En hongrois, il al signifie boisson
2. Jerney, Kelcli ulazâsa (lrr vol., p. H et sniv.). Il remarque avec raison que la particule Kôz termine un grand nombre de noms géographiques ; par exemple on appelle Csallô-Kôz la grande île de Schütt. — L’explication de Jerney est acceptée par MM. Szabô. Erdy, etc.
LES ORIGINES ET L’ÉPOQUE PAÏENNE
Nous pouvons donc maintenir que l’Atel-Kusu est le pays des rivières , le pays du Prutli et du Sereth, probablement aussi du Dniester, du Boug et du Dniéper1.
L’établissement des Magyars dans l’Etel-Koz ne paraît pas les avoir dégagés de l’alliance khazare2, et le chagan semble avoir exercé une pression sur eux pour qu’ils élussent un véritable prince exerçant une autorité permanente : le jeune Arpad, fils de Zalmouts, désigné par Lébédias lui-même, aurait été élevé sur le bouclier. Telle est du moins la version de Constantin Porphyrogénète, qui, dans cette partie de son récit, a probablement supprimé bien des événements et trop rapproché des époques différentes ; car, après avoir signalé une nouvelle invasion des Petchénègues, il introduit brusquement les Turcs (c’est-à-dire les Hongrois) dans leur patrie définitive.
Les chroniques nationales, remplies de légendes, mais d’accord sur quelques points essentiels avec les sources vraiment historiques, nous en racontent bien plus long. L’insignifiant Zalmouts de Constantin devient le noble Almos, le digne précurseur des grands princes. Sa naissance a quelque chose de merveilleux : sa mère, un peu avant de le mettre au jour, avait aperçu un vautour qui se réfugiait dans son sein et un fleuve resplendissant qui se répandait au loin sur
1 . Le Bpouxoç et le Zépexog de Constantin sont bien certainement le Pruth et le Sereth. Jerney reconnaît dans ie TpouXXoç, le Turla des Turcs, l’ancien Tyras, c’est-à-dire le Dniester, dans le Koüêoç, le Boug, et suivant lui le Bapcù^ ne peut être que le Dniéper.
2. Maçoudi qui n’est pas tout à fait d’accord avec Constantin, dit simplement que ces tribus « vivent en paix avec le roi des Khazars, » dont le territoire est limitrophe du leur. »
la terre1. Or, âlom, étant le mot magyar qui signifie songe, Almos était « l’enfant du songe », à moins que, comme se plaît à le supposer le notaire anonyme du roi Bêla, son nom ne vienne d ’almus, bienfaisant, car il était destiné à faire souche de pieux rois, et quoiqu’il fût païen, le Saint-Esprit l’aidait dans ses entreprises2. On va jusqu’à donner son portrait, sans doute d’après les vieilles chansons des bardes : un beau mais sombre visage, de grands yeux noirs, une taille longue et fine, de fortes mains, de longs doigts ; beaucoup de piété, de bienveillance, de générosité, de sagesse et de bravoure. Voilà bien des qualités attribuées au prince à moitié fabuleux qui a régné le premier, ou dont le fils a régné le premier, sur les Magyars encore établis dans l’Etel- Kôz .
Lu nature de ce principat , qu’il s’agisse d’Armos ou d'Arpàd3, nous est révélée et par Constantin et par les chroniqueurs. Ce n’est point une royauté ni même une direction centrale et unique; c’est comme la présidence militaire d’une confédération de tribus, lesquelles conservent leurs
1. Anon., ch. ni, iv, v, vi; — Turoczy, 2e part., ch. i : tVapi'ès ce dernier, Almos aurait été le fis d’Élod.
2. Almus, cujtis adjutor erât Sanctus Spirilus. . . donum Spirilus Sancti erat in eo (Anon., ch. vin.) Am. Thierry a insisté avec raison sur cette préoccupation des Hongrois du moyen âge, de mettre d'accord, fut-ce par de bizarres mélanges, leurs vieilles traditions païennes avec le christianisme. ( Attila , II, p. 349 etsuiv.)
3. L’Anon. attribue à son héros Almos la direction des Hongrois dans toutes leurs migrations depuis le fond (de la « Scythie » dont il donne la description la plus vague, jusque dans la plaine hongroise ; Thurôczy insiste beaucoup moins sur Almos et fait tout de suite intervenir Arpâd, le premier chef vraiment historique et le seul dont nous devions désormais nous occuper.
LES ORIGINES ET L’ÉPOQUE PAÏENNE
chefs indépendants. D’ailleurs à côté de ce prince que les Grecs nomment dpyrp(bç, les Hongrois vezèr , les écrivains latins dux ou 'prince'ps, existent d’autres pouvoirs fédéraux, celui du gylas et celui du kar-kan *, l’un et l’autre d’une nature judiciaire. Le gylas 1 2 était probablement l’assemblée du peuple (aujourd’hui gyülès). Le kar-kan, d’après une explication qui remonte au treizième siècle, et qui semble appuyée sur une bonne étymologie, serait le « juge du dommage. 3. » Quoi qu’il en soit, l’autorité du prince rencontrait une double barrière dans des magistratures où l’on a pu voir l’origine des futures diètes et des futurs palatins du royaume de Hongrie. Une autre barrière était la loi, notion puissante que l’écrivain impérial attribue à tous ces peuples sous le nom slave de zakon. Il y avait donc, dès le séjour de l’Etel-Kôz et sans doute plus anciennement, le germe d’une Constitution magyare.
La tradition populaire, peut-être aussi des souvenirs sérieux et authentiques, entourent ce berceau de la Constitution nationale de scènes dramatiques et imposantes. Les chefs des sept tribus, après l’élection du prince, lui auraient juré fidélité, à lui et à ses descendants, et tous, debout autour d’un vase dans lequel ils venaient de faire jaillir quelques gouttes de leur sang, auraient voué à la destruction quiconque ose-
1. De admin. imperio, cli. xl : Constantin a soin de dire que ce sont là des dignités et non pas des noms propres.
2. Ibn-Dasla écrit Dschila ; cet auteur arabe s’occupant des « Madschgars » dans l’Etel— Kôz, nous avons une preuve de plus de l’ancienneté de cette magistrature.
3. Jerney : Nyelokincsek, article gylas (V. sur cet ouvrage au chapitre suivant) ; Toldy, Geschichte der ung . Liter., p. 26.
rait enfreindre ce serment formidable1. De son côté, le chef suprême s’engageait à respecter les biens et le droits des autres chefs, à ne pas les exclure de ses conseils, et se soumettait à l’exil et à la proscription s’il violait sa parole.
Les sept tribus primitives énumérées par Constantin, portaient les noms suivants : Nyek, Meger, Kurtigyarmat, Tarjan, Ieno, Kar, Kaz2. Faut-il voir là une liste de chefs de tribu, ou plutôt une suite de noms communs susceptibles d’être traduits? Kar signifiant bras en hongrois, et Kez signifiant main, on peut être tenté de chercher des explications analogues pour le reste, quitte à tomber dans la fantaisie : ni Dankovsky 3, ni Jerney4, n’ont échappé à cet écueil. Dans le système de Jerney, chacun de ces mots désignerait une jjartie d’une armée en marche, centre, avantgarde, aile, etc. Disons plutôt avez M. Szabô que ce sont là des noms de personnes, appliqués ensuite à toute une jjofjulation 5.
1. Anon., ch. vi et vu ; — sur le serment du premier duc, sa réalité et son importance, V. dans le troisième volume delà Magyar T. Tarsasag, (Bude 1830, p. 199-238), le Mémoire de M. Czecli : A Magyar Kirâlyok eskiijôk (les serments des rois de Hongrie), et dans le sixième volume des Annales de l’Académie, (Bude, 1845, p. 65 et suiv.), le début du Mémoire de Szlemenics : Tôrvényeink tôrténete (Histoire de nos lois).
2. Telle est du moins la transcription de Toldy, (1. cit., p. 26). Le texte grec porte : Néy.i q, MsyépYj, KoopToyyspp.av, Tapi'av, levày,
Kapvj , Kacr] .