Anon., ch. vm-xr
gent à conquérir, au delà des montagnes, le pays d’Attila. Quant aux chefs eumans appelés par les Russes, ilssejettent aux pieds du duc Magyar, jurant de l’accompagner partout et d’obéir à sa postérité ; un bon nombre de Russes suivent leur exemple. La Lodomérie et la Gallicie sont bientôt traversées, passage onéreux pour ces deux pays : le duc de Lodomérie doit donner, avec ses propres fils pour otages, de grandes sommes d’or et d’argent, des chevaux, des chameaux et des bœufs; le duc de Gallicie est contraint à des présents analogues, et de plus il doit se présenter pieds nus devant le conquérant et lui fournir trois mille paysans armés de pioches et de! haches pour ouvrir une route à travers les forêts des Karpathes, jusque dans le pays appelé depuis royaume de Hongrie.
Malgré les détails puérils qui encombrent cette narration, nous n’hésitons pas à lui attribuer dans son ensemble, une certaine valeur historique. Elle est d’accord avec l’itinéraire sommairement tracé par le russe Nestor; elle est conforme à la situation de l’Europe orientale dans les dernières années du neuvième siècle ; elle est d’ailleurs puisée aux sources primitives, si l’on peut accorder ce titre à des traditions orales transmises par des poètes1. La partie évidemment faussedu récitest cellequiconcerne l’annexion des sept tribus cumanes : les Cumans n'apparaissent dans l’histoire de Hongrie que beaucoup plus tard. Sans doute ils ont pu, à la rigueur, malgré le silence des Byzantins sur leur compte, être à portée de secourir Iview contre les Magyars ; dans ce cas, un certain nombre d’entre eux ont pu se mêler aux
1 . Sur le Notaire Anonyme du roi Bêla, voir l'Introduction bibliographique, I. A.
LES ORIGINES ET L’ÉPOQUE PAÏENNE 19
■vainqueurs, mais 1 incorporation de la masse des tribus cumanes a 1 armée d Arpad est inadmissible, et il est probable que 1 Anonyme aura, par une confusion facile à comprendre, raconté cette annexion imaginaire en lieu et place de la réelle annexion des Kabars , sur laquelle il reste muet b La nation armée des Magyars n’en était pas moins en 894 une immense et redoutable agglomération au moment d’envahir, pour une conquête définitive , le pays d’Attila.
I.La concordance de Nestor avec l’Anonyme ne prouve rien ici, car le moine russe, qui écrivait à la fin du onzième siècle, c’est-àdire à l’époque des invasions cumanes, a très-bien pu confondre sous ce rapport le présent avec le passé.