PIÈCES OFFICIELLES, DIPLÔMES, LETTRES
A. — Pièces de i,rovenance magyare.
Il faut citer avant tout trois recueils volumineux dus à l’érudition de trois prêtres magyars dans la seconde moitié du dernier siècle et au commencement de celui-ci. Les deux premiers, les Annales de Pray et YHisloria critica de Katona, ne sont pas sans doute de pures collections de documents, puisque l’un présente un récit continu, l’autre une série de discussions quelquefois minutieuses ou puériles ; mais dans l’un comme dans l’autre les documents emportent le reste de l’ouvrage. Quant au Codex diplomaticus de Fejér il consiste dans une immense série de documents, accompagnés de quelques notes. Remontant tous les trois aussi haut que
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possible dans l’histoire des Hongrois et même au delà, ils s’arrêtent, Pray en 1554, Katona en 1810, Fejér en 1439.
Si complet que paraisse le Codex diplomaticws pour le moyen-âge, des recherches récentes ont permis d’y ajouter un riche supplément pour la période des rois de la dynastie Arpàd, laquelle s’arrête en 1301 : ce supplément publié par M. Wenzel, forme une des séries des Monumenta Hungariœ historien , collection de l’Académie hongroise, divisée en plusieurs séries, qui s’accroît chaque année et qui dépasse aujourd’hui 70 volumes. 11 faut toutefois remarquer que le Codex diplomaticus et son supplément, où domine l’élément ecclésiastique, et particulièrement la correspondance toujours si remarquable de la Cour de Ilome, ne sont ni l’un ni l’autre composés uniquement de pièces nouvelles, et que M. Wenzel puise dans Migne ou dans les Monumenta de Theiner, comme Fejér jmisaitdans Rainaldi ou dans Farlati. Les diverses archives hongroises dont il a été question plus haut n’-en sont pas moins la provenance principale de ces quatre grands recueils.
Il en est de plus spéciaux, et concernant : ou bien des rapports d’une nature exceptionnelle, comme ceux des Hongrois et de l’administration ottomane pendant l’occupation turque, constatés dans les Tôrôk-Magyar Emlèkek de l’Académie, soit une région très-bornée, comme les recherches documentaires de C. Wagner sur les Comitats de Zips et de Sâros, soit enfin une série particulière d’institutions, tels que la collection des conciles nationaux de Péterfy, ou les études de Batthyâny sur les évêques de Csanàd. En outre, presque tous les ouvrages dont il sera question plus loin s’appuyent sur des documents dispersés dans les recueils qu’a multipliés de nos jours l’érudition nationale.
Mais nous avons réservé une série très-importante, celle des actes législatifs : des lois votées par les Diètes ou promulguées, suivant les temps, par le pouvoir royal. Depuis Marie- Thérèse jusqu’à nos jours chaque Diète a son journal, et les moyens de publicité pour les décisions gouvernementales
abondent de plus en plus. Mais les périodes antérieures sont, sous ce rapport, plus difficiles à reconstruire : c’est par exception que nous possédons le discours de Szluha en 1722, si important pour le vote de la Pragmatique - Sanction. Déjà Kovachich avait suivi attentivement les traces des anciennes diètes à travers l’histoire; cette tâche a été reprise par M. Fraknôi, avec beaucoup de science et de critique, pour la période embrouillée des xvi° et xviie siècles. Les lois des rois Arpad ont été collationnées par Endlicher sur les meilleurs manuscrits. Le Corpus juris hungarici renferme les lois des xve, xvie et xviic siècles ; il commence par un ouvrage, qui a été souvent publié à part , du grand jurisconsulte et homme d’Etat Yerboczy, ouvrage qui n’est pas seulement un résumé authentique et autorisé des coutumes magyares au commencement du xvie siècle, mais qui est aussi tout rempli d’allusions politiques, et tout frémissant des passions de la petite noblesse.
Restent les recueils de lettres, que nous envisagerons à part, tout en rappelant que les recueils déjà cités, surtout celui de Prav, en contiennent beaucoup. La série des lettres proprement dites, de celles qui sont autre chose que de simples rescrits, commence avec Jean IJunyade, sur la limite du moyen âge et des temps modernes. Le second Ilunyade, le roi Mathias Corvin en a écrit un grand nombre, qui forment une source historique de premier ordre. Après sa mort, les habitudes épistolaires deviennent générales parmi les hommes d’Etat, comme le prou ve une nouvelle collection épistolaire de Pray, qui continue pendant deux siècles. A côté de ce recueil varié, trois prélats politiques et négociateurs, Pierre de Yarda, Yerancsics , Pâzmâny, qui savent manier plusieurs langues, ainsi que les intérêts les plus divers du domaine temporel et du domaine spirituel, contribuent à éclaircir des événements embrouillés, avec des hommes d’épée et de gouvernement tels qu’Etienne Bâthory ou le palatin Nicolas Eszterhâzy.
Mais à côté de la Hongrie proprement dite, les Magyars de
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la principauté de Transylvanie ont des princes habiles et instruits dont les lettres sont précieuses à consulter, Gabriel Bethlen, puis les deux Georges Râkôczy. Plus tard un autre Râkôczy plus célèbre, l’allié de Louis XIV, laissera de riches archives, où puiseront M. Thaly et M. Fiedler, et jusque dans l’exil de ce guerrier malheureux, l’un de ses fidèles compagnons Koloman Mikes, écrira ses curieuses Lettres de Turquie. Dans une époque plus rapprochée de la nôtre viendra la correspondance du comte Dessewffy avec le poète Ivazinczy.
B. — Pièces de provenance austro-slave.
La couronne de Hongrie appartenant depuis trois siècles et demi à la maison d’Autriche après avoir été longtemps convoitée par elle, il n’est pas surprenant que les savants autrichiens aient eu à recueillir bien des matériaux intéressant l’histoire hongroise. L’est en effet toute une partie, et non pas la moins importante des deux vastes publications de l’Académie de Vienne, les Archives et les Fontes rerum austriacarum : MM. Chmel, Firnhaber, Zeibig ont surtout éclairci les longues et sourdes luttes du xve siècle, la politique à la fois vacillante et tenace de Frédéric III et de son fils ; MM. Teutscli etKrones, les institutions des Adlles allemandes dans le royaume de Saint-Étienne, MM. Hôfler et Gindely, la politique des Habsbourg aux xvne et xvme siècles.
Des publications particulières ont complété ou précédé ces entreprises collectives. Citons en particulier l’histoire documentée de Ferdinand 1er par Bucholtz, les pièces relatives aux relations entre l’Autriche et la Porte par Gévay, les documents sur les Habsbourg de Chmel, et l’Autriche sous Frédéric III de M. lvurz. Les autres ouvrages que nous pourrions citer ici seront mieux à leur place à titres de chroniques ou d’histoires.
Toutefois nous ne pouvons terminer l’étude des pièces
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(l’origine autrichienne sans indiquer quelques correspondances politiques : celle du prince Eugène, où il est souvent question des troupes hongroises et de leurs chefs, celles de Joseph II avec Léopold et Marie-Thérèse et avec Catherine de Russie, toutes deux publiées par M. d’Arneth , celle de Thugut Clerfayt et Würmser avec leur gouvernement, imprimée par M. de Vivenot.
Si les Hongrois ont eu dans les Habsbourg des souverains à l’égard desquels ils s'efforcaient avec des succès divers de maintenir leur indépendance, ils ont eu dans les Slaves du Sud, Croates et Dalmates, des sujets ou des vassaux qui à leur tour s’efforcaient de maintenir leur indépendance contre les Hongrois. Aussi des collections de pièces relatives à ces peuples rentrent-elles dans les matériaux de leur histoire : citons avant tout Farlati pour lTllyrie ecclésiastique, Kukuljevitch et Racki pour la Croatie. Il convient d’y ajouter l'ouvrage de Lucius sur la Dalmatie et la Croatie, lequel sans doute présente un récit suivi des événements jusqu’au xvu siècle, et contient de véritables chroniques, telles que celles de Paulus et de Paulo et de Thomas de Spalato, mais qui consiste aussi dans une série de diplômes et de privilèges accordés par les rois magyars à leurs alliés douteux contre Venise, à leurs sujets intermittents de la côte italo-slave de l’Adriatique.