‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 44 sur 179 · Bonfinius, I · texte numérisé non relu

Bonfinius, I

3. L’étymologie de ordôg est aussi obscure que celle de Isten. On lui a attribué une origine tantôt turque, tantôt persane.

4. Le radical tün signifie apparaître, dér (finlandais, lâr)y signifie probablement fille.

par un lion d'or, se mirant dans un lac resplendissant, et entouré de grands Lois où les oiseaux font entendre des mélodies ravissantes. Quelle source de richesses pour les hommes, s’ils ne l’avaient pas dédaignée ! Une tradition du comitat de lion t rapporte que, dans un endroit aujourd’hui désert et pierreux avec quelques vieilles ruines, vivaient des fées qui, au lever de l’aurore, peignaient leurs cheveux d’or sur le pays, de telle sorte que tout le monde était riche; mais un avare ayant saisi une ces fées pour lui couper sa chevelure, toutes s’enfuirent, et la misère, la désolation, succédèrent à l’abondance. Dans la ville de Déva, la fée bienfaisante apparaissait jadis tous les sept ans ; d’autres fées bâtissaient des murs pour les mortels et les enrichissaient de leurs trésors; mais toujours l’ingratitude humaine les découragait et leur faisait quitter la place.

A côté des fées de la terre, il y avait les fées de l’air et les fées des eaux. Une des plus poétiques et des plus originales fantaisies de l’imagination magyare était Délibab la fée de Midi, fille du vieux Puszta de l’Alfold, sœur de Tenger (la mer), aimée par Szèl (le vent). Rien de plus ingénieux, ni de plus exact que cette parenté. Délibab est la personnification du mirage qui se produit dans les vastes plaines et qui donne au voyageur l’illusion de la mer : que de fois elle a été chantée par les poètes1 ! C’est une fée vraiment nationale, comme celles qui protégeaient les armées, avertissaient les chefs, et au début de la conversion se mêlaient encore aux

1 . Y. sur Délibab, sans parler (les nombreuses allusions des poètes, Boldényi : la Hongrie ancienne et moderne, Paris, 1833, 2e partie, p. 24 et suiv.

LES ORIGINES ET L’ÉPOQUE PAÏENNE

apparitions chrétiennes pour prédire à Geiza la naissance de son glorieux fils h

Sur les bords des lac ; et des fleuves, on croyait à la présence des merveilles et des esprits des eaux. Dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, les paysans des rives de la Theiss racontaient encore qu’il y avait des femmes vivant dans le fleuve, • sortes de nymphes, ou plutôt de sirènes, comme le prouve la légende de la femme au corps de poisson. Certains rochers qui dominent le lac Balaton s’appellent encore aujourd’hui la demeure des fées. Le lac Ferto (ou de Neusiedl) renfermait dans ses profondeurs des palais de diamants et d’or, où des chants merveilleux retentissaient durant les nuits paisibles.

Tout autre était la demeure du vilain vieillard (rut ôrey) : dans un bois sombre, un palais bâti de têtes de mort. Les mauvais esprits et les sorcières étaient servis par des chats noirs et des chiens noirs. Les géants personnifiaient souvent les montagnes, les rochers, la lutte de la plaine et de la mer. Tout ce monde nuisible, dans lequel figuraient des cyclopes, était en lutte continuelle avec le monde des bons esprits1 2.

Ces nombreuses personnifications n’excluaient pas le culte des éléments et des objets visibles : le feu, image ou plutôt

1. Ilartvicus, Vita S. Stephani, cli. iv (dans Endlicher). — Les Iladnemtôk sont les déesses qui voulaient empêcher Attila de revenir en Pannonie peu avant sa mort. — Nous ne disons rien des vdgzetnôk, sortes de Parques qui filaient des quenouilles, et qui n ont rien de national.

2. M. Ipolvi insiste avec raison (p. 115-139) sur le rôle important des géants et des rochers dans toutes les traditions finnoises — Les cyclopes dont il s’agit ont leur œil unique entre les épaules.

manifestation de la puissance divine1; l’eau, envisagée soit dans les sources auxquelles on offrait des sacrifices et près desquelles on enterrait les chefs illustres, soit dans les puissants fleuves divinisés; la terre, mère des hommes; les vents, dont le séjour était la montagne de Nadas, entre Presbourg et Nyitra. Plusieurs animaux fabuleux ou réels, le vautour, le loup, le dragon, le vampire ; plusieurs arbres, le noyer entre autres, étaient l’objet d’un culte particulier. Le soleil n’était pas oublié, non plus que la lune et l’aurore, et les chevaux du jour et le cheval noir de la nuit.

Les Magyars croyaient à la divination; ils avaient aussi des magiciens distincts, des devins et des prêtres. Un véritable ordre sacerdotal partageait le pouvoir avec le prince2. Les prêtres offraient à la divinité des chants, desprières, des sacrifices de toutes sortes, même des sacrifices humains, dans les bois sacrés, sur les autels. Dans l’ensemble des choses, l’âme humaine conservait son existence indestructible et immortelle ; mais elle pouvait revenir sur la terre, surtout si elle avait appartenu à un illustre guerrier. L’âme passait à cheval sous la voûte delà mort, et traversait un pont qui la conduisait au bonheur de l’autre monde ; bonheur guerrier comme les funérailles étaient guerrières.

Ainsi pouvons-nous résumer la mythologie magyare de

M. Ipolyi. Elle rend compte des anciennes croyances, en tant qu’elles ont laissé des traces dans l’imagination populaire et dans les traditions locales, et du mélange introduit

1 . C’est l’opinion de M. Ipolyi, qui s’appuie, en ce qui concerne ce culte du feu, sur Théophylacte et Aboulféda.

2. V. toute la dernière partie de la Magyar AJythologia , et un bon résumé dans Toldy, I. cit. p. 10 et suiv.

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dans les idées du peuple conquérant par son séjour au milieu des populations conquises. Elle renferme d’ailleurs des éléments très- anciens et qui présentent bien un caractère original, finnois et magyar. Mais des parasites de toute provenance encombrent cette végétation nationale, parfois difficile à reconnaître; en plus d’un endroit, on croirait lire une analyse des mœurs des Germains, ou une page de mytholologie classique, ou un abrégé du catéchisme chrétien h M. Csengery n’a pas trouvé cette méthode assez sévère; pour découvrir le vrai fond païen, pour le débarrasser des apports successifs dus à des religions différentes, il croit nécessaire de compléter les documents hongrois, peu nombreux ou tardifs, par l’étude des autres mythologies finnoises1 2. De là des résultats différents sur plusieurs points de ceux auxquels M. Ipolvi a été conduit, et que nous allons exposer à leur tour.

Le ciel, l’eau, la terre, telle est la triple voie dans laquelle s’est engagé le sentiment religieux des peuples altaïques (et surtout des Finnois), tant qu'ils ont vécu de leurs propres idées avant d’être initiés au christianisme. Le ciel est

1 . Les attributs de la puissance divine et les détails concernant le diable viennent en grande partie de l’enseignement chrétien ; le culte, les prêtres, les funérailles guerrières rappellent de bien près la Germanie païenne; les sirèues, les chevaux du jour, les cyclopes, le polythéisme gréco-romain.

2. Lencqvist : De superstitione veterum Fennorum. — Mais le travail de Castrén, publié par M. Scliiefner ( Vorlesungen über die finnisclie Mythologie, Saint-Pétersbourg, 1853), est surtout précieux, parce qu’il nous fournit une analyse raisonnée (avec renvoi aux passages concernant chaque divinité), du Kalevala traduit en français par M. Léouzon-Le-Duc, poème mythologique qui abonde en renseignements.

naturellement ce qui les a frappés tout d’abord, et parmi les phénomènes du ciel, le tonnerre, dont le nom, jiimcila, jummel, njum 1 est chez quelques-uns de ces peuples la plus ancienne expression de la divinité. Mais peu à peu l’idée religieuse s’élargit à la vue de phénomènes et d’objets variés, moins éclatants, mais aussi puissants que le tonnerre. Des lors la notion de dieu-tonnerre ne suffit plus, et, dans le ciel lui-même, ouest amené à distinguer le dieu du ciel, et le ciel objet ou ensemble d’objets visibles. De nouveaux mots religieux alors prennent naissance : les runes finlandaises, sans négliger l’ancien Jumala, qui revient souvent, et dont le nom sera donné même au dieu du christianisme, reconnaissent maintenant un dieu personnel sous le nom de Ukko, qui éveille dans toute cette famille de langues une idée de paternité et de xmissance2. G’est le dieu du ciel, maître de la pluie, de la neige, des éclairs, et qui règne sur les nuages, d’où il envoie avec son arc (l’arc-en-ciel), des traits de feu. « Que le trait enflammé de Dieu le frappe3! » est une malédiction bien connue en Hongrie comme en Finlande.

Au-dessous du dieu suprême de l’air régnaient, chacune dans sa sphère et sans affecter une hiérarchie polythéiste,

1. Sur Jumala et Ukko, V. toute la première partie clu travail de Gastrén.

2. Le magyar ûk, le vogoul ojke, le mongol akci, le turc aga renferment tous une idée de paternité, de supériorité. — Dans un document hongrois de 15G8, on retrouve Ukko, regardé comme le dieu des vendanges (M. de Ujfalvy, d’après M. Hunfalvy, dans la Revue bibliographique, de philologie et d'histoire du IG octobre 1874). On peut reconnaître dans le dieu vogoul tarom le magyar teremto créateur (ibid.).

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