les frères de Frédéric, mais avec la maison de Luxembourg, avec ce Jean de Bohême qui devait, après avoir longtemps vécu « dans la domesticité de la maison de « France (Michelet) » , finir héroïquement sur le champ de bataille deCrécv. Mais pour le moment il fallait s’occuper des suites immédiates de la défaite : vingt mille cavaliers cumans rejetés en désordre sur le territoire commençaient à le ravager comme du temps des Mongols. Il ôtait temps de plier à la vie sédentaire ces hôtes incommodes, ces auxiliaires insoumis souvent pires que les armées ennemies; Charles- Robert s'appliqua dès lors à les maintenir dans les districts qui leur étaient assignés, quitte h les employer suivant les besoins du pouvoir royal, au dedans ou au dehors. C’est ainsi que les Gumans furent bientôt appelés à soumettre les Saxons révoltés ; mais après une victoire où périt le comte Henning, chef des rebelles, le roi, qui savait bien quels ser-
1. Volcmari chronica (p. 8 du 1er vol. des Fontes rertitn germanicarum de Bœhmer, Stuttgart 1843).
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vices rendait à la Hongrie la population industrieuse des vallées transylvaines, lui restitua tous ses privilèges, et obtint désormais sa soumission volontaire sinon son amitié4.
La politique angevine savait donc associer à un énergique gouvernement intérieur les préoccupations européennes qui allaient de plus en plus fixer son attention ambitieuse. Tous les historiens magyars remarquent le changement qui s’accomplit alors dans l’histoire de leur pays; les rois de la dynastie conquérante et nationale, une fois certaines limites atteintes, avaient surtout cherché à se défendre de nombreux périls et à gouverner sagement leurs sujets dans l’intervalle des trop fréquentes querelles entre les pères et les fils. Charles-Robert, issu d’qne "branche entreprenante d’une entreprenante maison, fit de la Hongrie une grande puissance européenne, étendant de tous côtés le réseau de ses alliances et préparant de vastes héritages aux enfants de ses rois. Du côté de l’Empire et des princes allemands, il se restreignit à de bienveillantes interventions comme celle que nous avons signalée, et à une alliance aussi constante que possible avec les Luxembourg, alliés eux-mêmes des Capétiens français2; les affaires de Pologne et. les caprices de Jean de Bohême, le prince errant, amenèrent une rupture momentanée de cette alliance et même une invasion de la Bohême (1332), mais les bonnes relations furent bientôt rétablies, comme le voulait l’intérêt des deux dynasties et des deux pays. De même Charles- Robert n’intervint dans les querelles des princes autrichiens que comme une sorte d’arbitre. L’Italie et la Pologne devaient rester ses grandes préoccupations.
1. Outre Teutscli, 1. cit., liv. II, v. Szilâgyi, 1. cit., p. 02.