I. Pray Annales. 1459, tiré des mss. du Vatican
Giskra, que Mathias tenait à ce moment même assiégé dans Saros, et le mariage fut célébré entre le roi de Hongrie et Catherine Podiebrad. L’empereur Frédéric, souvent trop rabaissé par les historiens qui ne l’ont suivi que dans sa politique allemande, ne manqua pas toujours, en ce qui concerne la Hongrie, de la proverbiale et tenace habileté de sa maison. Il comprit l’impossibilité de lutter à force ouverte contre la fortune du jeune roi, et conclut, au commencement de 1462, un traité réellement avantageux1 ; Mathias devenait son fils adoptif et reprenait la sainte couronne; en revanche il reconnaissait l’Empereur pour son héritier si lui-même n’avait pas de fils, et promettait secrètement de ne pas se marier si la fille de Podiebrad venait h mourir. Or cette princesse était trop maladive pour avoir des enfants; Frédéric en était instruit comme Podiebrad, et c’est peutêtre l'origine de la haine profonde et impitoyable dont Mathias, qui du reste n’observa point cette clause du traité, poursuivit jusqu’au bout ses deux voisins d’Autriche et de Bohême.
Quatre années après son avènement, le roi national, par son activité précoce et la désunion de ses adversaires, était devenu un roi incontesté et légitime aux yeux des autres princes et de ses propres sujets : Giskra se soumettait sincèrement, Ujlaky se contentait de son banat de Croatie, Gara venait de mourir. Tout pliait devant Mathias au dedans; il allait commencer au dehors sa politique de conquérant et de croisé.
A la grande joie du pape, Mahomet II n'avait pu obtenir
1. \. le très-long texte des traités définitifs dans Pray Annales,
LA MONARCHIE ÉLECTIVE
du roi de Hongrie ni son alliance, ni meme un traité de paix1, vivement désiré à cause de la résistance de la Grèce et de Scanderbeg. Toutefois les Hongrois et les Turcs ne se livraient encore qu’une lutte indirecte dans les pays intermédiaires, la Bosnie et la Valachie2. Les affaires de Bosnie étaient l’objet d’une correspondance active entre la cour de Bude et la cour de Borne : Mathias supportait impatiemment le voisinage du petit roi de Bosnie, tributaire sinon allié des Turcs, et qu’il accusait non sans raison de duplicité, reprochant au pape de bien recevoir les ambassadeurs de ce chrétien douteux3. Il finit par s’adoucir en voyant les Bosniens lui rendre hommage et se tourner de nouveau contre les Turcs. Mais les bonnes résolutions de ce petit peuple lui portèrent malheur : au printemps de 1463, leur roi, poursuivi et pris dans sa dernière forteresse, fut décapité devant le sultan, et trente mille Bosniaques se virent enrôler de force dans Tannée turque. En Valachie, le voïvode était l'allié des Hongrois et l’ennemi acharné des musulmans, mais ses sujets exaspérés £>ar sa cruauté, virent avec plaisir les Turcs le chasser et le remplacer par son fils. Mathias, fort inquiet de ce changement qui' affermissait la domination ottomane en Roumanie, ne voulut cependant pas soutenir un scélérat dont les crimes lui étaient démontrés; il le fit meme jeter en prison et s’efforça de conserver quelque influence sur son fils. Néanmoins les Osmanlis se rapprochaient de la Hongrie sur une vaste frontière, et il fallait s’occuper de lutter sérieusement.