Tliurôczy, c
suicide : preuve du découragement des païens. Etienne, de-
venu un souverain incontesté, voulut mettre le sceau à sa puissance intérieure, et du même coup à l’alliance de son peupLe avec les nations chrétiennes, en revêtant le titre de roi et en recevant une couronne. Nous touchons ici à l’histoire la plus obscure bien que la plus souvent répétée, celle de la mission du religieux Astricus à Rome et de la double couronne de la nouvelle royauté.
Voici d’abord le fait incontestable. Le français Gerbert d’Aurillac, devenu le pape Sylvestre II, régnait à Rome en l’an mil. Les envoyés de Boleslas-le-Brave étaient en instance auprès de lui pour obtenir la proclamation de leur maître comme roi de Pologne, ce qui déplaisait à Otton III, l’impérial élève de Gerbert, à cause de ses prétentions à la suzeraineté des peuples slaves. Sur ces entrefaites, le moine Astricus arrive des monts de Pannonie. Silvestre II reconnaît le duc Etienne à titre de roi de Hongrie, et remet à son envoyé le diadème destiné d’abord au prince polonais, non sans féliciter le successeur d'Arpad de son zèle apostolique et non sans lui laisser la pleine liberté d’achever son œuvre en fondant des évêchés et des abbayes. Le 15 août le premier roi est solennellement couronné à Gran, qui devenait le Canterbury magyar. Trois quarts de siècles plus tard, Geiza II devait recevoir de Constantinople une haute couronne ornée dans le style byzantin : c’est cette couronne surmontée de la double croix inclinée que les souverains portent le jour de leur couronnement, et qui est depuis des siècles entourée de la vénération nationale1.
1. Un des plus curieux témoignages de cette vénération presque superstitieuse est l'ouvrage de Pierre Révay (dans Schwandtner t. II), intitulé De Sarræ coronce /?. II. virtule , Victoria , fortuna corn -
LES ROIS DE LA RACE D’ARPAD
Mais plusieurs questions se présentent; la première, relativement à la couronne : il est bien certain qu’elle se compose, de deux parties, et que la partie supérieure, celle que l’on voit, est byzantine ; mais la partie inférieure est-elle bien la couronne envoyée par Silvestre II et n’est-elle pas byzantine, elle aussi? Question difficile à vérifier, car on n’est guère admis à examiner ce symbole extérieur de l'indépendance magyare; question secondaire après tout. Ce qui serait beaucoup plus important, c’est de savoir s’il y a eu des conditions mises à l’octroi du titre royal, et si ces conditions ont fait l’objet d’une bulle. Rien de plus suspect que le document retrouvé, dit-on, au seizième siècle, et dont on n’a jamais pu montrer l’original, document ignoré du biographe Hartvicus et des contemporains, et qui ferait de la Hongrie un royaume absolument vassal du Saint- Siège1, comme l’a été longtemps le royaume de Naples. L’authenticité d’une pareille jiièce est rendue bien peu vraisemblable2 par les fréquentes affirmations que les rois et les
mentarius : pour l’auteur, la Sainte Couronne est une personne vivante, qui se venge de ceux qui l’ont offensée.
1. Regnu m quoque a munificentia tua S. Petro oblatum, teque una ac genlem et nationem ungaricam præsentem et futuram, sub protectionem S. Roman 8e ecclesire acceptantes, prudentûc tu?e, hrerodibus ac legilimis successoribus tuis liabenduin, regendum, gubernandum ac possidenduni reddimus et conferimus. (Fejér, I, 312).
2. M. Watlenbach, grande autorité en pareille matière, ne croit point à l’authenticité de la bulle sylvestrine, que soutient M. Olleris ( Œuvres de Gerbert, Clermont et Paris 18.63, p. 1T4 et 554 et s.), et qu’admettent en général les historiens hongrois, notamment Szalay, I, 90-95) sauf Fcssler-Ivlein, qui croit à un arrangement postérieur d’un document réel. Cette pièce contestée, vue en 1550 dans l'église
assemblées ont faites de leur entière indépendance ; d’ailleurs le pape n’a donné à la royauté hongroise qu’un simple titre, et non pas un pouvoir ou des domaines, ce qui exclut toute idée de sérieuse vassalité. Toutefois les réclamations de plusieurs papes, à diverses époques, quant à leur droit de confirmer l’élection des rois, laisseraient supposer qu’il y a eu de la part de l’ambassadeur quelque promesse écrite ou verbale de respectueuse soumission à l’égard du Saint- Siège.
Quant au pouvoir apostolique de créer des sièges épiscopaux là où il le jugerait convenable, que Silvestre II aurait accordé au nouveau roi, il est certain qu’Etienne l’exerça pendant tout son règne, et que ses successeurs ont regardé ce droit comme leur appartenant. Il n’a même pas attendu ces négociations avec la cour de Rome pour défendre contre le clergé allemand, l'indépendance de la naissante Église de Hongrie. Afin d’écarter les prétentions des évêques de Passau appuyées jusque-là sur l’acquiescement des papes, il institua l’archevêché primatial de Gran et l’évêché de Kalocsa, qui devint ensuite le second archevêché du royaume, ce que le siège d’York était en Angleterre. Depuis l’an 1000 furent fondés successivement1 les diocèses de Pécs (Fünf- Kirchen), de Weszprim,de Gsanàd, de Bacs, de Gyôr (Raab), d’Erlau, de Transylvanie, peut-être aussi ceux deNagyvârad
de Trau par Verantius, (lequel est démenti par le savant Lucius qui affirme la non existence du document dans cette église), a été imprimée en 1645 à Rome par le jésuite Inlioffer.
1 . Voici le passage de la bulle contestée relatif au pouvoir apostolique : Ecclesias regni tui présentes et bituras noslra ac successorum noslrorum vice disponere at que ordinare apostolica auctoritate similiter concessimus.
LES HUIS LE LA RACE D’ARPAD
(Grosswardein), cle Vàcz et de Nyitra, bien que la date de ces trois derniers soit contestée. La carte ecclésiastique du royaume a été fort peu modifiée depuis, si ce n’est au temps de Marie-Tliérèse.
Beaucoup de Magyars s’indignaient de devenir en quelque sorte les sujets de prêtres pour la plupart étrangers, malgré le soin que mettait le roi à préserver l’indépendance nationale de l’Église. La petite cour barbare de Gyula-le-Jeune, prince de Transylvanie, était le foyer de toutes les résistances; le christianisme de l’Église grecque, répandu chez les Valaques du pays, était combattu par ce petit souverain, descendant de Tuhutum, qui faisait alliance avec les Petchénègues de Moldavie. En revanche les Székely s’allièrent avec le roi qui entreprit une campagne victorieuse dans cette région de vallées fertiles et de montagnes abondantes en richesses de toutes sortes (1002) '. Gyula fut fait prisonnier avec sa famille et n’obtint sa liberté qu’en se soumettant au baptême. La profession extérieure du christianisme fut également imposée aux habitants de toute race. Étienne ne se borna pas là ; il réunit entièrement la Transylvanie à son royaume, la faisant gouverner par un simple voïvode, et y établissant, d’une part un évêché, d’autre part une colonie de Bavarois venus avec la reine Gisèle. Puis il marcha contre Kean, chef des Petchénègues, le tua et pilla son camp. Quelques années plus tard, le dernier prince un peu indépendant, le dernier successeur de Glad, chef bulgare, périt dans une lutte dont les détails sont mal connus : l’unité du royaume sous le sceptre de Saint-Étienne était désormais accomplie.