Thurôczy, c. 20 et
Les relations avec les deux Empires d’Orient et d’Occident, furent assez longtemps pacifiques. Elles furent même amicàles avec l’Allemagne tant que vécut l’Empereur Henri II, duc de Bavière et beau-frère de Saint-Etienne. Lorsque Bruno, frère de Henri, eut échoué dans une tentative de révolte, il se réfugia auprès du roi de Hongrie qui réussit à ménager une réconciliation. Mais l’avénement de Conrad-le-Salique (1024) fut le signal d’une hostilité de plusieurs années, que diverses causes contribuèrent à envenimer. D’abord Étienne crut pouvoir profiter de certaines rivalités pour mettre la main sur la Moravie, que les Hongrois avaient occupée autrefois, et Conrad se trouva gravement offensé, comme suzerain de cette province. Ensuite le nouvel Empereur donna le duché de Bavière cà son fils Henri, au mépris des droits réclamés par l’évêque Bruno et par le prince magyar Emmerich, l’un frère, l’autre neveu de Henri II. En troisième lieu, Conrad voulait obtenir pour son fils Henri la main d’Agnès, princesse byzantine, et il avait chargé l’évêque de Strasbourg de cette négociation : or le roi de Hongrie redoutait une alliance entre les deux cours impériales, surtout depuis la récente destruction de. l’Empjire bulgare par Basile II, destruction qui exposait le royaume magyar au voisinage immédiat des Byzantins encore redoutables dans leur décadence. Il crut donc pouvoir refuser le passage à l’évêque de Strasbourg.
Cette querelle, dans laquelle les torts étaient partagés, sembla tourner d’abord à l’avantage des Hongrois qui envahirent la Bavière (1028). Mais dans les deux années suivantes ils eurent contre eux non-seulement le jeune duc, mais l’Empereur et de nombreux Tchèques, commandés par le prince Brelislas : la Hongrie fut envahie et ravagée à son tour,
LES ROIS LE LA RACE D’ARPAD
malgré le zèle des évêques et des moines pour la cause de leur roi. Etienne revint alors à sa politique pacifique ; il profita du premier découragement de ses ennemis pour traiter avec eux 1 , renonçant à toute prétention sur la Bavière, et acceptant la March pour frontière du nord-ouest, ce qu’elle est encore aujourd’hui. Conrad se réconcilia si Bien avec le vieux roi magyar, qu’il ne tarda pas à faire un séjour dans son palais (1033).
Les travaux législatifs et d’organisation, véritable gloire de Saint-Étienne2, n’avaient pas été longtemps interrompus par cette guerre. Son occupation favorite était de fonder des églises et des monastères : il ne l’oubliait pas même pendant ses campagnes, car le butin trouvé dans le camp des Petchénègues servit à construire la grande église d’Albe royale qui fut pendant cinq siècles le lieu de couronnement et le tombeau des rois magyars, à la fois leur Reims et leur Saint-Denis. Le pieux roi aimait, comme la reine Gisèle, comme leur fils Saint-Emmerich, visiter en personne les constructions religieuses pour lesquelles il avait fait venir des architectes de Byzance et d’Italie; il en faisait le’tour, il les examinait intérieurement pour s’assurer qu’on les bâtissait solidement et avec les ornements convenables 3. Quoique la Hongrie fût décidément acquise à l’Église latine, tout élément oriental n’en ôtait pas encore exclu : si le comte de