‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 2 sur 179 · ARCHIVES ET COLLECTIONS DE MANUSCRITS, ETC · texte numérisé non relu

ARCHIVES ET COLLECTIONS DE MANUSCRITS, ETC

Deux causes contribuent à la complication et à la dispersion des archives hongroises, dont le tableau d’ensemble a été dressé récemment par M. Fraknôi : d’abord le caractère même de l’histoire et des institutions nationales surtout depuis le xvie siècle jusqu’à ces dernières années, caractère aussi opposé que possible à la centralisation ; ensuite une lente et sourde lutte entre la nation et la cour de Vienne, l’une et l’autre voulant attirer à elles les archives, signe et gage pour l’une d’indépendance, pour l’autre de domination. Cependant les Magyars auraient tort d'en vouloir à la maison de Habsbourg, car avant 1526, date de l’avénement de cette maison au trône de Saint-Étienne, nous n’avons que des notions confuses d’anciennes archives royales, tandis que depuis lors des collections sérieuses et durables ont commencé. Il n’en est pas moins vrai que l'on comprend le désir des Hongrois d’augmenter les archives de leur capitale, désir en partie réalisé aujourd’hui, bien que Vienne ait conservé les pièces hongroises des secrètes Archives impériales et royales et celles de la Chambre impériale, précieuses collections où les chercheurs modernes ont puisé et puiseront longtemps encore.

Bude possède les archives de la Chambre royale hongroise,

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

essentiellement relatives à L’histoire financière et datant seulement de 1618, mais ayant recueilli par déshérence ou confiscation les parchemins, même politiques et remontant jusqu’au moyen âge, de plusieurs grandes familles — les archives du Palatin fondées par la Diète de 1723, celles du Pays fondées par la Diète de 1790, et qui s’enrichissent tous les jours — celles de la Chancellerie royale magyare, enfin celles du gouvernement de Transylvanie qui datent de la réunion de cette principauté aux États de la maison d’Autriche, c’est-à-dire de la fin du xvne siècle. On peut compter encore parmi les archives ayant un caractère public celles des Saxons transylvains à Hermannstadt, et celles d’Agram pour le royaume indépendant, mais uni, de Croatie.

Ces diverses archives publiques et générales ne sont pas les seules qui aient servi et servent encore à restituer le passé de la Hongrie. Les nombreux chercheurs dont nous indiquerons plus loin les publications les ont mises à contribution comme cela était inévitable, mais ils ont fouillé plus activement les archives particulières et locales. Au premier rang de celles-ci il faut placer celles des grandes familles, les Batthyâny, les Erdôdy, les Kârolyi, les Teleky, etc., conservées dans leurs châteaux souvent avec beaucoup de soin, quelquefois avec négligence. Ce sont surtout les recueils très-modernes qui ont profité de ces trésors de famille, longtemps d’un difficile accès, aujourd’hui généreusement ouverts aux travailleurs sérieux. Viennent ensuite les évêchés et les monastères, particulièrement l'archevêché primatial de Gran et la maîtresse abbaye des Bénédictins sur le mont de Pannonie. Enfin il faut indiquer les archives des Comitats d'où l’on a tiré beaucoup de pièces précieuses concernant tantôt des questions locales, tantôt même des intérêts nationaux. 11 n’y a pas jusqu’à de simples établissements d’instruction , comme le collège réformé de Debreczin, qui peuvent montrer avec orgueil des parchemins des rois ou des princes de Transylvanie.

Cette excessive dispersion n’a pas arrêté, comme on le verra, les érudits magyars depuis le milieu du xviii® siècle jusqu’à nos jours, et s’il est encore impossible de dresser un inventaire complet des richesses historiques de leur pays, du moins on peut dire que le domaine de l'inconnu se restreint tous les jours, et que déjà l’on est arrivé au point où. à côté de pièces d’un haut intérêt sont exhumés des documents qui ne servent qu’à confirmer une quatrième ou une vingtième fois des faits dûment constatés.

La Hongrie ayant été mêlée, à diverses époques, soit à la politique générale, soit à la politique de telle ou telle maison souveraine, les archives étrangères recèlent des documents qui font partie intégrante de son histoire. Aussi n'ontelles pas été oubliées : celles de Bruxelles et de Londres pour l’époque de Charles-Quint et de Ferdinand, celles du ministère des Affaires étrangères de Paris et celles de Londres encore pour les alliances de Louis XIV avec les mécontents hongrois, celles de Naples pour les campagnes des rois angevins, et de Venise pour une lutte séculaire sur les côtes de l’Adriatique ; bien d’autres encore dans l’Europe septentrionale, fouillées depuis vingt ou trente ans par des chercheurs tels que MM. Simonyi, Hatvani, Ovdry, Petrovics, ont apporté leur pierre au monument national.

A côté des archives proprement dites il faut placer les collections de manuscrits. Ceux de l'Académie et du Musée national qui ont une valeur historique ont été en général publiés ; signalons pourtant quelques-uns des manuscrits de Nicolas Bethlen (fin du xvne siècle), une partie des notes de Pétrovics et le manuscrit de Szirmay sur les Jacobins de 1794. Mais il y en a d’autres qui ont une importance en tant que manuscrits, à cause de leur date ou de leur belle exécution. La célèbre bibliothèque de Mathias Corvin a été dispersée dans toute l’Europe, et la patrie de ce roi n’en a conservé que douze volumes ; comme ce ne sont que des copies d’auteurs anciens sacrés ou profanes, ces exemplaires ne sont qu’indirectement des sources de l’histoire hongroise,

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

d’autant plus qu’ils sont pour la plupart l’œuvre de copistes florentins : ils attestent seulement la part prise par le gouvernement hongrois du xvc siècle à la renaissance des lettres antiques. De meme il existe de nombreux codices renfermant les plus anciens monuments de la langue, dont une partie seulement a été imprimée : ils sont presque tous consacrés ù des légendes dépourvues de caractère national, et n’offrent par conséquent qu’un intérêt philologique.

La bibliothèque de Vienne abonde en richesses de ce genre : elle possède non-seulement de beaux volumes de la C-orvina , mais de vieilles traductions de la Bible et d’anciens manuscrits des chroniqueurs. La bibliothèque de l’abbaye de Mœllv, située sur le Danube entre Linz et Vienne, est aussi l’une de celles où l’on a trouvé le plus de manuscrits, surtout les textes des plus anciennes lois. Hors de l’empire Austro-Hongrois, les restes de la bibliothèque de Mathias sont nombreux à Munich, à Wolfenbüttel, à Bruxelles, à Paris, etc. Nous possédons aussi dans le fonds Dupuy de la Bibliothèque nationale et surtout dans la collection Godefroy, propriété de l’Institut de France, des documents précieux et employés ici pour la première fois, sur l'Histoire des princes transylvains et de leurs alliances pendant la première moitié du xvne siècle.

Aux archives efc aux collections de manuscrits il est naturel de joindre les musées historiques, et, dans le sens le plus ordinaire, les monuments. Malheureusement nul pays n’est plus pauvre que la Hongrie en architecture à cause des ravages des Turcs : les seules contrées du Nord, qui y ont échappé, ont conservé quelques églises gothiques, telles que celle de Ivaschau, et les ruines encore grandioses des châteaux du bord du Waag et du palais de Visegrad sur le Danube. Les restes des monuments romains de la Dacie, et leurs inscriptions expliquées par MM. Ernest Desjardins et Floris Romer, n’appartiennent pas à l’histoire nationale des Magyars , puisqu’ils sont antérieurs à leur arrivée. En revanche, lemusée de Pesth offre à l’étude de l’historien, outre

les objets qui remontent au temps des Avares selon M. F. Pulszky, une suite complète de pièces de monnaie depuis les premiers rois jusqu’à nos jours, les sceaux des différents pouvoirs et des différentes villes, les bijoux des grands seigneurs et des grandes dames, les armes attribuées aux plus célèbres guerriers.

Pour cette branche des documents comme pour celles précédemment indiquées, Vienne renferme dans ses collections un complément indispensable : il faut visiter Y Ambraser Sammlung pour les armes hongroises et turques, et la Schatzkammer pour les médailles et pièces d’orfèvrerie commémoratives. Quant aux estampes contemporaines des événements, elles se trouvent jjour la plupart en tête ou dans le corps des ouvrages publiés en si grand nombre à partir du xvP siècle, et dont il sera question au % III.

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