Prav, a. 1367 et
le Bas-Danube à soumettre, et le pape n’y voyait guère que le schisme à dompter !
II y eut pourtant une campagne sur le bord du Danube, au-delà des Portes de Fer, mais elle n’est connue qu’imparfaitement. Une armée de quatre-vingt mille Turcs, ou de Bulgares entraînés par des Turcs, aurait été vaincue par un corps hongrois beaucoup moins nombreux (1366). Ce fait semble bien prouvé par des inscriptions et des lettres contemporaines ; mais on a discuté la présence du roi à la tête de son armée, on en a même à peu près démontré l’impossibilité par une série d’alibis1. Le combat ne produisit d’ailleurs aucune conséquence sérieuse et durable. Louis avait pourtant compris, en quelque mesure, l’étendue du danger, car il pressa plusieurs fois les Vénitiens d’armer des galères contre les Turcs, mais la République était profondément irritée contre lui par les souvenirs d’une guerre récente, et d’ailleurs le sénat de Venise ne devait jamais combattre les Ottomans sans le secret désir de traiter le plus tôt possible. Le Souverain-Pontife ne pouvait avoir de telles arrière-pensées , et lorsque le roi magyar eut vu venir à sa cour l’empereur Jean- Paléologue, lui offrant d’adhérer à l’Eglise romaine contre une promesse de secours, il pensa que le moment était venu d’une grande alliance féconde pour la chrétienté. Mais Urbain V écouta froidement cette proposition, et répondit par
1. M. Ilorvâtli, II, 163 et suiv., dans une excellente discussion, établit, d’une part contre Pray, d'autre part contre Kalona et Szalay : 1° qu’il y a eu des succès remportés sur les Turcs (inscription de Mariazell confirmée par une note d'un légiste de Vienne), 2° que Louis n’a pas conduit cette campagne en personne (les dates de nombreux actes de 1566 ne laissent aucun intervalle suffisant pour que l’on puisse croire à une absence prolongée du roi).
LA MAISON D’ANIOU
une lettre pleine de méfiance à l’égard des Grecs : « Très- » cher fils, quand même il nous plaît beaucoup que tu t’oc- » cupes de la défense des Grecs dans le but de les réduire » à s’unir avec la sainte Église romaine, il faut cependant » que ce projet soit conduit avec prudence et maturité, de » peur qu’il ne devienne plus nuisible qu’utile. Les chro- » niques ne nous montrent que trop souvent comment les » Grecs, avec leurs fraudes et leurs ruses, se sont moqués » de l’Eglise; et il est à craindre que l’avenir ne nous en » garde autant , surtout lorsque nous voyons qu’ils sont » excités non par leur zèle religieux, mais par le désir d’ob- » tenir tes secours — Cependant nous voulons bien que tu » secoures l’empereur de quelques troupes armées, si cela » te paraît expédient. »
Rien n’était moins encourageant que ce langage, bien que le Pape se déclarât prêt à penser autrement, le jour où les Grecs auraient donné des gages suffisants de leur bonne foi1. Louis d’Anjou ne le cédait guère au Saint-Siège dans son animosité contre le schisme oriental : il se tourna donc contre cet ennemi-là. Wlaiko, prince de Valacliie, fut obligé de se soumettre. De nombreux moines franciscains se répandirent dans la vallée inférieure du Danube; ils se vantèrent d’avoir opéré en moins de deux mois deux cent mille conversions2. Plus tard, lorsque le Pape crut pouvoir prendre au sérieux les offres des Grecs et exciter énergiquement les Hongrois contre le véritable ennemi3, Louis le Grand était préoccupé de nouvelles affaires : il était roi de Pologne (1370).
1. Cette lettre importante se trouve notamment clans Pray, a. 1366.