V. les lettres et les autres ouvrages d’Æneas Sylvius
LA MONARCHIE ÉLECTIVE
irriter son impérial bienfaiteur : « Nous avons reçu, écrivait- » il à Frédéric, assez mécontent de son attitude, des envoyés d de Mathias qui se dit roi de Hongrie .. Nous n’avons oublié » ni les services que vous nous avez rendus avant notre élé- » vation, ni votre zèle pour la religion catholique et le siège » apostolique... D’après les paroles de vos envoyés, nous » craignons que ceux de Mathias ne se soient vantés d’avoir » beaucoup obtenu de nous... Aussi tenons-nous à faire sa- » voir à Y. S. que cela est faux. Ils nous ont demandé l’épée » et l’étendard que nous leur avons refusés1. » Malgré ces assurances, Pie II reconnut Mathias et lui envoya plusieurs lettres pour l’aider contre les factieux et le féliciter de ses préparatifs contre les infidèles. 11 recevait en échange la promesse d’une participation active au congrès de Mantoue. L'évêque de Csanad et Étienne Frangepan s’y rendirent, mais ils furent peu satisfaits de la proclamation de Frédéric III, comme généralissime des armées chrétiennes. Une telle preuve d’amitié donnée par le pape au dangereux voisin de la Hongrie contribua peut-être à faire échouer les efforts pacifiques du cardinal Bessarion ; et comme il était évident que la cour de Rome ne .se déciderait ouvertement pour aucun des deux adversaires, ils se tournèrent tous deux du côté de Georges Podiebrad.
Le roi de Bohême, devenu l’arbitre de la situation, avait d’abord paru se rapprocher de l’Empereur; mais il comprit que lui, roi parvenu, objet de la haine de tous les princes héréditaires et du césar germanique, il n’avait pas d’allié plus sûr qu’un autre roi parvenu, issu d’une élection populaire. Il se décida sans trop de peine à sacrifier son allié