‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 120 sur 179 · Wenzel, II · texte numérisé non relu

Wenzel, II

2. Impudica vita, quand jampridem duxisti, occupatum regnum, neglecta vindicta, vir alter susceplus 5 necis viri tui probant noxiam te prorsus fuisse. (Pray, a. 1347.) — L’authenticité de cette lettre a été contestée, et nous donnons cette phrase plutôt comme un résumé énergique de la situation que comme un document.

jou n’avait songé qu’à la vengeance. Aussitôt que cela devint possible, ses préparatifs contre Venise furent suspendus. En attendant, il pressait vivement le pape d’agir par ses légats, non pas contre des sicaires obscurs, mais contre les grands criminels, surtout contre Jeanne et contre le cardinal Talleyrand, l’un des ennemis de son frère. Il était un autre objet de sa haine, Charles de Durazzo, l’un des princes de la famille royale, qui joua constamment un rôle équivoque, mais contre lequel il eutd’abord soin de cacher son ressentiment. Durazzo ne venait-il pas d’inhumer décemment les déplorables restes de la victime ? Ne parlait-il pas plus haut que personne de punir les meurtriers? N’était-ce pas lui qui dirigeait le parti hongrois de Naples et qui était prêt à y introduire une armée ? Envers ce douteux personnage, le roi Louis dissimula comme un vrai Sicilien, mais il le regardait, sans doute à tort, comme le chef secret des assassins 1 et il avait juré sa perte.

Les projets vengeurs de Louis le Grand eurent ce singulier résultat de modifier le système des alliances européennes. Il avait d’abord compté sur Charles de Luxembourg, roi de Bohême, qui allait bientôt devenir l’empereur Charles IV, et qui ôtait depuis longtemps l’ami personnel de Clément VI. Mais les lettres qui arrivaient d’Avignon montraient, comme toute la conduite de cette cour, l’intention bien arrêtée de protéger la reine Jeanne : le pape n’allait-il pas offrir la rose d'or à Louis de Tarente, son second époux? Voyant cela, le roi de Hongrie se rapprocha de Louis de Bavière, le vieil empereur excommunié, le vainqueur de la cavalerie cumane à

1. \ illani ne le croit pas coupable de ce fait, mais réellement coupable de conspiration, et d’intrigues avec le cardinal Talleyrand (il cardinale Pelagorgo), Mur., XIV, 21 .

LA MAISON" D’ANJOU

Mühldorf ; et pendant que le vieux Jean de Bohême allait se faire tuer à Crécv, il écrivait à Edouard III pour l’intéresser à la cause de son frère mort. Il négociait avec les princes et les républiques d’Italie pour le passage de son armée ; grâce à un voyage dans le Tyrol et à diverses ambassades, il s’entendit avec Venise, les la Scala et la maison d’Este. L’indignation soulevée par le meurtre d’André était générale en Italie; on en trouve la trace dans toutes les chroniques des contemporains. « O Aversa, ville trop bien nommée, s’écriait » Pétrarque, c’est dans tes murs qu’a succombé à une fraude » impie ton roi, déchiré comme par les dents et les griffes des » bêtes féroces b •»

La nation magyare n’était pas moins indignée. La noblesse qui entourait le roi s’était mise en deuil comme lui. S'il faut en croire la chronique d’Este 1 2, une bannière noire avec une épée sanglante au milieu, serait devenue le symbole du devoir qu’il restait à remplir, et tous auraient juré sur l’autel de s’associer à la cause de leur roi. 11 est d’ailleurs certain que l’armée d’expédition fut très-facile à réunir, la diète ayant accordé tout ce qu’il fallait. Elle était prête au milieu de l’année 1347; elle serait en marche, et bientôt une ambassade vénitienne arrivait dans Udine à la rencontre du fier ennemi qui devait faire un jour tant de mal à la république de Saint-Marc; elle fut reçue froidement. Le pape essaya de plusieurs moyens pour arrêter l’expédition ; le

1. O infelix Aversa, vere aversa ?... In te enim fraude impia periit rex tuus... Utinam morte alia... ut liominum manibus interfectus, non ferarum dentibus atque unguibus laceratus videretur. ( Epist . famil., VI, num. 5.)

2. Muratori, XV, 424 : curieuse description de la douleur de la cour hongroise, un peu trop circonstanciée et dramatique.

dernier dauphin du Viennois, ce même Humbert qui allait bientôt léguer à la France une magnifique province fut inutilement chargé d’adoucir le frère irrité. Les légats ne réussirent pas davantage ; leurs menaces d’excommunication furent écartées presque avec dédain par un prince qui déclarait qu’il avait le droit pour lui, et qu’il ne porterait aucun préjudice à l’Église dans une cause purement séculière. Jeanne, voyant ses propres lettres repoussées avec mépris1, s’enfuit en Provence.

Cependant la plupart des princes, Albert de la Scala, Obizzo d’Este, Ordelaffo de Forli, les Malatesta de Rimini, accueillaient avec amitié Louis d’Anjou, et parfois venaient grossir son armée, qui arrivait à Bénévent au commencement de janvier 1348. La république de Florence l’avait fait complimenter en chemin par des ambassadeurs vêtus d’écarlate2. Le tribun Rienzi est le seul qui ait résisté à des offres d’alliance; il écrivit au pape que le roi de Hongrie lui avait inutilement offert un corps de troupes, qui aurait occupé Rome sons ses ordres à lui, Rienzi, et aurait assuré sa domination3. Bientôt Charles de Hurazzo venait saluer celui

1. Si toutefois son échange de lettres avec Louis le Grand est authentique, ce que ne croient ni Pray, ni Fejér.

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