‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 31 sur 179 · Telle est la thèse soutenue notamment par Szalav · texte numérisé non relu

Telle est la thèse soutenue notamment par Szalav

bus ôtait libre d’envahir l’Allemagne, l’Italie, la France; et cela pouvait durer tant que les Hongrois conserveraient leur première fougue belliqueuse, surtout tant qu’ils ne rencontreraient pas au dehors, de barrière assez forte pour les arrêter.

Or l’état de l’Europe, dans la première moitié du dixième siècle, se prêtait à merveille à des incursions capricieuses. Le vieil empire byzantin, malgré son irrémédiable décadence, était encore de tous les Etats le plus résistant : il y avait à Byzance, et sur le trône même, tant de science, tant d’esprit, tant de pénétration politique, tant de souvenirs de la tactique romaine1 ! Mais l’Occident, réputé si vigoureux, était livré à l’anarchie : quel était le pays capable de repousser d’immenses hordes de cavaliers rapides et de merveilleux archers ? Etait-ce l’Italie, en proie à tous les désordres et à toutes les hontes, depuis la Chaire pontificale jusqu’à la royauté, disputées l’une et l’autre au milieu de la boue et du sang ? Etait-ce la France, au Nord comme au Midi dépourvue de tout lien national et tombée dans une profonde faiblesse? Etait-ce enfin l’Allemagne, où les grandes familles ducales songeaient bien plus à leurs rivalités qu’à la défense des frontières2 ? C’est pourtant l'Allemagne qui devait plus tard, sous les deux premiers rois de la Maison de Saxe,

1. L’ouvrage déjà cité de M. ltambaud donne une haute idée des souverains byzantins, un peu calomniés par les préjugés his toriques.

- V. aussi un article de M. L. Drapeyron sur l’Empire grec dans la Revue des Deux .1 fondes du là octobre 1872.

‘2. Consulter sur l’état de l’Allemagne à cette époque : en français, le deuxième volume de Y Histoire d'Allemagne, de M. J. Zellev; en allemand, MM. Dümmler et 'Giesebrecht.

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arrêter les Hongrois par un double désastre, et les forcer à s’ouvrir un nouvel avenir.

Les incursions commencèrent du vivant même d’Arpad, sans qu’il paraisse y avoir eu la moindre part, plusieurs années avant l’achèvement de la conquête que nous venons de raconter. H est, du reste, trèsdifficile d’attribuerdesdates précises à ses expéditions, notamment à celles d’Italie1, trèsdifficile même de les compter, à cause du désaccord et de l’insuffisance des documents, et parce que chaque année sans doute une borde indépendante, à défaut de l’armée principale, recommençait la course qui avait rapporté du butin l’année précédente. La Stvrie et la Garinthie, où les Hongrois semblent avoir rencontré une résistance parfois victorieuse2, furent le chemin qui les conduisit en Italie. C’est en automne qu'ils dirigèrent leur première tentative de ce côté; mais ils s’arrêtèrent sur les bords de la Brenta pour y établir leur camp, et selon leur usage, ils ne voulurent pas s’aventurer au loin sans s’être renseignés sur l’état du pays qu’ils se proposaient d’envaliir. Leurs espions leur apprirent que la population était nombreuse, les villes bien fortifiées. Ils résolurent donc de différer jusqu’au printemps une campagne sérieuse. L’hiver 11e fut pas perdu pour cela :

1. Dandolo, dans le Chronic-on Venetum (Muratori, t. XII, p. 197), donne la date de 906, et Liutprand (Pertz, III, p. 292), celle de 899, date plus probable, et confirmée par les Ann. Sang ail. (Pertz, I, 415). — Regino propose une date intermédiaire (901). — Les deux relations les plus détaillées sont celles de Dandolo et de Liutprand, dans lesquelles il nous paraît évident qu’il s’agit d’une seule et meme campagne principale.

2. Ann. Sang ail.. 900: Norici cum Agarenis pugnavcrunt, et parlera ex eis occiderunt.

des armes furent fabriquées, des flèches aiguisées, et la jeunesse se livra à des exercices guerriers.

Le printemps venu, une nombreuse armée, encore peu exercée au siège régulier des places, mais très-habile à traverser les rivières, franchit le grand espace qui sépare le col de Tarvis du Tessin ; mais une fois auprès de Pavie, elle apprit que le roi Bérenger réunissait sur les bords du Pô une multitude d’hommes armés, venus de toutes les contrées de l’Italie. A cette nouvelle, une panique telle qu’en ont souvent les armées de cavaliers, s’empara des Magyars ; ils s’enfuirent en désordre du côté de l’Adda, et beaucoup d’entre eux périrent au passage de cette rivière. Leurs chevaux étaient fatigués, Bérenger menaçait de les envelopper : ils voyaient la défaite inévitable. Désespérés, ils demandèrent au roi d’Italie de les laisser se retirer en abandonnant leur

qu’ils cherchaient non des armes pour les tuer, mais dés chaînes pour les emmener captifs. Ils ne voulurent entendre à rien, et perdirent du temps en réjouissances prématurées.

Tant d’orgueil devait porter des fruits amers. D’abord les Italiens laissèrent l’ennemi leur échapper, et les gagner de vitesse jusqu’à Vérone. Là, il est vrai, les chevaux des Hongrois refusent de les porter; mais le désespoir leur

donne la force de vaincre une avant-garde italienne lancée à leur poursuite, et ils arrivent sur la Brenta. Impossible d’aller plus loin, ils offrent donc une seconde fois tout le butin, tous leurs captifs; bien plus, leurs chevaux et leurs

butin. Mais les Italiens et leurs chefs étaient remplis d’orgueil ; ils croyaient les Hongrois si infailliblement perdus

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séparés par la Brenta de l’armée de Bérenger, ils prennent d’habiles dispositions pour passer à propos la rivière. Les Italiens faisaient tranquillement leur repas lorsqu’ils voient leur camp inondé de Magyars; avant de pouvoir rejoindre leurs chevaux, ils sont égorgés. Dans ce désastre, les rivalités qui ont si souvent perdu l’Italie reparaissent plus envenimées : au lieu de faire un vigoureux eifort pour se secourir mutuellement, ils se livrent les uns les autres aux coups de l'ennemi. Vingt mille hommes restèrent sur le champ de bataille, et l’Italie fut désormais sans défense.

Venise n’était pas loin, et les vainqueurs essayèrent de s’en emparer, ne se doutant pas des difficultés d’une telle entreprise. Alors commença entre le royaume barbare du Danube et la république civilisée de l’Adriatique une guerre intermittente, mais séculaire. Les préparatifs des agresseurs étaient trop grossiers pour triompher cl’une marine déjà puissante. Ils ravagèrent quelques-unes des îles des lagunes, mais le doge Pierre, à la tête de la Hotte, les vainquit. Cette tentative manquée découragea peut-être les héros de la Brenta. Bérenger obtint leur départ en leur laissant tout ce qu’ils avaient pris, et en y ajoutant des présents et des otages1.

A peu près en même temps eut lieu la première lutte contre l’Allemagne, et cet événement-là est encore moins bien connu que le précédent. Il est certain que les Bavarois, dont le pays fut envahi jusqu’à Ratisbonne, ont eu à supporter ce premier choc; mais faut-il croire au guet-apens

1. Le récit le plus complet est celui de Liutprand. Dandolo insiste naturellement sur Venise; les Annales de Fulde indiquent le nombre des Italiens tués sur la Brenta.

qu’un texte suspect imputerait aux Bavarois1 : auraient-ils feint de convoquer les Magyars àun festin de réconciliation, et profité de leur confiance pour les massacrer ? Faut-il croire au contraire que les Allemands ont remporté ce succès sans manquer aux lois de l'honneur? D’après les Annales de Fulde, ce seraient les Hongrois qui, ayant espionné la Bavière sous prétexte de négociations pacifiques, l’auraient dévastée sur un large espace en un seul jour; et le comte Liulpold, pour venger cet attentat, aurait réuni ses troupes à celles de l’évêque de Passau, et infligé aux barbares une défaite signalée 2.

Quoi qu’il en soit, l’Allemagne fut tranquille jusqu’à la la mort d’Arpàd (907). Le conquérant ne s’était point occupé de ces expéditions stériles, ses soucis étaient ailleurs : il organisait le pays selon les ressources naturelles de son génie barbare, et il travaillait à faire reconnaître son fils Zoltàn, dernier survivant de toutes ces batailles, comme chef suprême des tribus. Toute conquête a pour résultat, au moins pendant une certaine période, de fortifier et de concentrer le pouvoir; car il est de l’intérêt de tous les auteurs de la conquête, s’ils veulent en conserver le profit, de se grouper autour d’un souverain. Zoltàn fut donc reconnu avec acclamation, et peu de temps après Arpàd mourut. Les historiens hongrois remarquent que si rien n’est resté du tombeau qui, au pied des rochers de Bude, reçut les restes de ce grand homme, l’empire fondé par lui vit encore au bout de dix siècles 3.

1. Ann. Sangall. : Agareni a Baioariis ad pran lium vocati. — Pray, (Ann. vet.), croit qu'il faut lire ad prcclinm.

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