Zredna, ép
4. Æneas fait en diverses occasions un grand éloge de ce Giskra, qui avait à ses yeux le mérite d’être l’ennemi de Hunyade.
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voyant avec dépit sa haute dignité effacée par la puissance royale d’un ancien rival. Il conclut donc avec eux une sorte de triumvirat pour le salut de la patrie, et marcha contre Giskra. La forte place de Losoncz le contraignit à un siège en règle. Giskra surprit pendant la nuit l’armée assiégeante; le Gouverneur, abandonné xiar ses ennemis secrets que contenait son armée, fut vaincu. Exaspéré d’un semblable échec infligé non plus par un sultan mais par un brigand des montagnes, Jean Hunyade voulait prendre sa revanche ; mais la diète l’en empêcha, préférant encore à une dispersion trop grande des forces nationales l’humiliation de laisser Giskra maître reconnu d’une partie du territoire.
La ténacité magyare était toujours engagée dans la même lutte contre la ténacité autrichienne, quant à la possession, si l’on peut ainsi parler, de la personne royale. Sur ce point encore il y avait dissentiment avec le pape, qui vantait « les » intentions sincères de l’Empereur envers son neveu La- » dislas, qu’il chérit comme un fils. » En revanche un nombreux parti autrichien, dont l’habile et énergique Eyczinger était le chef, faisait alliance avec les Hongrois et avec les Bohèmes pour délivrer le jeune Ladislas de la tutelle gênante de son oncle1. Frédéric trouva un excellent moyen de se dérober à ces menaçantes importunités : c’était de voyager en Italie, et d’aller jusqu’à Rome, en se faisant accompagner
1 . Une alliance analogue s’est plus d’une fois renouvelée sous le règne de Mathias Corvin : nous ne mentionnerons, de ces querelles intérieures des princes autrichiens entre eux ou avec leurs sujets, que ce qui est nécessaire pour l’intelligence de l'histoire des Hongrois. — La plupart des textes importants pour ces négociations ont été données par Kurtz : OEster reich wiler K. Friedrich dem Vierten , Vienne 1812, 1, 234 et suiv.
de son pupille (1452). Mais les envoyés de la diète le poursuivirent en Italie, et sans se laisser décourager par une mauvaise réception pontificale, essayèrent à Florence d’enlever leur jeune roi; ils s’entendirent avec lui par le moyen d’un pédagogue qui fut découvert, et le projet ne put s’exécuter. Ce n’était qu’un répit pour l’Empereur, qui sévit obligé, une fois revenu en Allemagne, de se désister de sa tutelle, et de rendre le roi Ladislas à son triple royaume de Bohême, d’Autriche et de Hongrie. Relégué dans son impuissante dignité impériale, il dut attendre une meilleure occasion pour asseoir définitivement sa dynastie sur tous ces trônes : ce fut l’œuvre presque séculaire de Frédéric III, de Maximilien son fils et de son arrière-petit-fils Charles- Quint.
Les pouvoirs du Gouverneur étaient légalement expirés puisque le roi venait de recouvrer son indépendance à défaut de la couronne encore absente pour longtemps. On put même espérer qu’il résiderait habituellement en Hongrie, car il déclara aux envoyés de cette nation : « Je suis Hongrois, c’est avec vous que je dois vivre. » Iiunyade vint déposer le pouvoir entre ses mains dans une réunion solennelle L et reçut en récompense de ses services un diplôme
1 . Æneas, avec sa malveillance habituelle, regrette que le pouvoir de Hunyade, selon lui très-dur, n’ait été guère diminué : Joannes in virga ferrea gubernavit : nec dum rex aHuit, minor eo habitus est. [De Statu Europœ , c. ii). — Æneas avait fait de grands efforts pour faire reconnaître Ladislas : « Hic inter vos natus est, écrivait-il à un » prélat hongrois, et in ipsa infantia coronam vestram adeptus » — et pour expliquer sa sollicitude au sujet de la Hongrie : « Quid plura, » Cliristianum me dicam, sollicitudinemque liabere ut Christiana re— » ligio in tuto collocetur, quod sane tieri non potest, nisi et mur us » ejus qui est Ungaria sif incolumis. » {Épiât. 78.)
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exprimant la reconnaissance royale et lui conférant le titre de comte perpétuel de Bistritz. Ladislas vint ensuite à Presbourg (janv. 1453;, assister aux délibérations de la diète; mais son séjour ne se prolongea pas autant qu’on l’avait espéré; il retourna à Vienne. Son entourage devint bientôt détestable : son oncle Ulrich de Cilly, l’intrigant le moins scrupuleux du quinzième siècle, exerça sur l’adolescent une influence aussi pernicieuse qu’avait été mesquine et égoïste celle de l’Empereur sur l’enfant. Pour les Magyars et Hunyade surtout cette influence était fâcheuse, car il était leur ennemi mortel. Ils s’appliquèrent donc avec leurs alliés d’Autriche à l’écarter, et pour le moment ils y parvinrent : le comte fut renvoyé sans avoir pu se faire entendre du malheureux jeune prince dont chaque jour il ruinait la santé, l’intelligence et le cœur.
Aussi bien les temps étaient venus qui commandaient l’énergie et le renoncement aux mauvaises passions de toutes sortes. La nouvelle de la prise de Constantinople se répandait : après Constantinople Belgrade, après Belgrade Bude, après Bude Vienne, série fatale que l’héroïsme de Hunyade allait, non pas conjurer, mais retarder et ralentir assez pour que la Hongrie suffit, au seizième siècle, à payer la rançon de la chrétienté. Reconnu capitaine-général, il obtint de la diète réunie à Bude en la présence momentanée du roi de grandes levées de troupes, l’argent nécessaire pour les payer, et la promesse d’un soulèvement, d’une insurrection générale en cas d’invasion du royaume. Puis il se porta contre le nouveau sultan Mahomet II, qui semblait sur le point de conquérir le reste de la Serbie, et contre lequel le vieux Brankovics , par un nouveau revirement, venait implorer des secours. Hunyade fit une heureuse et rapide campagne (1454) :
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d'abord il dégagea les villes attaquées de la Serbie par une habile diversion qui menaçait la Bulgarie, puis il marcha contre la principale armée ottomane par la vallée de la Morava, la battit complètement à Krussovacz , poussa son armée victorieuse jusque près de Sophia et revint chargé de prisonniers et de dépouilles1.
Pourquoi n’a-t-il pas profité immédiatement de ces avantages acquis? Cela s’explique par deux motifs : d’abord les Turcs, dont la constante habitude était de ne faire un grand effort militaire que tous les trois ans environ, demeuraient dans un repos relatif depuis la splendide conquête de leur nouvelle capitale. Ensuite, et ceci est la raison principale, la Hongrie resta presque isolée, et ses mouvements furent gênés par des inimitiés européennes. Seul le pape Calixte III, regrettant sans doute les i:>rocédés hostiles de son prédécesseur à l’égard des défenseurs de la chrétienté, allait lui prêter quelque appui par la prédication d’une croisade. Le Capitaine-Général avait mis un moment son espoir dans l’Empereur, qui paraissait effrayé du siège de Constantinople. 11 s’adressa donc à lui comme au « chef de la chrétienté tout entière. » Les princes allemands se réunirent en diète à Francfort; ils ne manquaient pas de quelque bonne volonté, et un discours éloquent d’Æneas Sylvius les décida à voter de grands préparatifs 2; mais l’organisation vicieuse de l’Empire et l’inertie de son chef les empêchèrentde rien exécuter ( 1454). Lorsque l’année suivante des envoyés hongrois vinrent presser l’arrivée des secours, le même Æneas Sylvius
1 . M. Kiss a composé sur cette campagne et la suivante un travail spécial accompagné de cartes : Hunijadi Jânos utolsô hadjârata, Pest 1857.