Hùsz en hongrois signifie vingt
de la population virile, et dirigée spécialement contre les invasions turques. La moitié des revenus ecclésiastiques, comme la moitié de la dîme, dut être affectée aux dépenses militaires.
L’intervalle de ces deux diètes importantes avait été signalé parles fautes et par les malheurs du roi. Il tendit un véritable guet-apens à ses ennemis de Croatie, Laczfy et Simontornyai, en convoquant une diète spéciale dans cette province. Ils y vinrent avec des sauf-conduits qui ne les empêchèrent pas d’être saisis et mis à mort dans la salle même des séances. Après cet acte de cruauté et de mauvaise foi, il crut devoir se consacrer à la cause de l’unité de l’Église. Pendant que son frère l’empereur Wenceslas, guidé par la même préoccupation, allait trouver Charles VI à Reims, entrevue bizarre d’un fol et d’un ivrogne, lui Sigismond entreprenait un voyage en Pologne pour détourner ce royaume de l’obédience d’Avignon. Il en revenait sans avoir atteint son but, et plus besogneux que jamais. Pour se procurer de l'argent, il ne trouva rien de mieux que de vendre des domaines et des seigneuries aux grandes familles, ou des îles aux cités telles que Zara. Il se faisait fort bien payer, mais les ducats, les milliers de ducats ne faisaient que traverser ses colfres. Ou racontait que s’étant couché un soir après avoir reçu quarante mille florins, cette somme l’empêclia de dormir; il se serait levé alors, puis il aurait distribué entre ses courtisans prompts à se réveiller cette somme énorme, après quoi, la conscience satisfaite, il aurait regagné son lit.
Tant de folies et de cruautés, alternant avec des préoccupations religieuses, exaspérèrent plusieurs dignitaires du royaume, entre autres le primat et le palatin. Un complot
LA MONARCHIE ÉLECTIVE
se forma; Sigismond, subitement entouré dans son palais, fut arrêté et conduit à Visegrad (1401). Dans ce cachot royal il vit de près la mort, car on le confia à la garde d’ennemis personnels 1 ; mais il paraît les avoir désarmés par l’excès de son infortune. D’ailleurs, ceux cxui l’avaient renversé du trône ne s’entendirent pas pour le remplacer 2 : les uns songeaient à Wladislas Jagello, qui ne s’en souciait pas, les autres au duc Wilhelm d’Autriche, d’autres à Ladislas de Naples, fils du dernier Charles de Durazzo. Nul de ces prétendants n’ayant obtenu le consentement général, force fut bien de laisser Nicolas Gara délivrer Sigismond, sous cette seule condition qu’il jurerait de ne x>as se venger. Rien n’indique qu’il ait alors violé sa parole ; il se borna à comblerde titres et de faveurs son libérateur Gara, qui devînt palatin, et son compagnon de captivité Philippe Ozoray 3 4, mais il tourna au dehors et contre sa propre famille sa turbulente activité.
Il n’avait jamais aimé l'Empereur son frère, chez lequel des vices grossiers n’avaient pas éteint tout sentiment, et qui avait fait son possible en faveur du roi captif 'l . Sigismond rendit à Wenceslas le mal pour le bien ; nommé par lui vicaire impérial et gouverneur de Bohême il le fit arrêter dans
1 . Viduæ cujus virum occiderat, in custodiam traditus. (Æneæ Sylvii De Bohemorum historia , c. 34, Francfort i 387, in-4°).
2. Quum proceres de alio eligendo non convenirent ( Annales Bo~ nincontrii, 1401, dans Muratori XXI).
3. Il -y eut sans doute des confiscations, car le Roi donne au ban Jean de Marôlh, en 1402, les biens de ses ennemis qui ont méprisé son amnistie (Fejér, T. X, v. iv, 293 — p. 660, importante donation au palatin Gara).