Frcelin, Ibn . Foszlan, p. 201, cité par Rœsler
LES ORIGINES ET L’ÉPOQUE PAÏENNE
sur l’établissement social des Magyars. La nation morave jetables bases d’une puissante confédération de peuples slaves, rivale de l’Allemagne : de telle sorte que les pénibles campagnes de Charlemagne contre les Avares ne semblaient avoir abouti qu’à remplacer ce peuple déjà en décadence par de jeunes et redoutables ennemis de l’Empire. Dès lors éclatait l’antagonisme persistant de ces deux grandes familles indo-européennes, les Slaves et les Germains '.
En effet, sous la terrible épée de Charlemagne les Avares avaient succombé , les Slaves de l’Elbe avaient succombé; les Slaves moraves avaient plié 2 . Ils s’étaient soumis, nonseulement au baptême, mais à la suprématie ecclésiastique de la nation conquérante, ce qui pouvait devenir au Moyen Age une forme douloureuse de la sujétion politique : ils relevaient du puissant diocèse de Passau. Mais dans cette situation inférieure facilement acceptée, les Moraves recueillaient leurs forces, et lorsque se fit sentir la décadence carolingienne, ils étaient iDrêts à en profiter. Mojmir, et ax^rès lui son neveu Rastiz, furent reconnus par leur nation princes indépendants, et ne reculèrent pas devant une lutte contre Louis le Germanique, lequel fut vaincu3. La Moravie commença dès lors son existence d’État libre. En même
1 . Pour ce qui va suivre, voir surtout Dudilc : Mœhrens allgemeine Geschichte (Brünn, 1860, 5 vol. in-8°; le premier volume va jusqu’en 906).
2. Dans Pertz, I, 191 {Ann. Melt., 903) : Multi Sclavi se cum omnibus quæ possidebant, imperatoris domino subdiderunt. Dudik pense avec raison qu'il ne peut être ici question que des Moi'aves.
2. Les Annales de Fulde (Pertz, I, 369), essaient de dissimuler cet insuccès; il y est dit que Louis sine Victoria rediit; mais d’autres Annales (ibid., p. 449), sans avouer une défaite, sont plus explicites : Ludovicus crebris Sclavorum defeclionibus agitatur.
temps, et comme par mie conséquence naturelle, elle rompit ses liens de vassalité ecclésiastique à l’égard du clergé allemand. Deux énergiques propagateurs de la religion chrétienne, Cyrille, et surtout Méthode, entreprirent sérieusement la conversion jusque-là siqierficielle du pays, et Méthode devint le premier archevêque d’Olinütz. Accusé d’hérésie par les prélats allemands, obligé de faire deux voyages à Rome, il eut gain de causé auprès du pape Nicolas 1er, et la Moravie n’eut plus d’ordres à recevoir ni de Passau ni de Salzbourg1. C’est en vain que les Allemands reprirent un moment l’avantage et firent Rastiz prisonnier : en 871 Swatopluk 2 commença son règne glorieux.
Dès lors les Moraves, non contents de leur indépendance, reculèrent tous les jours les bornes de son empire ou de leur suprématie. Au nord, des peuples frères, les Tchèques, les Sorabes, reconnaissaient le prince de la Grande-Moravie pour leur chef suprême ; au sud les limites de la Grande- Moravie atteignaient jusqu’à la Tlieiss et jusqu’à la Drave 3. Une politique habile et une armée toujours prête soutenaient cette éclatante prospérité : des alliances conclues à propos avec Byzance, avec les Bulgares, même avec certains princes allemands, semblaient garantir Swatopluk contre un retour de fortune ; et surtout après la déposition de Charles le Gros, dans la faiblesse universelle produite par le second démembrement de l’Empire austrasien, seul en Europe le prince morave apparaissait puissant, redouté, obéi.
1 . Louis Léger : Cyrille cl Méthode, Paris, 1868, surtout du cli. xv au cb. viii. — Toutefois la Cour de Home interdit quelque temps la liturgie slave, qu’elle combattit à plusieurs reprises en Dalmalie.