Teutsch I, 194 et suiv
4. Pray, ann. 1461, n’est pas d’accord sur certains détails avec le Polonais Cromerus.
comme la papauté elle-même, était placé entre son vrai devoir religieux, la lutte contre les musulmans, et le devoir que lui créait son intolérance, la lutte contre Georges Podiebrad .
Qui pourrait évaluer 'aujourd’hui les résultats qu’aurait produits une alliance étroite et sans réserve entre ces deux grands capitaines, entre ces deux grands peuples guerriers, les Tchèques et les Magyars 1 ? On connaît les exploits stratégiques des Hussites, et quant à l’armée hongroise, les documents les plus détaillés2 nous montrent combien elle était devenue formidable après les améliorations savantes mais coûteuses de Mathias. L’artillerie était la meilleure de l’Europe avec celles de France et de Bourgogne ; elle formait un corps à part, recruté dans l’infanterie, et le nombre des canonniers était égal au quart de celui aes fantassins. Les hommes d’armes formaient un vrai mur, mobile, mais impénétrable, protégé qu’il était par un rempart de boucliers, et soumis à une discipline terrible qui leur ordonnait de se laisser tuer sur place jusqu’au dernier plutôt que de rompre leurs rangs. Le reste de l’armée, cavaliers et fantassins, était dressé à des évolutions rapides et aux travaux les plus variés, depuis l’attaque méthodique des places fortes jusqu’à la construction des camps retranchés. En face d’une organisation pareille, dépasserons-nous la limite des conjectures
1 . M. Palacky et M. Saint-René Taillandier ont raison de prendre au sérieux les projets de croisade de Podiebrad, comme les historiens hongrois ont raison quant aux projets de leur héros. Mais c’est surtout une alliance étroite de ces deux capitaines qui aurait eu des chances de succès.
2. Surtout la lettre de Mathias à son beau-père Ferdinand lorsqu’il lui envoya des soldats ( Episl IV, 263).
LA MONARCHIE ÉLECTIVE
historiques sérieuses en nous représentant Constantinople délivré? Sans aller aussi loin, la frontière de la Bohême et de la Save, celle que l’Autriche moderne a eu tant de peine à recouvrer, n’eût-t-elle pas été pour jamais assurée? L’ardeur intraitable du pontife et les passions de Mathias Corvin finirent par en décider autrement. La conquête de la Bohême fut préférée à l’alliance avec la Bohême ; les courses que des bandes hussites poussaient jusque sur le territoire hongrois fournissaient un prétexte. Des écrivains magyars ont attribué à leur souverain le projet de fonder par ses conquêtes un grand empire, invincible rempart de la chrétienté1. Rien n’est plus vraisemblable, mais les moyens qu’il allait employer n’en ont pas moins faussé la mission de la Hongrie et les destinées de l’Europe orientale.
Les Etats furent convoqués à Erlau pour le printemps de 1468 : l’intervention, ou plutôt l’exécution armée que chacun prévoyait, donnait une grande importance aux délibérations de cette assemblée. Mathias hésitait peut-être encore, au lendemain de sa campagne de Transylvanie, à se lancer dans une nouvelle entreprise; il recevait de Victorin Podiebrad, digne fils du roi Georges, les assurances les plus x>acifiques et les offres les plus amicales2. On savait d’autre part que le corps germanique répugnait à une nouvelle guerre liussite : plusieurs princes allemands se plaignaient du Pape et de l’Empereur qui livraient la chrétienté aux infidèles. Ce n’est pas que Frédéric III fût animé d’une grande passion