Sigismond la lui reprochait (Palacky, III
3. Ce fait, dont on a parlé souvent avec étonnement, s’explique beaucoup mieux lorsqu’on connaît les antécédents de Sigismond comme roi de Hongrie, sa perfidie accompagnée de dureté, et son antipathie aussi bien politique que religieuse contre les Tchèques hussites.
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irrités déliaient le Concile et s’organisaient sous la conduite de l’énergique et habile Zizka. Sigismond était à peine de retour en Hongrie (1419), qu’il apprit la mort de son frère; il était à la fois Empereur, roi de Hongrie et de Bohême, il fondait ce qui s’appellera plus tard l’Autriche par la réunion une première fois réalisée de la plupart de ses couronnes.
Dès ce moment la destinée des Magyars fut comme faussée. Le meilleur de leur sang allait couler dans une multitude de combats, non pas contre les Musulmans, mais contre les hérétiques ou même contre ceux qui toléraient simplement certaines hérésies. Ce qui a livré aux Osmanlis le rempart de l’Europe, ce ne sont pas seulement les guerres civiles du quinzième ou même du seizième siècles, c’est avant tout la double série des guerres de Bohême sous Sigismond et Mathias Corvin. Une trêve de cinq ans permit aux Turcs d’achever de réparer les suites du désastre que Tamerlan leur avait infligé. L’armée hongroise était désormais libre d’attaquer les Hussites.
Jamais guerre n’a été plus difficile. Les insurgés avaient pour chefs des tacticiens admirables, tels que Zizka et les deux Procope, également supérieurs dans l'attaque furieuse à la fois désordonnée et savante, et dans la résistance indomptable sur les larges collines où ils établissaient leurs tabory. Aussi les Magyars et les Allemands ont-ils essuyé de nombreuses défaites 1 qu’ils devaient pour une grande part.
1. Æneæ Sylvii 1. cit., ch. 43 et suiv. — II dit aussi au ch. I de son cle Statu Europce (dans Freher, t. II) , en parlant de Sigismond : quem Bohemi quoque sæj>e acie fuderunt. Il est du reste, comme on peut s’y attendre, très-favorable à un prince ennemi de la« perfida Hussitorum insania : princeps singulari prudentia. magnitudine
au caractère et aux fautes de leur Empereur-Roi. Encore au commencement de 1420, malgré plusieurs atrocités commises de part et d’autre, malgré la répugnance des États de Bohême à reconnaître Sigismond, une grande guerre pouvait être évitée. Le parti modéré ne demandait qu’à traiter sur la base des libertés nationales et de la tolérance religieuse; mais l’Empereur qui avait été rejoint à Breslau par le légat du pape, fit exécuter un certain nombre de bourgeois, et les Tchèques exaspérés commencèrent à dévaster les églises et les monastères. Alors Sigismond dirigea sur la Bohême un corps d’armée commandé par Ozoray ; puis cette expédition n’ayant pas réussi, il vint lui-même avec une nombreuse armée composée de Magyars, d’Allemands et de Slaves catholiques, mettre le siège devant Prague. Le vaincu de Nicopolis n’était pas de force à lutter contre Jean Zizka dans des opérations difticiles. Zizka se fortifia sur une colline voisine, et au moment où une attaque de l’armée royale semblait réussir, opéra sa jonction avec une troupe sortie de la ville, et resta entièrement vainqueur.
Des pourparlers s’engagèrent, dans lesquels les Hussites formulèrent leur doctrine en quatre articles célèbres : libre prédication de la Parole de Dieu, communion sous les deux espèces, suppression des biens du clergé, interdiction des péchés mortels en tant que leur manifestation est publique. Malheureusement les pourparlers dégénérèrent en discussions théologiques et la guerre recommença, envenimée encore par la bulle qui ordonnait la croisade. Sigismond, qui
animi , beneticentia et liberalitate insignis, corporis quoque majestate ac décoré illustris».
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avait trouvé le moyen de se faire poser la couronne de Bohême sur la tête par l'archevêque de Prague, retourna en Hongrie, laissant prendre par les exaltés Taborites et Horebites le château de Vychehrad. Il fit un nouvel effort dans une campagne d’hiver (1421-1422), dirigée par Ozoray et Albert d’Autriche qui venait de conclure son mariage avec Élisabeth. Tout sembla réussir d’abord : à Brünn, les États de Moravie se virent obligés de renoncer aux quatre articles de Prague et de se déclarer contre les Hussites. L’armée se remit en marche et atteignit Zizka en pleine Bohême, près de Kuttenberg, ville ennemie des Hussites qui ouvrit ses portes. Mais Zizka s’ôtait fortifié derrière ses chariots, manœuvre dans laquelle il excellait; puis, le moment venu, il mit ses chariots en mouvement et s’échappa. Ce 11’était pas une fuite; il allait battre le pays, chercher des renforts, et bientôt il tombait sur l’armée royale, lui tuait douze mille hommes et la dispersait.*
Telle est la première phase de la' longue guerre hussite : les Hongrois y apparaissent au premier rang, mais leur lassitude était grande de tant de défaites inutilement supportées, qui, se fussent-elles changées en victoires, n’auraient rapporté ni gloire ni avantage à leur nation. Aussi le roi, voyant qu’il ne les déterminerait plus à se faire tuer dans l’intérêt de sa couronne de Bohême, ne compta plus que sur les armées allemandes et sur ses négociations. Il ne manquait pas en ce genre d’une sorte d’habileté. Le corps germanique, malgré l’habitude prise par la diète de délibérer et de voter des armées imaginaires plutôt que d’agir sérieusement, supporLa l’effort des Hussites victorieux et exaspérés (1426, etc.). Sigismond obtint une chose plus précieuse encore, la neutralité bienveillante de la Pologne. Le neveu
de Wladislas Jagello, Korybut, était arrivé à Prague1, y avait communié publiquement sons les deux espèces, déclaration formelle d’adhésion aux nouvelles doctrines ; mais son oncle le rappela, promit même de combattre les hérétiques. L’Empereur, qui n’avait pas perdu le goût des fêtes, vint passer quelque temps à la cour de Cracovie, chez son ancien rival. Il y trouva le roi Eric de Suède avec lequel il se lia d’amitié, et qui le suivit au palais de Bude. L’empereur Manuel y était aussi, mais il n’obtenait pas grande assistance pour la défense de Constantinople. Sigismond était tout entier à sa guerre et à son royaume de Bohême; les intérêts de l’Empire germanique ne venaient qu’au second rang, comme le prouve son peu de souci des chevaliers teu toniques ; quant aux intérêts de la Hongrie, ils étaient le plus souvent sacrifies.
Toutefois, la situation des Serbes et l’expiration de la trêve avec le sultan ramenèrent l’attention du roi vers le midi. Les despotes de Serbie n’avaient plus aucune indépendance réelle depuis la m#rt de Lazare à Kossovo; leur seule ressource, pour conserver une ombre de souveraineté, était de se soumettre tantôt aux Hongrois, tantôt au sultan. Les intérêts religieux, malgré l’antagonisme obstiné de l’Église latine et de l’Église grecque, devaient les rapprocher de la Hongrie : beaucoup de Serbes, après Nicopolis, avaient pris le parti d’émigrer au-delà du Danube, où ils avaient rejoint un bon nombre de leurs frères établis dans le royaume à diverses époques. Le despote Étienne Lazarewitch suivit
1 . I lit; guerre avec la Pologne était imminente en 1122, au point que Sigismond invitait les Habitants de Bartfa, ville frontière, à rappeler leurs concitoyens qui se livraient au commerce en Pologne, et à fortifier leur ville (Fejér, t. X, v. vi, 480).
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cette pente naturelle en reconnaissant la suzeraineté de la couronne de Saint-Etienne, et en la reconnaissant comme ayant toujours existé, déclaration qui ne méritait pas toutes les discussions internationales auxquelles elle a fourni un prétexte 1. Mais, en même temps, ce qui avait une importance beaucoup plus réelle, Etienne Lazarewitch léguait à la Hongrie plusieurs places fortes, dont les principales étaient Belgrade et Galambôcz. Il mourut peu après la conclusion de cet acte (1427), laissant le pouvoir à Georges Brankovics, qui par ses changements continuels, par ses trahisons multipliées, allait être le fléau de l’Europe chrétienne pendant trente ans.
Les Hongrois se mirent en mesure d’occuper les places fortes qui leur revenaient; mais l’une d’elles, Galambôcz, était aux mains d’un boyard serbe qui appela les Turcs. Il fallut donc faire le siège, par terre et par eau, de cette place qui était, après Belgrade, la plus forte des bords du Danube. Un habile capitaine magyar, Rozgonyi, remporta d’abord de sérieux avantages sous les yeux de Sigismond ; la flottille turque fut détruite, une grosse artillerie fondue par les Hongrois, qui étaient devenus très-habiles dans cette industrie naissante, allait réduire la garnison de Galambôcz. Malheureusement tout changea par l’arrivée du sultan Mourad II, qui devait être le plus redoutable et le plus heureux adversaire des Magyars avant Soliman le Magnifique. Les forces devenaient tellement inégales, qu’il fallut conclure
1 . V. un ouvrage intéressant et très-bien documenté, et qui a entièrement raison sur ce point et sur plusieurs autres , bien que parfois il se montre trop sévère pour les Magyars, le s Serbes de Hongrie , Prague et Paris 1873, surtout p. 30-35.
une trêve désavantageuse (1428). La retraite fut troublée par un corps d’armée turc qui semble avoir obéi, non pas à l’ordre de Mourad, mais à l'instinct du pillage ou à quelque malentendu : Sigismond faillit périr comme à Nicopolis, et, cette fois encore, le dévouement d’un serviteur et un bateau du fleuve l’arrachèrent au danger.
Ces événements, secondaires par eux-mêmes, eurent le déplorable résultat de fortifier la domination turque sur les petits états de la frontière : déjà Tvartko, neveu tout-à-fait indigne de Louis le Grand, avait fait de la Bosnie un état vassal de la Porte. Maintenant Georges Brankovics, regardé comme un baron hongrois en vertu de l’acte de soumission de son prédécesseur, rompait tout lien de fidélité, même d’alliance, payait à Mourad un tribut annuel et lui fournissait des troupes auxiliaires. Bientôt il allait lui offrir sa fille en mariage, et avec son approbation, élever contre laHongrie la forteresse de Semendria (1432). Enfin le prince de Valachie Ylad Drakul, un monstre de cruauté, protégé et tributaire de Mourad, envahissait la Transylvanie, et détruisait la garnison allemande du château de Szôrény. Sans doute Mourad témoignait le désir de maintenir la paix; il envoya même à Sigismond des ambassadeurs qui allèrent (1433) jusqu’à Bâle où l’avait appelé le Concile, lui offrir douze coupes d’or et des pierres précieuses, et lui apporter l'expression des intentions amicales de leur maître. 11 n’en est pas moins vrai qu’une longue et terrible lutte s’annoncait de ce côté : elle recommencera quand il sera trop tard pour briser la puissance ottomane ; l’occasion manquée ne se retrouvera pas.
Sigismond, dans ses dernières années, avait de tout autres préoccupations, et s’il luttait contre les Turcs le plus sou-
vent d’une manière indirecte1, c’était en excitant par ses émissaires quelques rebelles, bientôt vaincus, de l’Asie mineure. La Bohême, le Schisme, et la couronne impériale qu’il n’avait pu recevoir encore, étaient toujours ses grandes affaires. Les Hussites, vainqueurs des croisés leurs ennemis sous la conduite de Procope digne successeur de Zizka, envahissaient les pays voisins depuis plusieurs années. Ceux qui envahirent la Hongrie furent reçus énergiquement par Rozgonyi, mais leurs incursions devinrent périodiques 2 et leurs doctrines se répandirent, non-seulement chez les Slovaques mais un peu dans tout le pays. De plus, les Polonais étaient évidemment disposés à s’allier avec leurs proches parents les Tchèques; ils reprochaient à Sigismond d’avoir voulu faire de la Lithuanie un royaume indépendant et leur enlever une partie de la Moldavie qu’ils occupaient; ils paraissaient prêts à donner la main aux Magyars mécontents de l’état de leur patrie et des voyages perpétuels de leur roi. Sigismond comprit alors qu’il fallait à tout prix pacifier la Bohême et donner satisfaction, par les travaux législatifs d’une diète, aux justes exigences des Hongrois. Dans cette double tâche, le vieil Empereur-Roi ne manqua ni d’activité ni de tact, ni de talents politiques.
La diète de Presbourg en 1435 est une des plus importantes du quinzième siècle. Elle s’est occupée de perfectionner
1. Les Annales Boninconlrii, a. 1431, doivent avoir exagéré beaucoup un des combats si fréquents à la frontière, lorsqu’ils disent : Sigismundus cum Teucro congressus, superior evasit. In quo prælio triginta millia Turcarum cæsa sunt.
2. Le légat Julien permettait aux habitants d’Eperies de travailler les jours de fête à fortifier leur ville contre les hérétiques de Bohême (Fejér, T. x, v. vu, 493).
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le système militaire eu face des Tares, l’inévitable ennemi ; dans le plan qui fut adopté et qui diffère un peu de celui de la dynastie angevine, on a remarqué l’influence de l’Allemagne , et la pensée personnelle de Sigismond qui songeait à des réformes en voyageant à travers l’Italie pour son tardif couronnement. Outre l’armée royale et les banderia des prélats et des grands seigneurs, l’armée hongroise comptait désormais les banderia des comitats, dans lesquels devaient servir ceux qui n’étaient pas appelés à servir ailleurs. Le pays tout entier, en comprenant les régions frontières, les banats et les voïvodies, était divisé en sept camps, d’après un tableau savant et détaillé l. Les armes à feu avaient fait des progrès rapides, les Hongrois étaient employés meme en pays étranger à fondre des canons, et l’artillerie de Mathias Corvin devait être un peu plus tard la meilleure du monde avec celles de Mahomet II, de Louis XI et de Charles le Téméraire.
L’état intérieur du pays était déplorable; cette grande monarchie semblait se dissoudre entre des dynastes insoumis, vrais rois dans le voisinage de leurs domaines depuis que le roi légal était presque toujours absent, et un clergé avide de biens temporels et de dignités mondaines. Les impôts s’étaient accrus d’une façon souvent arbitraire; les paysans étaient toujours plus malheureux et irrités, surtout dans la Transylvanie où des haines inconscientes de race envenimaient les inégalités sociales et commençaient à pro-
1 . Ce tableau se trouve dans Fessier-Klein (II, 467 et s.). Szalay (II, 495 el s.) tout en se montrant sévère pour Sigismond, croit devoir rendre justice aux efforts de ses dernières années, surtout pour perfectionner le système des banderia, si favorables malgré tout à l'oligarchie.
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duire des jacqueries périodiques *. Contre des maux si grands, dus à tant de causes, les efforts des diètes restaient le plus souvent impuissants. Elles n’avaient point mauvaise volonté, malgré l’orgueil nobiliaire de leurs membres; elles avaient voté plusieurs lois, évidemment inutiles puisqu’il fallait toujours répéter la même chose, en faveur du libre déplacement des paysans ; mais elles atteignaient difficilement les coupables.Il n’en faut pas moins leur tenir compte, surtout à celle dé 1435 , de tentatives sérieuses pour contenir les grands seigneurs par la crainte de Injustice des comitats.
Cependant la querelle des Hussites tendait à changer de face. L’Empereur voyait bien que la vraie manière de les vaincre était de traiter avec eux et de les livrer à leurs propres dissensions. Il obtint pour eux du Concile de Bâle la permission de communier sous les deux espèces. Dès lors, les calixtins se séparèrent des taborites, les vainquirent et se montrèrent disposés à traiter, mais seulement en stipulant les libertés religieuses et politiques du royaume (1436). Ce sont là les fameux compactatci que l’on a pu accuser Sigismond de n’avoir accordés que dans l’espérance de les violer, car au moment même où il s’arrangeait avec les Hussites de Bohême il persécutait les Hussites hongrois, imposant aux évêques un inquisiteur italien fanatique. Du reste, on n’a pu connaître les vrais plans de Sigismond, car il tomba malade à Prague, au milieu des intrigues de l’impératrice Barbara et de nombreux Tchèques pour écarter du trône Albert et Élisabeth. Il partit aussi rapidement que son état le permettait, et pendant le dernier de ses innombrables voyages, au moment d’expirer il fit arrêter Barbara.