SAINT-ÉTIENNE ET L A CONVERSION AU CHRISTIANISME
Geiza est le premier des Arpad chrétiens 1 et le précurseur de Saint-Etienne; on pourrait le considérer, toutes proportions gardées, comme le Pépin-le-Bref de ce Charlemagne. Il n’est presque aucun trait du règne de son fils que l’on ne trouve au moins indiqué dans son principat : conversion au christianisme, introduction des étrangers, rapports plus fréquents et plus pacifiques avec les nations voisines; il a tout préparé, tout ébauché, sinon tout accompli.
La réputation qu’il a laissée est celle d’un chef dur pour
1 . Beaucoup de documents relatifs à la période de trois siècles comprise dans ce livre se trouvent dans les annales de P ray et dans les sept premiers volumes de l 'Historia crilica de Katona. Mais le recueil le plus complet est celui de Fejér ( Codex diplomaticus ), encore complété par VArpâdkori uj okmdnytâr, de M. Wenzel.
les siens, hospitalier et prévenant pour les hommes venus du dehors1. Sauf l'expédition accidentelle contre l’Allemagne, dont il a été déjà fait mention, il a évité la guerre, devenue un fléau épuisant pour son peuple. Par là môme il fortifiait son pouvoir et préparait la transformation de l’autorité ducale en un système monarchique régulier, car les étrangers appelés, établis, favorisés de toutes manières, étaient prêts à aider leur protecteur contre les chefs des tribus. Lorsque Tibold de Fanberg et Wenzel de Wasserbourg devenaient les fondateurs de puissantes familles hongroises; lorsque Hunt et Pazman, destinés à armer un jour « du glaive, selon la manière teutonique, » Étienne, fils du roi, étaient retenus amicalement par Geiza, au retour de leur voyage d’outre-mer; lorsque Tliêodat, exilé d’Apulie, trouvait sur les bords du Danube une patrie nouvelle, c’étaient autant de menaces pour le régime primitif des clans magyars.
La prédication du christianisme devait nécessairement accompagner cette infiltration des races étrangères : elle en était à la fois la condition et le résultat. Geiza comprit que son peuple ne prendrait jamais rang dans l’Europe civilisée, s’il ne devenait chrétien. Il n’a pas eu besoin pour cela de l’influence attribuée plus tard à sa première épouse Sarolta, qui était simplement une fille du prince Gyula, de Transylvanie, et non pas une princesse byzantine, et qui n’a peutêtre jamais été chrétienne ou ne l’est devenue que fort tard2. Plus réelle a été sans doute l'influence de la seconde épouse