Fejér, t. VIII, vol. III
4. Réclamations des évêques (Pray. a. 1338, Fejér, t. VIII, v. IV, 321) : « Abolitas libertates. . . vetitos generales ordinum conventus... çlericos ad tribunal seculare rapi. »
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Elle approuvait, encourageait de sa présence, exigeait même parfois le duel judiciaire que le clergé avait toute raison de vouloir supprimer; elle supprimait au contraire les épreuves judiciaires, les ordalies, auxquelles le clergé était beaucoup moins défavorable. Elle s’opposait aux abus et aux empiètements des cours d'église, par exemple aux excommunications qui entravaient le cours de la justice. Elle réorganisait fortement les juridictions séculières, et la cour du roi qui devenait une sorte de Parlement. C’était, entre autres avantages, un moyen d’empêcher les abus des tribunaux seigneuriaux récemment institués ; d’ailleurs pour certains crimes la sentence était prononcée par douze jurés, dont quatre élus dans le comitat et huit désignés par le roi. De sages délais avant les procès civils donnaient aux conciliations le temps de se produire. Enfin la procédure toute primitive qui se faisait en plein air et verbalement, était remplacée par la procédure écrite.
Tous ces changements rendaient nécessaires de fortes études juridiques et la connaissance du droit romain. Déjà les évêques avaient décidé au synode de 1309 d'attacher à chaque cathédrale une école de droit canon, en même temps qu’ils étendaient un peu le champ d’études des écoles diocésaines qui existaient déjà. Mais il n’y avait pas d’université : Louis le Grand et le pape Urbain V furent d’accord pour en fonder une (1367) dans la ville de Pécs (en allemand Fünfkirchen, en latin Quinque ecclesiæ ). Tous les arts y
1. V. sur le duel judiciaire un travail de M. Pesty (Pestli), 1867), intitulé : A perdôntô bajvivâsok tôrténete , histoire on ne peut mieux documentée de cette institution en Hongrie. — V. aussi sur l’histoire du droit en Hongrie, Bartal : Comment, ad hist . status ju risque Hungariœ œvi medii (Posonii, 1847, 3 in-8°).
étaient enseignés, excepté la théologie, car on était trop près des contrées hérétiques; mais les études de droit étaient de beaucoup les plus importantes, celles qui attiraient le plus d’écoliers. Le professeur Galvano Bettini, de Bologne, était appelé par Louis le Grand qui le traitait avec magnificence. Les visites quelquefois prolongées des étudiants hongrois aux universités étrangères continuaient comme par le passé : ils allaient de préférence étudier le droit à Bologne et la théologie à Paris ; mais ils ne négligeaient pas les récentes fondations de Vienne et de Prague; quelques-uns préféraient Cologne, ou Padoue, ou Oxford1.
En dehors de ces efforts du roi et du clergé pour les progrès de l'enseignement, et dans cet enseignement lui-même, il ne faudrait lias s’attendre à des merveilles littéraires. Les rois angevins étaient assez instruits et ils avaient du goût, comme le témoignent les rares débris de leur bibliothèque arrivés jusqu’à nous : dix-huit discours de Cicéron, un bel office des morts de Charles-Robert, peut-être une chronique, magnifiquement ornée, dit-on, qui aurait eu la singulière fortune d’être envoyée au roi de France Charles V, et renvoyée en Orient par son petit-fils. Mais on ne peut pas dire que les rois angevins aient provoqué un grand mouvement intellectuel, bien que les contemporains aient vanté quelques écrits théologiques on philosophiques en latin, et quelques récits historiques assez curieux comme celui de Jean de Küküllô employé depuis par Thurôczy et comme ceux des historiens dalmates. Nous sommes encore moins à même
1 . Tout ceci est un résumé de la partie déjà indiquée de lTiisloire littéraire de M. Toldv, vérifiée par nos recherches au musée national et à la bibliothèque de l'académie de Pesth.
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d’apprécier la littérature magyare de cette époque, dont il ne nous est parvenu que quelques débris insignifiants, avec le souvenir précieux à conserver de tout un cycle poétique célébrant les liéros nationaux h
Donc, môme par le côté littéraire qui est le plus faible de la Hongrie sous la maison d’Anjou, cette dynastie apparaît à l’historien comme vraiment nationale. Arrivée dans le pays sans en connaître la langue, elle prit la peine de l’étudier et elle l’enseigna à son funeste héritier Sigismond. Elle prit aussi la peine d’étudier les mœurs et le génie du pays qu’elle devait gouverner, et si elle les modifia par des innovations le plus souvent heureuses, elle se garda de les méconnaître et de les froisser brusquement. Les fautes de cette courte dynastie française et italienne, qui aurait pu changer les destinées de l’Orient si elle eût vécu un siècle déplus, ses défauts incontestables, son penchant au despotisme, son ambition quelquefois mal dirigée, ont été effacés par ses services dans la mémoire des Magyars. L’historien Szalay va jusqu’à s’écrier que le règne de Louis a été « une longue bénédiction1 2. »
1. Szalay remarque, d’après Bonfmius, que Louis le Grand était un de ces liéros, et que des vers à sa louange étaient encore chantés à la cour de Mathias Corvin.