‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 63 sur 179 · Il y eut un synode en 1048; v. Sacra concilia , I · texte numérisé non relu

Il y eut un synode en 1048; v. Sacra concilia , I

2. Voici le passage d’IIerimannus sur cette réaction nationale : Ungarii, pristinæ perfidiæ suæ memores, Andreain quemdam regem sibi statuant, Petrum Regem, multis advenarum qui pro eo pugnaverant, occisis, variis cum conjuge sua injuriis afFectum, postreino oculis privant, et in quemdam locum cum eadem sua alendum députant; multis eliam per idem lempus peregrinis inibi exspoliatis, exulatis atque necatis (Perlz, V, p. 126).

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montrant les païens menacés de mort, les autels relevés par ses soins, les Allemands libres de revenir; mais il ne put le désarmer, car il aurait fallu pour cela se reconnaître son vassal, et encourir le sort de son prédécesseur1. Il fallait se préparer à une attaque des plus vives, ainsi que l'annonçaient et les succès remportés par l’évêque de Ratisbonne et le duc de Bavière, près de la frontière, et les travaux de défense entrepris autour de Hambourg. Comment un roi maladif pouvait-il résister à une telle menace? Dans cette extrémité, André supplia son frère Bêla de quitter la Pologne, en lui offrant, avec le commandement de son armée, la promesse de sa succession, et, sans attendre davantage, un tiers du royaume en toute souveraineté : funeste exemple qui devait procurer à la Hongrie de nombreuses guerres civiles.

Bêla était un héros déjà célèbre et un habile capitaine. Lorsque l’empereur envahit la Hongrie du côté de la Styrie (1051), cherchant à livrer une grande bataille, Bêla, voyant que sa seule supériorité était dans sa cavalerie rapide, fit du pays un désert, et tout en harcelant l’ennemi lui refusa le combat2. Les détails de cette campagne ne sont pas bien connus, les annalistes qui la racontent ayant tout l’air de fausser les événements au gré de leurs passions nationales. Toutefois une chronique allemande reconnaît

1. Suivant Herimannus, André aurait inutilement poussé les offres de soumission à leurs dernières limites (a. 1047); Crebro legatos supplices miserat, regnuin se ab Ungariis coactum suscepisse confirmans... suamque subjectionem, annuum censum et devotam servitutem, si regnum se liabere permitteret mandans.

2. Hac et illac Ungarico exercitu latrocinantium more fugitante et nunquam æquo marte conferre audente. (Herimannus, loc. cit.)

que l’Empereur, dans un moment critique, excita chez ses soldats le courage du désespoir1, et une autre chronique de môme provenance montre son armée sur le point de périr de misère et d’être enveloppée parles Hongrois 2 ; mais toutes deux concluent par une victoire des Allemands. 11 semble, au contraire, qu’il y ait eu finalement une panique des Allemands, lesquels jetèrent leurs boucliers en si grand nombre, que le nom de « Mont des Boucliers», dans les deux langues, est longtemps resté à cet endroit3. L’année suivante, une nouvelle expédition impériale ne réussit pas davantage, malgré la présence du pape Léon IX et de l’abbé de Cluny. Leur intervention fut sans doute pour quelque chose dans la conclusion de la paix entre le royaume et l’Empire, paix qui, cette fois, ôtait durable ; et si les Hongrois durent payer de grandes sommes et renoncer à toute prétention sur la rive gauche de la Leitha, au moins leur condition de peuple tributaire ne devenait point définitive 4.

C’était un grand succès pour la race d’Arpad de tenir tête en quelque mesure à un voisin qui avait perdu, par son alliance ou par son hostilité, l’étranger Pierre et l’usurpateur Samuel. Dès lors le trône ne fut plus contesté à la dynastie

1 . Melius esse dicens forliter in bello animam ponere, quam ut vilia mancipia hostium ludibriis subjacere (Ann. Saint-Gall. 1050).

2. Gurn laboranti jam penuria et lame exercitui juin reditum pararent inlercludere (Ilerimannus).

3. Locus ille, unde Teutonici tain turpiter abjectis clypeis fugerunt, uscjue liodie Vertesliegye nuncupatur, Teutonici vero locum eumdem Schiltperg vocant (Thuréczy, c. 43). C’est ce que répète Bonfinius, Liv. I de la 2e Décade) : Uterque sua lingua clypeorum montem appellavit.

4. Quand même les Hongrois s’engageaient, suivant Ilerimannus (a. 1053), à escorter l’Empereur dans ses expéditions, sauf en Italie.

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conquérante. Malheureusement, aux passions païennes et aux ingérences impériales succédèrent les compéti tions des princes1 frères, neveux et cousins du roi.

L’accord semblait parfait entre le roi André et le victorieux prince Bêla; il se maintint pendant plusieurs années, qui furent des années prospères : Crescimir, prince de Croatie, dut abandonner une portion de territoire qu’il avait occupée, et l’ancien pays de Sirmium fut placé de nouveau sous la domination hongroise. André reprit la tradition de Geiza et d’Etienne en appelant dans l’évêché d’Erlau une colonie liégeoise, dont les noms français se retrouvaient encore trois siècles plus tard. La naissance d’un fils du roi, nommé Salomon, très-peu de temps après le jour où Bêla avait été rappelé en Pologne comme prince-héritier, n’avait élevé aucun nuage entre les deux frères. Il avait probablement été convenu, conformément aux usages asiatiques encore observés aujourd’hui dans l'Empire ottoman, que Salomon ne régnerait qu’après son oncle. Mais le couronnement du petit prince vint tout gâter : les courtisans profitèrent de cette cérémonie, si capable d’exalter ou de froisser l’orgueil, pour exciter l’un contre l’autre deux frères qui n’avaient été forts que par leur union.

On a raconté depuis qu’André, soupçonnant son frère de conspiration ou tout au moins d’impatience, le fit venir, et nonchalamment étendu sur un lit de repos, lui montra l’une à côté de l’autre sa couronne et une épée nue, le laissant libre de choisir entre le symbole de la royauté et le symbole du commandement militaire. S’il eût choisi la couronne il

1. Thurôczy, c. 42, dit fort justement du premier partage dont ij vient d’être question : Hæc divisio... seminarium fuit discordne et guerrarum, inter duces et reges Ungariæ.

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tombait mort; mais averti par un ami secret il préféra l’épée. Puis se sentant menacé, il se serait enfui en Pologne. 11 avait rendu de grands services aux Polonais, dont le roi était un de ses parents ; aussi n’eut-il pas de peine à obtenir d’eux une armée qui le suivit sur le sol hongrois. Tout le nord du pays se déclara pour lui, tandis qu’Àndré se voyait obligé de recourir à des auxiliaires allemands. La lutte fut courte : André, vaincu sur les bords delà Theiss, tomba mourant de son cheval (1061).

Héla régnait dès lors sans contestation, car son frère Levente, resté fidèle au paganisme, avait été enterré selon les rites de l’ancienne religion1. Pour la première fois depuis la mort de Saint-Etienne, le pouvoir allait être exercé par un prince énergique et habile, capable de faire oublier la tyrannie arrogante de Pierre, les cruautés affolées de Samuel, la nullité ombrageuse d’Anclré I01'.

Ces deux derniers princes, André surtout, avaient eu au moins la bonne pensée de rétablir les assemblées nationales. Héla voulut régulariser cette institution, qui manquait absolument d’organisation légale, en adjoignant aux grands seigneurs laïques et aux prélats deux députés pour chaque comitat. Cette sage mesure, qui contribua à préparer l’établissement du système représentatif, ne fut guère observée pour le moment : une foule irritée arriva près d’Albe royale, demandant une fois encore, parla bouche d’un fils du chef païen Vata, l’abolition des dîmes , le retour aux

]. Levente... qui si diutius vixisset, et regni polestatem obtinuisset, sine dubio totam Ilungariam paganisme» et idolatria corrupisset... et quia catholice non vixil , est sepultus... more, pagano (Thurôczy, c. 42. — Ce chroniqueur est rempli de détails sur toute cette époque).

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anciennes croyances et l’expulsion des prêtres chrétiens. Ce dernier effort tenté pour le rétablissement du paganisme était rendu d’avance impuissantpar les progrès de l’Église. Il suffisait au roi de gagner du temps pour vaincre un soulèvement artificiel : il demanda pour se décider un délai de trois jours, qu’il employa à réunir secrètement des soldats fidèles. Les conjurés païens, qui se figuraient entourer le roi parce qu’ils entouraient la ville où il se trouvait avec sa cour, ne s’apercevaient pas que ce rusé capitaine les entourait eux-mêmes avec les troupes qu’il faisait venir. Lorsque, fatigués d’une attente inutile, ils se décidèrent à agir, ils furent enveloppés de toutes parts, et leurs chefs, suivant les lois de Saint- Étienne, furent réduits en servitude. Mais Bêla se garda de toute sévérité inutile. On remarqua le désintéressement qu’il montra en s’abstenant de confisquer les biens de ceux des conjurés qui avaient pu s’enfuir, et en les attribuant à leurs femmes et à leurs enfants.

Son gouvernement fut loyal et modéré en toutes choses. Il supprima le plus possible ou diminua les charges qui pesaient sur ses sujets, et que les longues discordes avaient eu pour effet d’exagérer, comme toujours. Les foires annuelles, importantes dans un pays aussi naturellement commercial que la vallée du Danube, furent l’objet de règlements bien entendus, ainsi que les marchés hebdomadaires, qui du dimanche furent transportés au samedi. La monnaie, devenue sans doute mauvaise pendant les guerres civiles fut l’objet de la sollicitude de Bêla. Ne pouvant encore faire frapper de la monnaie d’or hongroise, il voulut au moins que la circulation des pièces d'or byzantines dans le royaume fûL facilitée par la valeur intrinsèque des pièces d’argent, qui fut calculée uniformément de manière

à valoir exactement le quarantième d'une de ces pièces d'or*. Préoccupations économiques assez rares chez les souverains de cette période du Moyen Age, et qui font voir que la Hongrie pouvait espérer un grand régne.

Malheureusement tout fut brusquement interrompu. Bêla, qui venait de fiancer une de ses filles au duc de Thuringe, et de marier les deux autres, l’une au prince de Croatie, l’autre au duc de Moravie, avait probablement aussi l’intention d’écarter du trône le jeune Salomon, son neveu. A cela rien d’impossible : les fils de Bêla semblaient aussi supérieurs à cet enfant, que leur père l’était à son successeur. Seulement Salomon était sous la protection du margrave d’Autriche, qu’il fallait attaquer. Le roi s’y préparait, mais pendant le conseil qu’il tenait dans un de ses palais des bords du Danube, le plancher se déroba sous son trône, et il mourut de cette chute : fin prématurée qui parut à beaucoup de contemporains un signe de la colère de Dieu, colère méritée par les desseins trop ambitieux de ce glorieux prince (1063).

Aucun de ses trois fils, Geiza, Saint-Ladislas et Lambert, ne voulut prendre la couronne au détriment de Salomon. Ils déposèrent le corps de leur père dans les caveaux d’une abbaye qu’il avait fondée, et qui avait pris le nom de Szekszârd (chauve, brun), disait-on, parce que Bêla avait une chevelure brune et rare. Puis ils firent venir d’Autriche leur jeune cousin. Peu de princes ont eu une destinée plus malheureuse que ce roi de douze ans, si ce n’est toutefois le

1. Kézai, 1. cil. cli. 4. — Omnibus diebus vilæ suæ in Iota llungaria non est mutata monela et fecit fabricari nurnos magnæ monetæ ex purissimo argento, chronique citée dans les Archœolot/iai Kôzlemények, T.V, p. 6.

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jeune empereur Henri IV, son contemporain et son ami, réservé à de si tragiques vicissitudes dans sa lutte contre Grégoire VII. Dès cette époque, Henri IV porta malheur à tous ceux qu'il protégeait. Il eut la funeste idée d’aller en Hongrie installer Salomon sur so i trône, avec toute une armée pour escorte : c’était le rendre suspect à ses sujets qui ne pouvaient supporter de voir leur prince se conduire en vassal des Allemands.

Un inconvénient pire encore de cette provocante intronisation fut le retour des ennemis de Bêla et de ses fils, en particulier le retour du comte Vid et du comte Ernyei, qui ne cessèrent de mettre Salomon en défiance contre Geiza et Ladislas. Ceux-ci, inquiets ou mécontents de ne pas recevoir de grands apanages, se retirèrent en Pologne, et obtinrent de Boleslas une partie de l’armée qu’il avait réunie à Cracovie contre les Russes. Autour de ce noyau vinrent se grouper d’autres mécontens, et bientôt tout le nord de la Hongrie se mit en insurrection. L’évêque de Gyor 1 apaisa Saint-Ladislas, le principal chef de cette révolte, et Salomon fut couronné de nouveau, Geiza occupant cette fois la première place dans la cérémonie. Les princes réconciliés scellèrent leur union dans plusieurs guerres heureuses. Us soutinrent le Croate Zwonimir contre le duc Léopold de Carinthie. D’autre part les Bohèmes avaient profité des discordes hongroises pour ravager le pays de Trencsin ; ils furent vaincus et repoussés. La tradition de cette époque encore un peu légendaire rapporte que Bator Opos tua dans une sorte de duel un géant ennemi : ce serait là le point de départ de l'illustre famille des Bâthory.

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