‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 51 sur 179 · V. le De nobilibus advenis de Kézai dans Endlicher · texte numérisé non relu

V. le De nobilibus advenis de Kézai dans Endlicher

2. Sur ces questions comme sur bien d'autres, Szalay a fort Heureusement déblayé le terrain historique des légendes qui l’encombraient, t. I de la trad. allemande, 48 et suiv.

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de Geiza, Adélaïde de Pologne, sœur du grand-duc Miczislas. Pour la première fois une chrétienne était appelée à partager la rude existence des conquérants asiatiques : la nouveauté même du fait assurait son crédit, pour peu quelle fût habile; elle monta à cheval, but, chassa aux côtés de son époux, qu’elle rendait chaque jour plus favorable aux étrangers et aux chrétiens.

Sans parler des nouveaux venus, dont l’introduction commençait à peine, il est probable que les races vaincues de la Hongrie avaient en grande partie renoncé au paganisme, surtout à droite du Danube, dans l’ancienne Pannonie. Toutefois on doit remarquer que les contemporains envisagent la conversion de toutes ces régions, bien que facilitée par les vaincus demeurés fidèles, comme une œuvre entièrement nouvelle à entreprendre. Les Grecs, les Allemands, les Slaves se la disputaient. L’Église d’Orient, nous l’avons vu, avait fait le premier pas; le second était réservé au Saint- Empire et à l’Église allemande. Ce fut une des dernières pensées du glorieux Otlon-le-Grand, qui envoya à Gran, Bruno, évêque de Verdun. Peu après (975) Pilgrin, évêque de Passau, réclama cette tâche comme lui revenant de droit; il se croyait assuré de l’accomplir. « La terreur qu’inspirait » cette nation, écrivait-il au pape Benoît VII, a longtemps » rendu le pays inaccessible aux prédicateurs de mon dio- » cèse et d’autres provinces ; mais Dieu a daigné ouvrir cette porte. Beaucoup de Hongrois m’ont prié de venir chez eux » ou d’y envoyer des évangélistes. Les chrétiens du pays » osent construire des oratoires et délier leur langue cap- » tive en l’honneur du Seigneur. Les barbares n’empêclient » point de baptiser leurs sujets, ils laissent les prêtres libres » d’aller où ils veulent. On p'eut regarder le peuple hongrois

» presque tout entier comme disposé à recevoir la foi 1 . » La cour de Rome avait, à plusieurs reprises, déclaré les évêques de Passau successeurs de l’arclievêché détruit de Lauriacum 2, notamment quant à l’évangélisation de la Pannonie. Cette fois Benoît YII se pressa un peu trop d’annoncer aux évêques de Gaule et de Germanie la conversion des Hongrois. Geiza lui-même n’avait pas quitté ses anciens dieux : il se disait assez riche pour sacrifier à deux cultes.

Les vrais apôtres de la Hongrie ne furent ni des Italiens, ni des Allemands, ni des Grecs ; ce furent des Slaves de Bohême 3. L’évêque de Prague que les Tchèques appellent Wojtech, celui-là même que les documents ecclésiastiques nomment Saint-Adalbert, vint trouver Geiza dans les dernières années de son règne. Suivant une légende très-répandue depuis, une vision aurait annoncé au duc magyar l’arrivée de ce saint personnage et lui aurait ordonné de le bien recevoir4. Wojtech acheva la conversion du prince et

1 . Pilgrinus Laureacensis : De conversione Hungarorum ad Benedictum VII , dans Endlicher, p. 131. V. aussi la Germania sacra de Ilansiz (Augsbourg, 1729, t. I, p. 207 et s. D

2. Le premier vol. de Fejér contient de nombreux documents relatifs aux rivalités entre les Allemands et les Slaves, aux rapports de la cour de Rome avec le siège de Passau etc., surtout p. 229, 244, 253, 266.

3. Léger, Cyrille et Méthode, p. 168. — On peut 'remarquer aussi avec M. Racki, ( Odlomci etc., déjà cité p. 75) que la plupart des mots magyars, relatifs à la religion chrétienne, viennent de l’ancien slave ecclésiastique.

4. V. Hartvicus, Vita.S. Stephani (dans Endlicher) : c’est le plus ancien document, et malgré le caractère légendaire de plusieurs récits, le plus sérieux avec lequel on puisse construire la biographie d’Étienne Ier. Le biographe s’est servi des deux légendes qui le précèdent dans le recueil d’Endliclier,et peut-être est-il l’auteur de la plus détaillée de

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de sa cour barbare ; il baptisa sous le nom d’Etienne l’héritier du prince, Waïk alors âgé de vingt ans. Il parcourut le pays, luttant par les seules armes de la persuasion contre le paganisme soit des Slaves soit des Magyars, aidé par l’autorité ducale dans la construction des églises, aidé aussi dans la prédication par d’autres ecclésiastiques venus de Bohême. Le succès fut certainement plus complet auprès des Slaves conquis, naturellement disposés à écouter leurs frères par la race et par la langue, qu’auprès des Magyars conquérants, dédaigneux de la religion de leurs sujets1. Adalbert porta ensuite son ministère sur les bords de la Baltique, où il devait mourir pour sa foi.

ces deux légendes. Il est Don de remarquer avec M. Watlenbacli ( Deuschlands Geschichtsquellen im Mittelalter, p. 320), que la rédaction de ces documents n’a eu lieu que sous Ladislas et Koloman, un peu avant ou un peu après la canonisation de Saint-Étienne, qui en était à la fois la cause et l’effet.

1. Voici le passage assez important de Dlugosz ( Historiœ Polonicœ, livre II, p. 113) sur Adalbert en Hongrie : Hungariam ingressus

ad ducem Geisam pervenit, in fide catliolieaet ceremoniis ejus, quam ipse ante annos aliquod suscepisse eum audierat, suis monitis et prædicationibus instructurus. Gum autem duci Geisæ et consorti ejus Adleidæ adventus fuissel denuntiatus, surnma mox lælitia concepta ad laudes divinas organa laxarunt. Ilunc enim virum ad se venisse, qui sibi in visione dudum fuerat præmonsti’atus intelligebant. Verbum Dei Slavis et Ilunnis tam per se quam fratres suos, per unum et amplius annum mellifluo sermone prædicavit, plurimosque Sclavorum et Ilunnorum adliuc cultibus idolorum deditos convertens, omnem Ilungarorum perambulavit regionem, eos quidem qui crediderunt erudiens, et paterna pietale conflrmans, idola.tros vero ab erroribus reducens, ad cujus eliam exliortationem Dux Geisa cum filio suo Stephano et consorte sua Adleida, idures ecclesias fundant, erigunt et instituunt, et episcopalia illis bona largiun— tur.

La famille arpadienne, Lout-à-fait acquise au culte nouveau, conclut de nombreuses alliances avec les familles souveraines de l’Europe chrétienne : si l’une des filles de Geiza devint l’épouse d’Aba, simple prince Kabar, une autre épousa Boleslas-le-Brave duc de Pologne, une troisième, le doge de Venise Urseoli : elle a laissé chez les Vénitiens, habituellement pleins de mépris pour les barbares et peu disposés à admirer des princesses étrangères, une durable réputation de beauté. Quant au néophyte Étienne, il épousa la bavaroise Gisèle, qui devait fortifier l’influence occidentale et latine sur la civilisation magyare. Bientôt la mort de Geiza (997) lui laissa le pouvoir ducal, bien plus fort qu’au moment de la conquête.

Les circonstances n’étaient pas moins favorables au dehors. Otton III ôtait tout entier à ses vastes projets impériaux, pendant que les deux Boleslas, celui de Bohême et celui de Pologne, étaient, comme le russe Wladimir, occupés dans leurs propres états, et que l’Empereur Basile contenait avec peine les ambitieux chefs de ses armées. Le règne d’Etienne en fut plus facile, et malheureusement il en est resté aussi plus obscur : les relations politiques et guerrières avec les peuples étrangers étant devenues très-rares, les sources étrangères, si précieuses jusque-là et si précieuses depuis, font presque entièrement défaut. Elles sont désavantageusement remplacées par des légendes tardives, travaillées elles-mêmes et remaniées arbitrairement par plusieurs générations de chroniqueurs préoccupés des causes à soutenir plus que de la vérité des faits l. Une biographie du premier roi magyar est

1. Les chroniqueurs du XVe siècle, comme Bonfinius dans le Ier livre de sa deuxième décade, n’ont fait que compiler ces récits et ces traditions, mais comme toujours Thurôczy garde l’avantage de la

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donc nécessairement en partie conjecturale. Heureusement des lois authentiques permettront d’apprécier plus sûrement son œuvre que sa personne et que les événements de sa vie.

Pendant les trois premières années, Etienne fut un simple duc comme ses ancêtres, mais il travailla déjà à étendre partout son autorité suprême, en même temps que le christianisme. Ce ne fut pas sans résistance. Dans le pays de Somogy, au sud du lac Balaton, dominait le puissant chef Koppàny, fils de Zirind-le-Ghauve, qui prit les armes au nom de l’ancienne liberté et des anciens dieux ; nul doute que les partisans de cette double cause n’aient afflué dans son armée de toutes les régions de l’Empire magyar. Le prince Etienne avait pour lui et sous ses ordres, avec les Hongrois chrétiens, de nombreux étrangers, et il s’annoncait comme devant briser les fers des esclaves chrétiens. La bataille s’engagea sur les bords du Danube. Etienne aurait fait vœu d’enrichir avec les dépouilles de son ennemi le couvent de Saint- Martin, élevé par son père sur le mont de Pannonie. Ivox3pâny reçut, dit-on, le coup mortel de Wenzel de Wasserbourg, et son corps fut écartelé par l’ordre du vainqueur qui en aurait fait exposer les membres aux x>ortes des principales villes, afin d’avertir les rebelles et les ennemis de la foi 1 .

Cette victoire dut contribuer à la rapide jnopagation, au moins apparente et extérieure, du christianisme. Un chef Petchénègue, nommé Thonusoba, ne pouvant supporter ce spectacle, aurait protesté non par les armes, mais par le

couleur, de l'imagination et du soin qu’il met à s’inspirer des vieux chants nationaux.

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