V. Hammer, I. XIII et XIV
0. Epistolo ? Mathiœ Corvini. Cassoviœ, 1744 : 1, 2, 9, 13, 63, 70.
L’alliance des princes italiens et de Venise était très-importante, surtout à cause de leur richesse et du besoin, d’argent qui a pressé Mathias pendant tout son règne. Un ambassadeur qu’il envoya d’abord au doge , puis à d’autres cours de la Péninsule, reçut de lui des instructions remarquables par leur netteté et leur finesse : « Ne parlez pas d’argent, » mais d'assistance. Ne concluez rien pour un temps dê- » terminé, mais bien pour le temps que durera l’expédi- » tion générale, et ne sortez pas de là... Ayez soin de remer- » cier le doge de ses promesses, et dites-lui que je préfère » qu’un agent vénitien distribue lui-même la solde à mes » troupes... Demandez-lui de m’envoyer toujours son secré- » taire Tomasi, auquel je suis habitué, et qui connaît les » hommes et les choses de notre pays... Difes-lui que je » vous ai ordonné de parler et d’agir partout suivant ses » conseils... Ne partez pas sans une ferme réponse et sans » un acte en bonne forme... Quand vous verrez le Pape, vous » lui demanderez des subsides, mais vous ne lui direz pas ce » que vous aurez décidé avec les Vénitiens... Vous parlerez « ou vous ne parlerez pas aux seigneurs de Ferrare et de » Florence, selon les conseils du doge1. » Les lettres de Mathias Corvin se distinguent du style verbeux des chancelleries contemporaines par leur précision tantôt délicate et habile, tantôt dure et impérieuse. Celle que nous venons de citer révèle tout un côté de sa politique, l’alliance avec la république de Venise qu’il croyait nécessaire à son royaume, et qu’il s'est toujours efforcé de maintenir.
Pie II ne tenait pas moins fortement à l’alliance lion-
1. Epiât . M. Corv., I, 74. — Les lettres les plus importantes sont également dans les -annales de P ray .
LA MONARCHIE ÉLECTIVE
groise, le seul espoir sérieux de la croisade rêvée, car il était trop visible que les assemblées d’Italie et d’Allemagne parlaient beaucoup des dangers de l’Europe et ne faisaient rien pour les conjurer1. Le roi de Hongrie, lui du moins, entreprenait une campagne décisive, et se montrait impatient de voir arriver les secours vénitiens et pontificaux : « Notre » ambassadeur, écrivait-il j nous a fait savoir que le Pape » avait les meilleures intentions, mais que les guerres d’Italie « l’empêchaient de pourvoir aux besoins de la chrétienté. y> Aussi le rappelons-nous, afin qu’il n’importune pas da- » ventage Sa Sainteté2. » Les secours arrivaient pourtant, et il sembla que les jours les plus heureux de Jean Hunyade étaient revenus. La forte place de Jaicza fut emportée après un siège meurtrier et une partie de la Bosnie délivrée. En 1464, Mahomet II voulut réparer cet échec par la prise de Belgrade; mais la garnison le repoussa cette fois encore, et il dut s’enfuir à l’approche de l’armée de Mathias. La frontière de la Save ôtait pour longtemps assurée, et si l’attaque de Zvornik ne réussit pas comme les entreprises précédentes, les Hongrois n’en avaient pas moins remporté d’assez grands succès pour encourager les généreux efforts d’Æneas Sylvius, et pour répandre quelque consolation sur ses derniers moments, alors qu’un découragement mortel le saisissait sur les rivages de l’Adriatique.
Pourquoi la guerre turque n’a-t-elle pas continué? Pourquoi des alliances nombreuses et lointaines, avec les Persans, les Arméniens, le prince de Géorgie3 n’ont-elles pas décidé
1. On connaît le mot spirituel d’Æneas Sylvius sur ces diètes qui n’étaient pas stériles, car elles enfantaient toujours une autre diète.