‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 147 sur 179 · Dlugosz, 1. XII · texte numérisé non relu

Dlugosz, 1. XII

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l’histoire de la chrétienté, imagina une sorte de partage que firent repousser les conseils de Hunyade, et que d’ailleurs rendit impossible la mort subite de la reine veuve. Les prétentions des tuteurs de l’enfant furent dès lors ajournées, et Wladislas ne fut réellement plus contesté jusqu’à sa mort.

Cependant la vraie croisade avait commencé1 ; les deux campagnes de 1441 et de 1442 l’inaugurèrent, celle de 1443 en fut le plus beau moment, celle de 1444 l’avortement sinistre. Ces événements essentiels demandent un récit détaillé. Mourad avait d’abord espéré l’alliance de la Pologne, qu’il fit demander par des ambassadeurs; l’acceptation du trône de Hongrie par Wladislas ne tarda pas à ruiner ce projet. Mais alors le sultan compte sur les discordes civiles pour lui livrer la clef du Danube, et il ordonne le siège de Belgrade. Cette place redoutable forme un triangle protégé de deux côtés par le Danube et la Save, défendu par une citadelle bâtie sur une colline qui domine tout le pays. Du seul côté accessible les Turcs l’assaillirent avec une science consommée, l’entourèrent d’une muraille, l’accablèrent de pierres énormes; mais les mines et le feu des assiégés, secondés par les diversions de Hunyade dans les contrées environnantes, leur firent lever le siège après six mois d’efforts 2.

Ils résolurent alors de prendre leur revanche en Transylvanie. Le grand écuyer Mesid-Beg y pénétra par les défilés des Karpathes avec une armée de pillards. Le ban de Szôrény, investi depuis ses succès récents des titres de voïvode et de

1 . Sur les campagnes de Hunyade contre les Turcs, y. Hannner, livres X-XIII.

2. Ducas raconte au cli. xxx (dans le Corpus scriptorum historiée byzantines, Bonn 1834) le siège inutile de IH'Aiypaocç par Mopav^ç.

comte de Ternes, le rencontra près de Hermanstadt, à Szent- Imre ; d’abord il fut vaincu, et l’esclave musulman signala son triomphe en faisant couper en morceaux l’évêque Lepes, un de ses prisonniers. Bientôt une grande bataille s’annonça. — Jean Hunyade apprit que Mesid avait donné à ses plus intrépides spaliis une description exacte de son costume, avec l’ordre de l’atteindre à tout prix sur une partie quelconque du champ de bataille : c’était presque une sentence de mort. Un héros, Jean Kemény, offrit de périr à sa place, il prit ses vêtements, ses armes, son cheval, et se posta bien en vue des Turcs. Dès lors tout l’effort de l’ennemi porta de ce côté, pendant que le véritable Hunyade, libre de ses mouvements, harcelait les flancs de l’armée musulmane, puis l’écrasait avec son artillerie. Ce fut une victoire complète, attestée par vingt mille cadavres musulmans qui couvraient la plaine. D’après les historiens turcs, Hunyade, pendant un festin célébré le soir de la bataille, aurait donné l’ordre de massacrer les prisonniers. Un tel acte de cruauté, sans être prouvé, n’est pas 'impossible : il y a bien quelque férocité dans ce fait certain, que le vainqueur, satisfait de l’assistance que lui avait prêtée le despote Georges Brankovics, lui envoya une sorte de trophée surmonté de la tête de Mesid-Beg et de son fils.

Mourad, furieux de toutes ces défaites inattendues, envova Schehabeddin avec une excellente armée de quatre-vingt mille hommes. Le péril était plus grand que jamais ; Hunyade eut de la peine à réunir des troupes quatre ou cinq fois moins nombreuses en levant tous les banderia qui étaient à sa portée, et en faisant circuler de village en village l’épée sanglante. Lorsque la lutte s’engagea près des Portes de fer, les chrétiens ne songeaient guère qu’à vendre chèrement leur

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vie, comme le laisse voix* un discoui's de leur général; mais ils avaient acquis de l’expérience, et cette bataille fut un Nicopolis renversé. Les solides janissaires furent opposés par Scliehabeddin à la cavaleiâe hongroise, et l’infanterie toute fraîche tenue en réserve par le terrible Yanko (Jean) parut au bon moment pour changer leur fausse victoire en déroute. Le carnage des musulmans fut effroyable, deux cents de leurs di’apeaux tombèrent aux mains des chrétiens. Cette fois Mourad demanda la paix ; ses ambassadeurs allèrent trouver Wladislas à Bude, lui offrant de traiter moyennant la cession de Belgrade, étrange prétention après de tels revers ; c’est à peine s’ils obtinrent une brève réponse. Toutes les tentatives des Turcs avaient été déjouées par la défensive hongroise; il fallait attaquer maintenant.

Les préparatifs d’une grande marche sur Constantinople ne furent terminés qu’en juillet 1443. Une belle ai'inée de trente ou quarante mille Hongrois, Polonais, Allemands, Valaques, Slaves du Sud, franchit le Danube près de Semendi’ia. La cavalerie magyare de Hunyade, précédant le gros de l’armée dirigé par Wladislas et le Cardinal Julien, s’engagea dans la route assez directe et comme tracée par la nature, qui remonte la vallée de la Morawa puis celle de l’Isker pour retomber sur Pbilippopolis au-delà des défilés du Balkan. Les Turcs défendirent cette route avec un acharnement inutile. Près de Nissa, leurs colonnes, sous les ordres d’Isa-Beg, revinrent trois fois à la charge et furent vaincues. Sopliia, non sans de nouveaux combats, tomba aux mains des Magyars.

On arriva ensuite à l’une des parties les plus escai'pées de l’Hémus auprès du double défilé appelé la porte deTrajan.

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