‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 32 sur 179 · Fessier-Klein : L. I, ch. ni · texte numérisé non relu

Fessier-Klein : L. I, ch. ni

LES ORIGINES ET L’ÉPOQUE PAÏENNE '77

La puissance ducale passait brusquement des mains d’un conquérant formidable et expérimenté aux mains d’un enfant de onze ans, à la blonde et fine chevelure. Il ne semble pourtant pas qu'il se soit élevé contre Zoltan aucune sédition ni aucune rivalité; mais les Allemands, constamment menacés, profitèrent avec joie de ce changement pour réunir une nombreuse armée sous le commandement de l'archevêque Hatto et du duc Liutpold. Ils ne savaient pas que des généraux tels que Lehel et Bulcs remplaçaient dignement le fondateur de l'empire magyar. Dans la bataille qui eut lieu non loin de Presbourg (907) \ premier engagement sérieux entre les deux peuples, la cavalerie hongroise, avec sa course furieuse tout ensemble et disciplinée, avec ses fuites simulées et ses volées de flèches, anéantit l’armée féodale, surprise et épouvantée de cette manière de combattre. Presque tous les chefs Allemands, seigneurs et prélats, restèrent sur le champ de bataille.

Le dernier carolingien de Germanie, Louis L Enfant, vit dès lors son royaume envahi de tous côtés, Bavière, Souabe, Franconie. A dix-huit ans, il connaissait autant de misères qu’en aurait pu connaître un souverain vieilli dans les épreuves. Il voulut, par un de ces derniers efforts dont se sont montrés capables à certaines heures même les plus faibles descendants de Charlemagne, venger la défaite de Presbourg : sur les bords du Lech, près d Ausbourg, il tenta la

\. Ann, Alamanni (Pertz, I, a. 997) : pauci cliristianorum evaserunt, interemplis multis episcopis comitibusque (Liutpold, 1 évoque de Passau, etc.). — Ann. Scinyall. (Perlz, I, a. 900). Dümmlei, (I. cit., 543 et suiv.).

revanche et ne trouva qu’un nouveau désastre (9 1U) i. Le camp germanique fut surpris comme naguère le camp italien : beaucoup furent égorgés, non pendant leur repas cette fois, mais pendant leur sommeil. Toutefois les rangs se reformèrent, et la lutte fut soutenue assez sérieusement pour que le roi Louis parût un moment victorieux. Mais la fuite des Hongrois é lai t simulée comme toujours : les Allemands dispersés dans une imprudente poursuite, sont entourés de toutes parts. Bientôt dans les bois, dans les champs, sur les bords du fleuve rouge de sang, ce ne sont plus que cadavres d’hommes et de chevaux. La vraie poursuite eut lieu, au son du cor et de la trompette, et peu de fuyards échappèrent. C’en était fait, l’Allemagne était ouverte, et bientôt une simple dalle recouvrait, comme elle les recouvre aujourd'hui encore, les restes du malheureux roi, Luclwig dasKind.

L’avênement de Conrad Ifir au trône germanique ne changea rien : il dut subir l’humiliation du tribut annuel ; désormais l’Allemagne était impunément traversée. Déjà depuis quelques années (906?) les Daleminces, peuple slave desbords de l’Elbe, avaient appelé les Hongrois contre les Saxons2, et les cavaliers du Danube arrivaient jusque dans la Tliuringe. Ils profitaient d’ailleurs avec une grande habileté des discordes de leurs ennemis : le duc Arnulf de Bavière s’entendait avec eux contre Conrad, devenait même leur allié. Bientôt ils arrivaient à Bâle, et envahissaient une première fois (910-912) l’Alsace et la Lorraine, où ils détruisaient, d’après les chroniques locales, les monastères de Saint-Dié et de Re mire mont3,

1 . Le récit le plus détaillé de celte bataille est celui de Liutprand (Pertz, III, 288).

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