‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 177 sur 179 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

vahissait la Transylvanie (octobre 1479). Le roi, occupé en Bosnie et en Serbie, ne put marcher contre elle, mais le voïvode Étienne Bathory l’atteignit dans le vaste amphithéâtre de Kenyer Mezo (le champ du pain), qui semble avoir été disposé par la nature pour les grandes batailles1. L’évêque Ladislas Gereb commandait un corps de cavalerie; les soldats jurèrent sur l’hostie de ne point reculer sans l’ordre de leur général : on aurait pu se croire au début du douzième siècle et dans les plaines d’Ascalon. La lutte s’engagea dans des conditions inégales. Bathory, dont le nom justifié dans cette journée signifie « vaillant, » se prodigua, reçut six blessures, perdit deux chevaux sous lui en ralliant les fuyards. Au moment où tout semblait désespéré, arriva Paul Kinizsi, à la tête de ses hussards, et criant de sa voix retentissante : « Où es-tu, Bâthorv? » La fureur hongroise brisa les rangs ottomans : on a parlé de trente mille moslims restés sur le champ de bataille. Les vainqueurs célébrèrent un festin au milieu de tous ces débris : un récit probablement légendaire montre Kinizsi dansant avec un cadavre turc; mais il n’est que trop vrai que, dans ces luttes sans merci, la barbarie grandissait d'un côté comme de l’autre. La victoire de Kenyer Mezo sauva l’Europe orientale pour un demi-siècle.

Les relations avec la Cour de Borne n'en devinrent pas meilleures. Mathias écrivait au collège des cardinaux : « Plût » à Dieu que vos félicitations ne fussent pas une simple » ostentation, et qu’elles fussent suivies d’effet pour le salut

1. V. de Gérando et Ilammer, 1. XVII. — Les Sâxons, commandés par le bourgmestre de Hermannstadt, Georges Heclit. se conduisirent vaillamment (Teutscli. I. 195).

LA MONARCHIE ÉLECTIVE

» de la chrétienté. Nous sommes affligés de voir qu’après » tant de travaux entrepris sans interruption pour la foi » catholique et pour le dogme chrétien, nos ennuis viennent » souvent de Sa Sainteté, dont nous pouvions attendre une » autre reconnaissance h » Toutefois la prise d’Otrante avertit le pape et le ramena peu à peu à la vraie politique, aux vrais devoirs de son siège pontifical, que Pie II avait bien compris, mais que Paul II et lui-même Sixte IV avaient successivement méconnus. Ce n’est pas qu’il ait grandement secouru Mathias dans la campagne de 1481 : les secours qu’il avait promis se faisaient attendre, et il ne saisit pas l’excellente occasion qui était offerte aux chrétiens par la mort de Mahomet II, et où son royal correspondant reconnaissait la main de la Providence 1 2. Il n’en est pas moins vrai que Sixte IV se rapprocha du roi de Naples, se préoccupa davantage de la guerre musulmane, et désira la paix entre les chrétiens. Malheureusement l’Empereur ne parlait que d’écraser « le fléau de la chrétienté » et ne voulait pas écouter les légats médiateurs ; il fallait donc renoncer à continuer la croisade. Jamais pourtant les circonstances n’avaient été plus favorables : Bayezid II avait contre lui un grand parti3, et son frère Dseliem offrait à Mathias la Bosnie, la Serbie et la Bulgarie s’il le délivrait des mains des chevaliers de Rhodes et lui accordait son alliance. Ivinizsi avait poursuivi ses succès au-delà du Danube, entraînant avec lui cinquante mille Serbes ou Turcs ennemis du Sultan. L’inquiétude était grande à Constantinople, et Bayezid implora une trêve de cinq années. Il en coûtait beaucoup au roi et aux Etats de

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