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LA MONARCHIE ELECTIVE
Les relations chaque jour plus mauvaises de la diète avec l’Empereur attirèrent d’un autre côté l’attention de Jean Hunyade. Il dut déclarer la guerre au comte Ulrich Cilly, le üt prisonnier et le traita avec une générosité qui le rendit son ennemi mortel. Il attaqua ensuite directement l’Autriche, et lorsque Frédéric le dénonçait à la diète magyare comme un ambitieux et un traître, il lui rendit la pareille en cherchant à séparer la cause de l’Empereur de celle des Viennois : « Nous ne ferons aucun mal ni à vous ni aux » vôtres, écrivait-il au Sénat de Vienne, et si quelque dom- » mage vous a été infligé par nos soldats, je le jure par le » Christ, nous l’avons ignoré. » Les Autrichiens avaient eu en effet à se plaindre de ses soldats. L’irritation des Magyars était accrue par le sentiment du mal que ces misérables querelles faisaient à leur cause, à la cause de la chrétienté. Le conseil d’Etat, qui gouvernait avec Hunyade par une sorte de délégation de la diète, n’hésitait pas à écrire au pape que les hostilités de Frédéric étaient le plus grand fléau de la Hongrie1.
Eugène IV, et après lui Nicolas V, comprirent à merveille l’immense utilité qu’il y avait à rendre aux croisés magyars la libre disposition de leur épée. La cour de Home, récemment victorieuse et des conciles et des schismes, intervint donc pour réconcilier, au moins par un armistice avec l’Empereur, la nation que le peu bienveillant Æneas Sylvius ne pouvait s’empêcher d’ap>peler « le mur sans lequel la religion » chrétienne ne pouvait être en sûreté ». lie but fut atteint, sans que les questions les plus graves, telles que la rési-
1. Non infldelium insultus tantum Patriæ nostree nunc officit, quantum turbatio et insperata arma Principis supradicti (Frédéric). Zredna, ép. 23.
dence du roi, eussent été résolues. Désormais on pouvait profiter d’une occasion presque comparable à celle qui s’était présentée avant l’expédition de Varna : Scanderbeg tenait héroïquement en Albanie; Mourad était de nouveau fatigué de régner et même de vivre, les Italiens de Naples et d’autres contrées semblaient disposés à agir par mer. Les sacrifices nécessaires à une expédition furent consentis avec enthousiasme; une belle armée de vingt-quatre mille hommes, dont huit mille Valaques, se réunit dans l’alfôld et franchit le Danube.
Le despote Georges Brankovics avait recommencé la longue série de ses trahisons : les Hongrois et les Roumains se trouvaient donc parmi les Serbes en pays ennemi, ce qui rendait la campagne plus difficile. Néanmoins l’armée parvint jusqu’à la grande plaine, située entre la Serbie et la Bulgarie, et appelée par les Slaves Kossovo, par les Magyars Rigômezo, le champ du merle. Là elle rencontra l’immense armée de Mourad (1448). Les janissaires, invariablement placés au centre, se défendirent contre l’élan prévu de la cavalerie magyare au moyen d’un fossé et de boucliers fichés en terre; les troupes d’Asie à gauche, les troupes d’Europe à droite, manœuvraient librement autour de cette forteresse improvisée. Hunyade, pour atténuer l’infériorité du nombre, divisa sa cavalerie en trente-huit petites divisions qui, le premier jour, multiplièrent avec succès les attaques. La nuit venue, il essaya de profiter des ténèbres pour entamer les janissaires, mais il ne put y réussir. Le lendemain, voulant en finir avec cette bataille sanglante, les troupes d’Europe tournèrent les chrétiens déjà bien diminués, et les mirent en pleine déroute. Le grand et malheureux capitaine s’enfuit de cette plaine funeste où la fleur de la noblesse magyare avait péri.
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Sa retraite n’était pas sans prêter à de nouvelles calomnies. Æneas ne lui reprochait pas seulement une présomption ridicule; il l’accusait de songer à la royauté en spoliant le noble enfant Ladislas. La vérité est que Iiunyade, après comme avant son nouveau désastre, songeait au salut de sa patrie 1 ; cette fois encore il était arrêté par un allié infidèle, le vieux Georges Brankovics, qui voulut, paraît-il, le livrer au sultan Mourad, et se voyant refusé avec dégoût par le loyal barbare, finit par mettre en liberté le Gouverneur, non sans conserver comme otage son fils Ladislas. Lorsque Jean reparut à Szegedin au milieu d’une noblesse nombreuse, d’unanimes acclamations lui montrèrent que son âme, sujette à l’erreur, mais grande et dévouée, était toujours comprise de ses concitoyens. Mais les insinuations malveillantes, les intérêts mesquins ligués contre toute élévation morale, et cette petitesse de la nature humaine qui rend sévère pour un allié vaincu, n’en faisaient pas moins leur œuvre dans l’Europe occidentale. Nicolas V, naguère si favorable à Hunyade, et qui lui avait envoyé un titre princier dont sa modestie ne voulut jamais se prévaloir, prêtait maintenant l’oreille à ses ennemis. De sérieuses difficultés s’élevaient entre la Hongrie et la cour de Rome (1449-1451).
Le pape conseilla à la diète hongroise de renoncer pour le moment à combattre les Turcs. Or, ni les Prélats et Barons, qui s’efforcaient dans l’intérêt de la chrétienté de maintenir de bonnes relations avec le nouveau roi de Pologne Casimir2, ni le Gouverneur qui se déclarait plutôt excité qu’abattu par sa défaite, n’étaient disposés à laisser les Ottomans eonti-