P ray Annales , passim
Mathias à prendre une facile revanche du petit échec de Zvornik? C’est que l’Occident réclamait de nouveau son attention. D’abord l’Empereur n’avait pas envoyé de bonne grâce la sainte couronne promise : il avait fallu de nouvelles négociations pour que le jeune roi, ceint du diadème vénéré, parût à cheval devant son peuple enthousiaste. Ensuite et surtout les relations avec la Bohême, compromises par la mort de Catherine Podiebrad , se refroidissaient chaque jour. Une ambassade présidée par Antoine Marini vint de la part de Louis XI, du roi Georges et de la Pologne, pjeu de jours avant la mort de Pie II, proposer au victorieux Corvin la main de Catherine de Valois, la formation d’une grande ligue chrétienne contre les infidèles et la convocation d’un concile général1. La réponse de Mathias fut flatteuse pour Louis XI : « Je sais, dit-il, que le roi de France est le pre- » mier des princes chrétiens par la noblesse de sa race et
» par la majesté de son trône Je me souviens aussi que
» depuis plusieurs siècles nous avons toujours eu avec la » la maison de France des rapports d’amitié ou de parenté, » et que plusieurs rois et reines de cette famille ont gouverné » notre pays. » Il éhidait cependant avec courtoisie la noble alliance qu'on lui offrait. Mais lorsqu'il s’agit du projet de ligue, son langage devint amer et défiant, surtout à l’adresse de Podiebrad : « Cette idée de concorde et de ligue univer- » selle, le roi de Bohême aurait pu nous la communiquer » d'avance, au lieu de nous envoyer un projet tout dressé. » Sans doute il est mon père, je suis son fils; mais le fils a » lui aussi un royaume, des frontières distinctes et des » conseillers qui lui suffiront sans qu'il ait besoin des avis
1. Epist. I, 129, avec la date erronée de 1463. Prav rétablit 1464.
» d’autrui. » Le projet de concile ne fut pas mieux accueilli : « Je ne vois pas, dit Mathias, le bien qu’il pourrait faire. Ces » assemblées ne produisent que des schismes, des discordes, » et les choses vraiment utiles se trouvent retardées. » Cette appréciation n’a rien d’étonnant de la part d’un prince qui, malgré ses fréquentes irritations contre la cour de Rome, n’avait pas en général de meilleur allié. D’ailleurs Mathias qui se piquait de théologie, était sincèrement dévoué aux doctrines ultramontaines mal vues par une grande partie du clergé hongrois L Ses opinions bien connues, l’armée formidable dont il disposait, surtout sa malveillance croissante contre Podiebrad, le désignaient au nouveau pape Paul II comme l’exterminateur du liussitisme. Paul II n’avait pas les ménagements de ses prédécesseurs : il confondait dans une même aversion les doctrines hardies que rien n’avait pu détruire dans le peuple tchèque, et la modeste réforme des Calixlins, de ceux qui réclamaient surtout la communion sous les deux espèces. M. Palacky en Bohême , en France M. Saint-René Taillandier ont raconté ces luttes dramatiques, et montré la grandeur du rôle de Podiebrad que notre compatriote appelle « le premier soldat de la liberté » chrétienne dans le monde moderne1 2. » Ici nous n’avons à suivre dans les événements de Bohême que la politique et les armes du roi magyar.
Trois années se passèrent avant qu’il ne se décidât à prendre les armes contre Georges Podiebrad. Dès 1465 il écrivait au Pape qui l’en pressait : « Je ne suis nullement » retenu par d’anciens traités auxquels m’avait contraint la
1. Galeoti, De egregie diclis, etc., dans plusieurs passages.
2. Tchèques et Magyars, p. 1. Palacky Geschichte von Bolivien, le tome IV très-intéressant.
» rigueur des temps : je sais que je puis eu être facilement » relevé par l’autorité apostolique. Soit qu’il faille agir contre » les Bohèmes, soit qu’il faille agir contre les Turcs, me » voici moi Mathias, et la Hongrie avec moi h » Et pourtant la longue guerre de Bohême n’a commencé qu’en 1468. Cet intervalle a été rempli par des affaires difficiles de plus d’une sorte. Les querelles avec les officiers de l’Empereur recommençaient à chaque instant près des frontières autrichiennes : Frédéric, se plaignant que des vassaux à lui dans l’intérieur du royaume fussent soumis à l’impôt pour la guerre turque, faisait envahir par ses troupes les environs de Soprony (QEdenburg), et recevait une lettre énergique de Mathias : « Nous ne savons si cette allégation suffira à » l’illustre Empereur des Romains; mais nous pouvons afîir- » mer que nous interdisons toute injustice dans l’intérieur » de nos frontières, même à l’égard d’un étranger. Il nous » est cruel, alors que nous travaillons pour la foi catholique, » d'être inquiétés par derrière et gênés jjar ceux là-même » qui devraient nous aider le plus1 2. » On le voit, le roi de Hongrie, quoiqu’il restât pour le moment sur la défensive, se regardait toujours comme le chef des croisés. Il refusait de laisser pénétrer dans le royaume une ambassade ottomane; il lui refusait même le passage pour se rendre à Venise, écrivant au doge que cette ambassade aurait mis la division dans le pays, mais se défiant en réalité d’une paix séi:>arée que la politique habituelle de la République pouvait faire redouter. 11 mettait sans cesse les Vénitiens en garde contre les invasions turques, et leur rappelait une alliance qui semblait