‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 141 sur 179 · Palacky, nr · texte numérisé non relu

Palacky, nr

Prague et le conduisit à Vienne où il le laissa sous la garde des princes autrichiens (1404). C’étaient là des alliés d’autant plus sûrs que par un traité formel 1 il reconnaissait l'un d’eux, son beau-frère le duc Albert, pour son héritier au trône de Hongrie s’il n’avait pas d’enfant mâle. La diète acceiAa cet arrangement qui inaugura la politique séculaire de l’Autriche quant à la possession de la Hongrie.

Tout semblait donc favoriser Sigismond; dans un instant tout se retourna contre lui. Son frère s’échappa de Vienne et retourna dans Prague où ses sujets l’acclamèrent. L’amiral napolitain vint débarquer à Zara, précédant le roi Ladislas, qui après avoir trop tardé dans l’intérêt de sa cause, fut accueilli par de nombreux x>artisans et couronné par l’archevêque de Gran d'un diadème improvisé 2. Le pape Boniface IX encourageait le nouveau prétendant, qui depuis Zara jusqu’à la ville hongroise de Raab fit un voyage triomphal. Mais Sigismond reprit bientôt le dessus, il mit en fuite son compétiteur, et ne se vengea de ses ennemis que par des confiscations, car il était plus avide que cruel. Sa plus sérieuse et sa plus durable vengeance fut celle qu’il tira du pajie : une loi fort bien accueillie par lad iete défendit sous les peines les plus sévères de payer aucune somme à la chambre du pape, et de recevoir, publier, exécuter une bulle sans la permission du roi. Cette loi; sans être jamais entièrement exécutée, a exercé parfois une influence sérieuse sur les rapports de l’Église et de l'État.

Une heureuse nouvelle venait de se répandre en Europe :

1. Fejér, t. X, iv, 130 : c’est un traité de succession mutuelle.

2. Annales Bonincontrii , a. 1403. C’est dans un esprit de vengeance que Ladislas aurait vendu Zara aux Vénitiens en 1409 : Hac injuria Ladislaus Jadrarn ejus Regni urbem postea Yenetis vendidit...

Bajezid le cruel vainqueur de Nicopolis avait été vaincu et pris par les Mongols. C’était au moins un temps d’arrêt dans l’accroissement de la puissance ottomane; c’était peut-être une admirable occasion de l’étouffer. Sigismond s’entendit avec le pape Grégoire XII pour la prédication d’une croisade. Il en résulta une campagne assez mal connue , signalée pourtant par quelques succès sur les Turcs et par un voyage le long des frontières méridionales. Mais au lieu de profiter largement du désordre de l’Empire Turc , il s’occupa de fonder l’ordre du Dragon contre les infidèles et les hérétiques, et il épousa (1408) Barbara Cilly qui devait lui être funeste, comme cette famille, comblée par Sigismond, devait être plusieurs fois fatale à la Hongrie tout entière.

Il était d’ailleurs distrait par d’autres ambitions. Le trône impérial était son idée fixe ; il avait déjà emprisonné, puis combattu son frère (1404) ; il crut le moment venu de le détrôner. Toujours plus étroitement lié avec la maison d’Autriche, il mettait en même temps du soin à se concilier les suffrages des électeurs. Il se présentait devant eux comme le rempart de la chrétienté contre les Turcs, et aussi comme le rempart du corps germanique contre les Polonais. Il a toujours eu en horreur cette nation qui l’avait dédaigné dans sa jeunesse; de sorte qu’il avait plus d’un motif pour assister contre elle les chevaliers teutoniques. Il ne put empêcher les templiers de la Baltique de se faire écraser à Tannenberg, mais les électeurs germaniques le préférèrent à l’ivrogne Wenceslas et à l’obscur Josse de Moravie 1 qui

1 . Nous n’avons pas à raconter ces événements compliqués, qui font partie de l’iiistoire d’Allemagne. Signalons toutefois une lettre de Jodocus (Josse) de Moravie, lequel a eu un moment des partisans nombreux, adressée à la Diète hongroise (Fejér, t. X, v. vu, o02) .

d’ailleurs mourut bientôt : Sigismond était empereur (141 î).

Pour la première fois la sainte couronne des fils d Arpad brillait sur la même tête que la haute couronne des Césars, symbole de la domination du monde. Était-ce un bien pour la Hongrie? La nation le crut d’abord. Son orgueil était flatté d’avoir donné un souverain au monde germanique ; elle ne comprenait pas qu’elle-même devenait en réalité une dépendance de ce grand corps et un instrument des nouvelles ambitions de son roi. C’est l’expérience que l’Espagne fit un siècle plus tard avec Charles-Quint ; les Magyars l’ont faite avant elle. Dans le premier enivrement ils accordèrent à Sigismond une concession énorme, en reconnaissant pour son héritière sa fille Élisabeth qui devait épouser Albert d’Autriche. La diète de Presbourg continuait donc un système intermédiaire entre la monarchie élective et la monarchie héréditaire, système qui devait porter au trône plusieurs courtes dynasties et profiter en dernier lieu à la maison de Habsbourg.

Les Magyars n’éprouvèrent que trop tôt combien c’était un honneur dangereux d’avoir pour roi un Empereur. Des deux côtés où s’était exercée avec persévérance et succès la politique angevine, à savoir la Pologne et la Dalmatie, ils perdirent non-seulement la frontière de Louis le Grand, mais la frontière des Arpad. Arbitre entre la Pologne victorieuse et les chevaliers Teutoniques vaincus1, l’Empereur oublia quelque temps ses rancunes pour les fêtes splendides et onéreuses de Cracovie et de Bude, où Sigismond trônait et paradait au milieu de Polonais et d’Allemands, mais dont la Hongrie payait les frais. Non-seulement on rendit aux

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