Fejér, t. VIII, vol. III
Deux États italiens, les plus considérables par leur étendue ou leur richesse, la république de Venise et le royaume de Naples, étaient les deux objets naturels de sa politique du côté du Midi, avec cette différence qu’il se trouvait en face de Venise à titre de roi de Hongrie, en face du trône de Naples à titre de prince de la maison d’Anjou. Les patriotes hongrois n’ont pas tout-à-fait tort lorsque, malgré leur haute estime pour la mémoire de Charles Robert, ils lui reprochent d’avoir donné le premier rang à ses ambitions dynastiques, ne réservant que la seconde place aux intérêts durables de la nation. Qu’importait au peuple magyar que son roi possédât la couronne de Naples, ce trône lointain, toujours chancelant, toujours ensanglanté, hier par le poignard des Vêpres siciliennes, demain par la hache du bourreau ! Qu’importait aux cavaliers et aux laboureurs du Danube, qu'importait même aux clercs et aux prélats du royaume de Saint-Étienne , l’éphémère soumission d’un peuple ami des fêtes et des nouveaux régimes, toujours prêt à couvrir de guirlandes un écusson nouveau! Mais la raison, l’expérience même, ne préservent pas de certaines illusions les princes les plus sages. 11 n’y avait pas longtemps que Giotto, par une allégorie audacieuse qui faisait rire un spirituel roi des Deux-Siciles, représentait le peuple napolitain sous les traits d’un âne chargé d’un bât doré, et flairant un second bât doré qui ne pouvait tarder à remplacer l’autre1. Rien n’y faisait; le « jardin de l’Europe, » avec ses fleurs éclatantes et dangereuses, devait longtemps encore attirer par une sorte de vertige les souverains de tous les pays.
Charles n'avait d’abord entretenu avec son oncle le roi de