Hammer, 1. XVI
]e cri de guerre, rompirent leurs liens et contribuèrent à la victoire. Des drapeaux furent apportés au roi qui attendait sa nouvelle épouse, Beatrix, fille du roi Ferdinand de Naples. Les Akindschis incendièrent la contrée que la jeune p>rincesse devait traverser, mais elle parvint avec son escorte à Albe- Royale, puis à Bude où des fêtes magnifiques furent célébrées par un froid mémorable qui permettait à des troupes de cavaliers de franchir le grand fleuve.
Peu après ce mariage, dont Mathias Gorvin attendait de grands avantages politiques1 * *, et qui rappelait aux Hongrois le temps où leurs rois de la dynastie d’Anjou occupaient ou conquéraient le trône des Deux-Siciles, Frédéric III de son côté allait profiter de la mort de Charles le Téméraire pour préparer par l’union de l’archiduc Maximilien avec Marie de Bourgogne, la grandeur de sa maison. Ainsi fortifiés les deux rivaux recommencent la lutte avec une énergie croissante. L’Empereur accueillait les transfuges silésiens ; il refusait de reconnaître les agrandissements récents du roi de Hongrie, et de lui donner accès par l’Electorat dans le corps germanique et plus tard à l’Empire. Mathias, dans des lettres aux princes allemands et dans un manifeste général, dénonça l’empereur comme ayant violé « ses promesses, les’4' » traités, la foi publique, le juste et l’honnête. Si ces provo- » cations nous obligent à nous défendre, ce n’est pas nous,
» amis dévoués de la jiaIx, mais ceux qui nous harcèlent,
» qu’il faudra accuser devant Dieu et devant les hommes. »
i. C’était une illusion : l’alliance de Ferdinand n’a rapporté à
Mathias que des difficultés en Italie, et Béatrix a entravé tous ses projets soit contre l'Empereur, soit en faveur de son fils naturel Jean
Corvin. Béatrix était du reste une princesse remarquable par son
instruction et son esprit (V. Galeoto).
Frédéric lui répondait en le dénonçant à ses sujets : « Ce qui » montre, écrivait-il, avec quelle merveilleuse habileté il a » gouverné, c’est que les dépendances du royaume ont été à » moitié conquises, et sans résistance, par les infidèles, et » que le royaume lui-même a été réduit à la dernière indi- » gence par ses exactions.
La diète magyare, écartant ces accusations exagérées, et ne séparant pas sa cause de celle de son roi, déclara la guerre. L’Empereur n’était p>as en état de la soutenir : il s’enfuit de Vienne à Krems, de K rem s à Linz, devant les cavaliers de Kinizsi 1 2. La plupart des places tombèrent, même Ilaimbourg, forteresse renommée. Mathias Corvin, qui aimait le luxe et l’éclat, vint parcourir l’Autriche en carrosses dorés avec sa mère et la reine Béatrix. Il ne désirait point prolonger cette guerre, car c’était avec peine qu’il avait détourné de l’Orient ses armes victorieuses. Dès que cela fut possible, il traita non-seulement avec l’Empereur, mais avec la Bohême et la Pologne : la Silésie et la Moravie lui appartenaient en entier; il devenait l’héritier du roi de Bohême, moyennant qu’il fût reconnu par les États de ce pays3. Quelques difficultés avec la Pologne furent de même arrangées : Mathias ayant envoyé quelques secours aux Prus-
1 . Ces deux lettres ont été publiées par Pray dans ses Annales (1477) d’après les mss. de la bibliothèque de Vienne.
2. Les Annales mellicenses , très-hostiles à Mathias Corvin, ne dissimulent pas la nullité et l'indifférence de Frédéric III dans cette campagne (Pertz XI, dans les Annales austriæ, publiées par M. Wattenbacli) : Fridericus imperator fugit, nec se opponebat, » etc. « In- » sinuant (les habitants de Neustadt en 1487) imperatori ut suis sub- » venial, sed non est factum. »