‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 45 sur 179 · En magyar, verjen meg a tuzes islen nyila · texte numérisé non relu

En magyar, verjen meg a tuzes islen nyila

LES ORIGINES ET L’ÉPOQUE PAÏENNE

les divinités du soleil, de la lune et dos étoiles, emblèmes que l’on retrouve dans les vieilles armoiries des Székely et dans celles des Cumans de Hongrie ; de même la déesse Aurore et les merveilles de l’air, filles du soleil1, ce qui nous ramène à la Délibab magyare.

Si le ciel est ce que l’on aperçoit d’abord, la crainte et la reconnaissance, grands mobiles religieux, s’attachent aux sources, aux lacs, aux fleuves qui rafraîchissent les hommes et les troupeaux, qui fournissent le poisson et qui peuvent engloutir. Delà les sacrifices longtemps offerts aux divinités des ruisseaux et des lacs, à la fée des vagues, à la vierge de la cascade2, sacrifices plus tard défendus en Hongrie parles rois chrétiens.

Tous ces peuples vénéraient la terre comme une mère bienfaisante ; ils étaient arrivés à la personnifier, commeils avaientfait pour le ciel, indépendamment de la terre visible à tous les yeux3. Il y avait aussi des divinités terrestres inférieures, et ces peuplades, qui ne cultivaient pas mais qui vivaient de la chasse, attribuaient naturellement la plus grande importance aux forêts. Certains bois, certains arbres étaient sacrés. Le dieu des forêts s’appelait Tajiio , et ce nom se retrouve dans plusieurs villages de Hongrie : on se le représentait comme un vieillard aveugle, à la barbe de couleur sombre, revêtu d’une pelisse de mousse et couronné de

1. Tout cela se trouve dans le premier chapitre delà deuxième partie du Mémoire deM. Csengery, le deuxième concerne l’eau, le troisième la terre.

2. Kosken neiti, la vierge finlandaise de la cascade Vcllarno , en hongrois, huilant , vague.

3. Maa ema chez les Finlandais, maan emo, chez les Esthoniens, la terre-mère.

feuilles. Sa femme, la déesse Mielliki, était la mère de la forêt, la reine de la chasse, et un nombreux peuple de petites divinités représentant les divers esprits et les diverses forces des grands bois, obéissaient à leurs ordres.

L’immortalité de l’âme, ou plus exactement la permanence des âmes après la mort, est très- anciennement reconnue chez les peuples altaïques. Castrén, dans tous ses voyages, en a trouvé la trace chez les tribus les plus obscures et les plus ignorantes : elles croient que les chamans s’adressent aux morts et leur demandent des conseils. Mais ce n’est pas toujours de l’amour et de la confiance qu’ils témoignent à ceux qui ne sont plus ; souvent ils redoutent leur retour comme un mauvais présage, et chez les Tchouvaches qui ferment les cercueils avec un fer rouge pour qu’ils soient plus solidement fermés, le fils prie son père de ne plus revenir. C’est là l’idée la plus élémentaire, d’après laquelle l’âme reste dans le tombeau, idée que l’on trouve dans les runes, mais qui a plus tard cédé la place à une autre notion, celle du séjour des âmes dans le mcmala. De ce mot qui signifie « sous la terre, » vient le hongrois manô, objet de terreur 1 .

Une multitude d’esprits protecteurs ou nuisibles sont des intermédiaires entre la divinité et les hommes; il en est qui veillent sur les malades ou qui secourent les voyageurs dans la tempête, les pêcheurs sur le fleuve. C’est de ces esprits que les prêtres tiennent leurpouvoir de devins et de sorciers. Les mages ( varaszlôk ) apparaissent dans l’histoire hongroise

1 . Le mot pokol, enfer, est un mot commun à toutes les langues slaves, qui a passé en hongrois.

lors des derniers efforts contre le christianisne. Le nom de tatos que portaient les prêtres de l’ancienne Hongrie ne peut s’expliquer que par le finlandais tailcia, savoir, et dans les deux pays l’idée d’enchantement se rend par deux mots analogues, biivész , baive.

Tel est l’ensemble d’affirmations et d’hypothèses que M. Csengery oppose à la mythologie magyare de M. Ipolyi. Le reproche qu’on pourrait lui faire, c’est de chercher un peu loin ses renseignements, plutôt en Finlande et en Asie que dans les traditions magyares. Mais sa méthode n’en est pas moins sérieuse, et concluante sur bien des points. Elle n’est d’ailleurs pas absolument inconciliable avec celle do M. Ipolyi. De l’une comme de l’autre résulte une religion finnoise, bien que rapidement surchargée d’autres éléments ; une religion ayant pour caractère essentiel le culte des forces ou dqs esprits de la nature1 ; mais avec cette disposition à reconnaître un Dieu suprême, et cette croyance en l’immortalité qui ont préparé le triomphe du christianisme2.

Tous les historiens ont observé que les invasions barbares suivies de conquêtes durables, par exemple celles des Germains dans les provinces romaines, ont grandement fortifié

1. V. l’ouvrage déjà cité de M. F. Lenormant : la Magie chez les Chaldéens.

2. Le paganisme magyar ne se servait guère d’images. On trouve pourtant dans les sentences des rois chrétiens et dans plusieurs diplômes, des balvâny, statues de pierre qui ornaient les tombeaux païens : acl statuam lapidcatn quce dicduve balvankew , etc. (Jerney : Keleti utazâsa, t. II, p. 101 et suiv.) Il n’en est pas moins vrai que ce peuple n'a jamais eu de grandes dispositions pour l’emploi des images dans le culte ; ce fut une des causes des succès de la Réforme au seizième siècle.

l’autorité des chefs conquérants. Si l’on compare les institutions politiques des Magyars avant et après leur établissement en Hongrie, on se rappelle involontairementla royauté mérovingienne avant et après les succès de Clovis. Comme Clovis, comme plus tard Guillaume de Normandie, Arpâd tirait sa principale force de la conquête elle-même, du droit de distribuer arbitrairement à ses compagnons de victoire les terres des vaincus : l’exercice de ce droit par Arpâd et par ses successeurs a été continuel, à en juger par les allusions fréquentes et sans doute incomplètes des chroniqueurs1. Mais la différence qui séparait les vieilles coutumes germaniques de la vie nomade jusque-là pratiquée par tous les peuples altaïques se retrouvait dans le mode d’établissement territorial: ce n’était pas à tel guerrier, mais bien à telle tribu oufamille qu’une certaine région, le plus souvent très-vaste, ôtait attribuée. De là résultait encore que le pouvoir du prince ne pouvait s’agrandir jusqu’au despotisme ; car une tribu dans son vaste domaine conserve bien i>lus d’indépendance que des guerriers isolés.

On respectait d’ailleurs l’ancien pactejuré par le premier duc, ce pacte entouré dans les chroniques de circonstances légendaires, mais dont la réalité est attestée par la tradition nationale 2 : les tribus et les familles, subdivisions de la tribu, les huit tribus et les cent huit familles, conservaient leur existence- non-seulement sociale, mais politique. Les exigences de la discipline militaire rendaient aussi absolu que possible le pouvoir du chef suprême en cas de guerre

1. Diversa dédit donaria. — Edunek filio Eté donavit terrain juxta Danubium (Anon. ch. xxix et xlvji. V. aussi ch. xxxii. etc.).

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