‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 60 sur 179 · GRISES NATIONALES ET RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

GRISES NATIONALES ET RELIGIEUSES

Les trente années qui suivirent la mort de Saint-Etienne offrent un déplorable tableau de guerres civiles et de sanglantes rivalités princières, avec une complication qui les rendrait impossible à suivre et à comprendre si toutes ne se ramenaient pas à la lutte entre le parti national et le parti étranger. C’est là le nœud du drame enchevêtré qui se continuera jusqu’à ce que deux princes, très-différents l’un de l’autre, mais éminents tous deux, Ladislas et Coloman, consolident et améliorent l’œuvre entreprise trop brusquement par le premier roi. Les sources étrangères redeviennent abondantes à cause de l'ingérence du Saint-Empire dans les affaires du royaume. Malheureusement les passions dont les chroniqueurs se sont fait l’écho, nous avertissent de nous défier de leurs appréciations et même de leurs récits.

Le Vénitien Pierre1, malgré son évidente impopularité comme étranger, semble n’avoir éprouvé aucune difficulté à se faire reconnaître : la puissante volonté du redouté et regretté Etienne protégeait après sa mort le successeur qu’il avait désigné. Cet aventurier en ressentit une confiance qui

1 . Ainsi l’appelle la Chronicci Polonorum (dans Pertz, IX, 347), mais il a gardé plus généralement le surnom de Pierre l’Allemand.

lui devint fatale. Ne redoutant rien de ses sujets, il ne leur dissimula point son mépris. Il écarta les vrais Magyars de ses conseils , ne réunit point d’assemblées générales et livra toutes les dignités àses compagnons Allemands ou Italiens1. Il affectait de se moquer des réclamations ; il jouait sur le mot Hungarus et sur le mot angaria chariot, disant que le vrai métier des Hongrois était de traîner les chariots et qu’il saurait bien les y atteler2. Parmi ses favoris, on reconnaissait avec stupeur le courtisan que l’on accusait d'avoir crevé les yeux à Vazul dans son cachot. A l’impudence il joignit l’ingratitude : gêné sans doute par les services qu’il devait à Gisèle, ou redoutant quelque caprice de son esprit ambitieux, il la dépouilla de ses biens et la jeta dans une prison, où elle fut tuée selon les uns, d’où, selon les autres, elle fut délivrée pour s’adonner aux bonnes œuvres dans ses derniers jours 3.

La mesure était comble ; mais ce qui lit déborder le vase, ce fut une campagne malheureuse et inexplicable contre Henri III, le plus puissant des Empereurs germaniques 4. Les Magyars se soulevèrent contre leur tyran vaincu, et proclamèrent à sa place un des chefs des anciennes tribus, Samuel, appelé plus souvent de son surnom d’Aba, c’est-àdire père. Nous avons vu que ce prince Kabare avait épousé une jeune sœur d’Etienne; il devait par conséquent être

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