‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 62 sur 179 · Chronica Polonorum, loc. cit · texte numérisé non relu

Chronica Polonorum, loc. cit

3. Pedibus ejus provolutus, veniam et gratiam imploravit et împetravit, dit Herimannus Aug., a. 1041. — Quamvis prius ab eo læsus, remarquent les Ann. de Saint-Gall en parlant de Henri.

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La fuite de Pierre fut le signal d’une réaction violente contre les étrangers. Ses favoris périrent dans les supplices. Le nouveau roi, entraîné par le courant populaire, maltraita ou laissa maltraiter les Allemands, qu’il redoutait toutefois. Aussi lorsqu’il eut envoyé des ambassadeurs auprès de l’Empereur pour lui demander son amitié, n’obtintil que cette réponse irritée et menaçante : « Il a tourmenté » les miens et je l’en ferai repentir. » Samuel Aba se vit perdu s’il ne prenait l’offensive; il profita de ce que le puissant chef temporel de la chrétienté était occupé sur les bords du Rhin, pour diriger trois armées contre l’Allemagne ; mais tout se borna à quelques pillages arrêtés par le margrave Adalbert et quelques autres seigneurs (1042). La trahison peut-être, le soupçon dans tous les cas, énervait les Magyars et leur ôtait toute confiance. Aba, se croyant entouré d’ennemis, devenait un tyran pire que celui qu’il avait détrôné.

Aussi, lorsque la Diète germanique, réunie à Cologne, eut décrété la guerre contre la Hongrie 1 , fut-il aisé d’en prévoir le résultat. L’armée impériale, évitant la rive gauche du Danube, protégée par des marais, suivit la rive droite, battit Samuel sur les bords du Waag et parvint jusqu’au Gran. Puis, la saison étant probablement trop avancée, elle revint prendre ses quartiers d’hiver en Allemagne. Aba profita de ce «répit pour envoyer une ambassade, et parvint, au printemps de 1043, à éviter une nouvelle invasion à force de présents, d’otages et de soumissions de toutes sortes2. La

1. M. de Giesebreclit estime que les Allemands ne pouvaient supporter le rétablissement du paganisme par les partisans de l’usurpateur.

2. Heinricus... ab Ovone vix impétrante pactum salisfaclionem,

LES ROIS DE LA RACE L’ARPAD

colère fut grande dans l’âme de ses sujets, qui déjà ne le supportaient qu’avec peine : ils n’avaient pas exclu le parti des étrangers pour qu’un prince magyar de vieille roche rivalisât avec eux de bassesse aux pieds du César germanique. Une conspiration éclata parmi les grands, et fut découverte : les conjurés invités à se rendre à un conseil furent jetés en prison et décapités sans autre forme de procès. La terreur était générale, d’autant plus que le peuple, mécontent sans doute à bien des égards, était satisfait d’autre part de voir les assemblées rétablies, et laissé libre de manifester son hostilité contre le clergé. Un seul homme osa résister, l’ancien précepteur de Saint-Emmerich, Gérard, évêque de Csanâd : non-seulement il refusa de couronner Samuel, mais il monta en chaire pour lui reprocher ses violences.

S’il fut le seul à parler, beaucoup s’agitèrent, allèrent même trouver l’Empereur. Celui-ci n’avait pas besoin d’être excité : les conditions de la trêve n'avaient pas été remplies, et de grands préparatifs se faisaient pour repousser une nouvelle attaque. Henri méprisa trop son adversaire; il ne réunit qu’une petite armée, tout en obtenant du Saint-Siège, sur lequel il a exercé une pression plus forte qu’aucun souverain du Moyen Age, l’excommunication de ses ennemis. Puis il s’aventura sur la dangereuse rive droite du Danube. Aba, qui avait une armée supérieure en nombre, l’attira, non sans habileté, dans l’inextricable réseau de rivières, d’îles, de bras de fleuves et de marécages qui avoisinent le confluent du Raab et du Danube. L’Empereur, à force de

obsides, munera. . . accipiens, discessit (Herimannus Aug., a. 1043).

hardiesse, se tira victorieusement 1 de cette position difficile, et vit arriver au-devant de lui les partisans de Pierre

Y Allemand.

Les haines accumulées contre Samuel Aba étaient loin d’être désarmées : abandonné de tous , il s’enfuit sur les bords de la Theiss, où peut-être il fut tué par ses ennemis personnels. D’autres disent qu’un peu plus tard, Pierre, rétabli, le fit massacrer dans une prison. Le rétablissement de Pierre était en effet presque inévitable, car, dans le désordre général, on ne pouvait résister à la toute-puissante volonté de Henri III. Mais l’imprudent aventurier fit tout ce qu’il était en lui pour rendre son rétablissement éphémère. Au lieu d'être averti par son premier exil du légitime orgueil de la nation, il exagéra ses démonstrations d’humilité devant son impérial bienfaiteur. Lors des fêtes qui eurent lieu près de la frontière, dans le château autrichien de Pœsenbourg, le plancher de la salle du festin s’écroula, plusieurs seigneurs et nobles dames périrent, Henri III se blessa au bras. Cet accident ne l’empêcha pas de se rendre en Hongrie pour les fêtes de Pentecôte : Pierre et ses favoris lui firent hommage perpétuel du royaume de Hongrie, hommage que l’Empereur accepta2.

1. Gloriosissimam victoriam adeptus est, dit Herimannus. — Il est du reste à remarquer que l’on a quelquefois confondu, pour certains détails, cette courte campagne de 1044 avec celle qui fut dirigée contre André et Bêla en 1051 .

2. Petrus rex Heinricum regem in festivitate pentecostes ad se invitatum, magno apparatu suscepit et maximis muneribus donavit, eique regnum Pannoniarum, principibus Ungai'iorum fidelilatem illi et successoribus ejus juramento tirmantibus, reddidit; quod tamen ab eo ipse, dum viveret, possidendum recepit (Herimannus, a. 1043).

LES ROIS DE LA RACE D’ARPAD

Lorsque ce redoutable voisin fut parti, l'indignation populaire éclata de toutes parts contre le roi, contre les étrangers, contre le clergé. Yata, païen déclaré, était l’un des chefs de ce mouvement. Il engagea ses amis à rappeler les princes de la maison d’Àrpad, les trois fils de Ladislas-le- Chauve, depuis longtemps exilés dans les pays du Nord. Les premiers conciliabules furent découverts : Pierre fit crever les yeux des conjurés ou leur fit couper la tête; avec son arrogance ordinaire, il crut que ses espions suffiraient à écarter tous les périls. Mais ses cruautés comme ses ruses demeurèrent inutiles : une grande assemblée, réunie à Csanad, le déclara déchu du trône, et proclama à sa place le fugitif André. Cette assemblée fut partout obéie, et l’autorité royale se trouva ne plus exister avant d’avoir été renversée : preuve de l’excès d’impopularité qui avait fini par atteindre les étrangers et leur chef (1046).

Ce qui le prouve mieux encore, c’est la réaction furieuse qui, pour ainsi dire, se rua sur eux et sur le clergé. Le roi André Ier n’était que le prête-nom de ce mouvement qui l’élevait sur le trône, mais qui lui faisait des conditions : rétablissement du paganisme, destruction des églises, extermination des évêques. Enervé par l’exil et la maladie, hésitant, timide, il ne refusa ni n’accepta, et pendant qu’il se dirigeait de la frontière vers sa capitale, il laissa Yata exercer de fait le pouvoir : Saint- Gérard , doublement odieux, comme Italien et comme évêque, fut précipité d’une colline qui domine Bude et Pesth, et la légende prétendit que le Danube même n’avait pu, pendant sept années, laver la trace de son sang1. D’autres évêques, beaucoup de prêtres et d’Allemands furent massacrés.

1. Thurôczy, c. 39 et 40. — V. aussi Lecliones de S. Gerctrdo, dans

Ce mouvement s’affaiblit par sa violence même. André, qui n’était point païen ni partisan du paganisme à un degré quelconque, sauva l’évêque Benedict et deux autres : ces trois survivants furent les seuls à participer à son couronnement. Le caractère chrétien de cette cérémonie n’avait point soulevé le peuple, dans lequel, malgré tout, le christianisme avait recruté beaucoup d’adhérents sérieux, et qui ne demandait qu’une chose, à savoir que le gouvernement fût vraiment national; André profita de ces dispositions pour rétablir légalement le christianisme1, et même pour interdire, sous peine de mort, l’exercice du culte païen. Dès lors la décadence du paganisme ne s’arrêta plus; il n'eut plus un seul moment de triomphe, et il était destiné à s’éteindre obscurément.

En revanche, la question des étrangers subsistait dans toute sa gravité. Pierre, le vassal et le protégé de Henri III, n’avait pu échapper à ses anciens sujets qui, lui rendant toutes ses cruautés, lui avaient crevé les yeux et l’avaient jeté dans une prison où il ne tarda pas à mourir2. André mit tout en usage pour désarmer la colère de l’Empereur, lui promettant le châtiment des meurtriers de Pierre, lui

Endlicber ; M. Waücnbacli fait remarquer que cette intéressante légende a été composée beaucoup plus tard, au quatorzième siècle .

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