II
3. Les deux tiers environ des articles des lois d’Étienne sont relatifs aux délits et aux peines.
de l’évêque. L’homme libre qui épousait l’esclave d’un autre devenait esclave lui-même ; si au lieu de l’épouser il la séduisait, il était horriblement mutilé. Les actes de violence étaient réprimés par la peine du talion, quel que fût le membre blessé. Le calomniateur avait la langue coupée. Ce qui vaut mieux que toutes ces cruautés, c’est la protection du domicile le plus humble même contre le pouvoir du comte : s’il entrait avec violence dans une maison, il devait payer une forte amende, et s’il succombait dans la lutte, sa mort n’était pas punie. Mais le crime le plus sévèrement atteint était la haute trahison, qui rompait le fil de la succession et entraînait la confiscation des biens du coupable. Il suffisait de dire à quelqu’un : « le roi veut ta perte » et de l’exciter ainsi à la révolte, pour mériter la peine de mort.
Les revenus du roi, non encore distincts de ceux de l’État, provenaient des sources suivantes : contributions des udvornics et du peuple des châteaux; impôts des villes; revenu des salines et des mines; droit réservé au roi seul de battre monnaie; (il n’y avait point encore de monnaie de cuivre ou d’or, excepté les pièces byzantines ou italiennes ; le denier d’argent portait des deux côtés la croix, d’un côté la légende Sleplianus Rex , de l'autre Civitas regici) 1 ; part à prélever sur les compositions et les amendes; confiscations et successions en déshérence; présents obligatoires dans certaines circonstances et droit de se faire héberger, ce que l’on appelait le
1. M. Rupp, dans les Archœologiai kôzlemenyek, l. V p. 3, rapproche ces dispositions du passage suivant d’un capitulaire de Gliarlesle-Gliauve: (Baluze, II, 178). In denariis nostræ monetæex una parte nomcn nostrum habeatur in girum ; ex altéra vero parte nornen civilatis et in medio crux — et du passage suivant de Ilartvicus : Bursam aureain in lumbis gestabat, refertam denariis puri argenti.
LES ROIS DE LA RACE D’ARPAD
jus descensus , dont un diplôme royal pouvait seul dispenser.
Le service militaire était encore général et obligatoire, et nul ne cherchait à l’éviter, car les vieilles mœurs guerrières étaient loin d’être endormies. La guerre une fois décidée, l’épée sanglante était portée par tout le royaume, les châteaux servaient de rendez-vous, et l’on se mettait en marche pour rejoindre le roi, général en chef de cette armée, dont les jobbagyones castri formaient en quelque sorte la réserve.
Telle fut dans ses diverses parties, l’institution monarchique et religieuse de Saint-Etienne. Tel était le royaume dont il songeait à se décharger, en partie du moins, sur son fils Emmerich, afin de ne pas porter seul jusqu’à sa dernière heure le fardeau du gouvernement, qui pesait sur lui depuis trente-quatre années. Saint-Emmerich est un prince dont nous ne savons rien en dehors des louanges banales d’un panégyriste1, si ce n’est qu’il eut pour précepteur l'italien Saint-Gérard, devenu plus tard évêque de Csanâd, et cpie son père ou son précepteur, probablement son précepteur sous l’inspiration de son père, composa pour lui un célèbre livre de conseils 2.
Malgré quelques puérilités telles que celle-ci : les empereurs étaient nommés Augustes, parce qu’ils augmentaient l’Église3, ce petit ouvrage est indispensable à qui veut
1 . Dandulus rêest que leur écho (clans Muratori XII, 233) — La Vila S. Emerici a été publiée 5 la suite de celle de son père dans plusieurs recueils, notamment dans Endlicher. Ce qui sort le plus de la banalité dans les louanges qu’on lui a prodiguées, c est que nunquarn retn patravit malgré son mariage.