JEAN HUNYADE
La figure de Jean Corvin de Hunyade1 apparaît à cette époque dramatique de l’histoire hongroise, où la croisade alterne avec la guerre civile, où les ambitions étrangères menacent l’indépendance de la nation. Ses deux fils, destinés à mourir l’un sur l’échafaud, l’autre sur un trône redouté et dans Vienne conquise, forment avec lui un des groupes les plus surprenants' de l’histoire tout entière.
Rien de plus incertain que son origine. Sa mère Élisabeth Morsinai était assurément magyare; mais son père, appelé VukouVaik, ou Butlii, ou PIollôs suivant les différents diplômes et les différentes traditions, a été réclamé avec une sorte de passion par les deux races, magyare et roumaine. Les premiers de ces noms se trouvent assurément chez les Va-
1. L’ouvrage capital sur cette période et la suivante est celui de Joseph Teleky, Hunyadiak Kora M agy arorszâgon (l’époque des Hunyades en Hongrie), Pesth 1852, 10 vol. dont les derniers offrent une documentation complète de la question. Les 24 premiers livres sont consacrés à Jean Hunyade, et c’est dans le 1er que l’on trouve la discussion relative à son origine. Un livre plus abordable aux lecteurs est celui de Ch.-L. Chassin, Jean de Hunyade, 2e partie de la Hongrie, son génie et sa mission, Paris 1856, résumé éloquent, un peu trop oratoire, du vaste travail de Teleky.
laques, mais on a pu dire qu’ils ne prouvaient rien puisque le nom de Vaik était porté parle magyar Saint-Étienne avant sa conversion. Le nom de Hollôs, désignant d’ailleurs soit un domaine soit une famille, aurait l’avantage d’ètre la traduction magyare de Corvinus, et d'expliquer ainsi le bec de corbeau qui se trouvait dans les armoiries du héros, et qui est devenu inséparable du nom de son fils le roi Mathias. Il nous paraît donc raisonnable de soutenir que cette famille appartenait à la noblesse magyare de Transylvanie et que le glorieux Jean naquit au château de Hunyade, domaine de son père.
Sa jeunesse comme sa naissance est encombrée de récits plus ou moins douteux ou légendaires que diverses nations se sont jjIu à inventer. Suivant les Grecs il aurait montré dans une chasse au loup un tel courage que le « roi des Triballes » lui aurait prédit un illustre avenir1 2. On a dit d’autre part qu’il avait combattu en Italie sous les ordres de Philippe, duc de Milan; qu’il avait un frère appelé Jean comme lui et revêtu des mêmes fonctions que lui, double coïncidence au moins invraisemblable. Ce qui est plus probable, c’est que Jean Hunyade, après avoir appris le métier des armes sous un très-grand seigneur Nicolas Ujlaky, se distingua dans les guerres continuelles de la frontière turque, autour de Belgrade et de Semendria. Pendant le court règne d’Albert il devint ban de Szorény et rendit de nouveaux