Fejér, t. X, v. v
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Polonais leur couronne, gardée à Bude depuis quarante ans, ce qui n’était que justice, mais un traité formel (1412) leur céda, dans les Karpathes du nord, treize sur vingt-quatre des villes du pays deZips, habitées et fondées par des colons allemands. Ce qui condamne surtout la conduite de Sigismond, et ce qui transforme en trahison sa légèreté, c’est qu'il se fit payer à beaux deniers comptants la mutilation de la frontière hongroise.
Les querelles de Sigismond avec Venise furent encore plus désastreuses. Elles étaient inévitables, car le lion de Saint-Marc reprenait avec sa persévérance habituelle la conquête de la Dalmatie, se fondant sur ce que le prétendant Ladislas lui avait cédé ses droits sur Zara b Mais ce qui envenima cette lutte en lui donnant une extension fatale, c’est que Sigismond se crut obligé comme Empereur de venger ses vassaux de l’Italie du Nord, les princes de Vérone et de Padoue. Dès lors les campagnes qu’il entreprit dans la Vénétie ne furent plus de simples diversions militaires comme au temps de Louis ; elles eurent un but qui était la restauration des Carrara; si bien qu’après une heureuse expédition d’Ozoray et de Marczali en 1412, lorsque la paix fut négociée par l’intermédiaire du pape Jean XXIII, le rétablissement de ces princes fut demandé au Sénat, et repoussé par lui. La guerre recommença mais avec moins de succès ; elle aboutit à une trêve de cinq ans qui ne devait pas empêcher les Vénitiens de reprendre toute la côte dalmate, et dont les principales clauses ne donnaient satisfaction qu’à
1. V. sur ces querelles avec Venise, outre Paulus de Paulo déjà cité, YHistoire de la République dj Venise , deDaru, IL 168 et suivantes mais surtout Lucius, L. v, cli. 4 et 5, avec beaucoup de documents de 1406, de 1409 et de 1412.
l’égoïsme impérial. En effet, Sigismond obtenait avec son escorte libre passage à travers les domaines de Saint-Marc, et il recevait deux cent mille ducats pour commencer une longue série de voyages qui allaient le retenir loin du royaume pendant près de six ans.
Cette absence prolongée n’intéresse que médiocrement l’histoire des Hongrois ; elle appartient presque tout entière à l’iiistoire de l’Empire et à l’histoire générale de l’Église. Cependant un des buts que poursuivait Sigismond était la paix de la chrétienté en vue d’une croisade au moins défensive contre les Turcs; d’autre part les événements religieux qui se produisaient en Bohême et devant le Concile de Constance allaient exercer une trojD grande influence sur la politique magyare pendant plus d’un demi-siècle, pour qu’il soit possible de ne pas nous y arrêter.
On sait que le Concile de 1414, dans la pensée de l’Empereur et de ses membres les plus actifs, devait aboutir à un triple résultat : rétablissement définitif de l’unité ; réforme de l’Église dans son chef et dans ses membres ; répression des hardiesses de Jean Huss et de l’Université de Prague. Quant aux deux premières questions, bornons-nous à dire que les évêques hongrois et les délégués de la précaire Université de Bude, fondée par Sigismond, siégèrent dans les rangs de la nation germanique , mais sans prendre part à toutes ses résolutions Les observations souvent dirigées contre le luxe et l’appareil royal des Pères de Constance s'appliquent assez justement aux prélats du Danube, car l’archevêque de Gran avait à lui seul une suite de cent soixante chevaux ; parmi les grands seigneurs laïques, Ozoray en avait un pareil nombre, et le Palatin Gara trois cents chevaux. Sigismond était encore plus prodigue que
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de coutume ; ses dépenses continuelles l’entraînaient à vendre le Brandebourg à Frédéric de Hohenzollern.
Sans nous occuper davantage des délibérations et des réformes manquées du Concile, passons aux affaires de Bohême et de Jean Huss. Envisagées sérieusement elles présentent deux aspects aussi importants l’un que l’autre : celui d’un mouvement religieux et celui d’une lutte de races b Nonseulement Jean Huss et Jérôme de Prague, mais déjà leurs précurseurs tels que Mathias de Janaw, et après eux les meilleurs de leurs disciples, professaient des doctrines trèsrapprochées de celles de la Réformation sur Jésus-Christ unique intercesseur, sur la lecture de la Bible par chaque fidèle, sur le culte et l’organisation ecclésiastique 1 2. D’autres, moins hardis et peut-être plus nombreux, ne voulaient que des réformes très-limitées, dont laprincipale était la communion sous les deux espèces, question qu’on ne peut traiter de superficielle sans être superficiel soi-même, car elle est étroitement unie à certaines notions sur le rôle du clergé et sur la vie intime de l’Église. Les Hussites modérés, pour qui la grande questionné tait celle du calice, s’appelaient les calixtins. Ce demi-hussitisme, et le hussitisme qui lui-même était une demi-réformation, recrutèrent des adhérents parmi toutes les races établies en Hongrie, non pas seulement chez les Slovaques du Nord-Ouest qui sont les très-proches parents des Tchèques, mais chez les Magyars et les Aile-
1 . Le premier de ces points de vue domine dans Jean Huss el le Concile de Constance d'Émile de Bonnechose, le second dans un ouvrage non moins remarquable et plus étendu, la Geschichte von Bolivien de M. Palacky (t. III), déjà bien des fois citée.
2. V. surtout une longue citation de Mathias de Janaw dans le ch. i de Bonnechose.
mands, et jusque en Transylvanie1, pays de population variée mais entièrement dépourvue d’éléments slaves.
Le caractère slave, le caractère tchèque et national du mouvement hussiten’en est pas moins incontestable. Il a été une protestation populaire contre les Allemands de Bohême et des pays voisins, contre la maison de Luxembourg. Wenceslas, dépouillé de l’Empire, était encore roi de Bohême; son indifférence était grande 2 au sujet des querelles religieuses qui s’agitaient autour de lui, et comme il avait à se venger de son frère et des princes germaniques, il laissait marcher les événements avec une neutralité plutôt bienveillante pour les novateurs, et d’ailleurs avec une impuissance à peu près complète soit à les aider , soit à les retenir. Mais Wenceslas faisait exception dans sa famille, et l’on pouvait prévoir que s’il mourait laissant la Bohême â Sigismond, celui-ci combattrait les Hussites, à la fois comme des adversaires religieux et comme des ennemis personnels. Déjà comme Empereur il laissa sans trop de peine violer son sauf-conduit et brûler Jean Huss3. Après son départ du Concile, pendant ses voyages en France, en Angleterre et en Allemagne, pendant que l’impératrice Barbara gouvernait assez mal la Hongrie et n’empêchait ni les traîtres ni les Vénitiens de s’allier avec les Turcs et de leur ouvrir la Bosnie, la Dalmatie et la Croatie; les Tchèques de plus en jjlus