Pertz, IX, p
» évêques, ne sachant rien de la bataille, buvaient et man- » geaient, célébrant un banquet splendide. Si l’archevêque » Laurent n’avait pas entraîné le roi dans une fuite rapide,
» il n’aurait pas évité la mort. Il périt bien autant de Hon- » grois qu’autrefois sur les bords du Lecli. Les nôtres victo- » rieux passent la nuit dans leur camp et pillent leurs tré- » sors, leurs vases d’or et d’argent dont l’abondance les ren- » dait si fiers. »
Le Sobieslas dont il est ici question semblait s’annoncer comme un ennemi mortel des Hongrois ; mais , tout au contraire, ayant épousé une fille de l’aveugle Almos, une sœur de l’aveugle Bêla, il devint ensuite le meilleur et le plus fidèle allié de celui-ci pendant les trop courtes années de son règne. Il leur accorda contre les Grecs une armée auxiliaire. Plus tard, il se prononça pour eux contre les Polonais et contribua à sauver son beau-frère1. Malheureusement, les fils de Sobieslas ne furent pas appelés par le peuple bohème à leur succéder (1140), et s’enfuirent à la cour de Hongrie, de sorte que les relations se trouvèrent refroidies pour quelque temps. Mais Wladislas II obtint pour un de ses fils la main d’une fille de Geiza, et la bonne harmonie fut rétablie. Les Hongrois se trouvèrent heureux d’en profiter (1 164) pendant la lutte des deux Etienne, lorsque Manuel intervenait dans ces querelles pour asservir leur pays, comme nous le verrons plus loin. Bornons-nous à remarquer pour le moment que la Hongrie, malgré quelques incidents imprévus, a eu beaucoup plus à se louer qu’à se plaindre des Bohèmes pendant cette longue période.
1. Contin. de Cosmas, dans Pertz IX, p. 134 et 139 et Dlugosz , loc. cit.
LES ROIS DE LA RACE D’ARPAD
Si des frontières du nord nous nous transportons au sudouest, nous trouvons la république de Venise et la rivalité pour la possession de l’Adriatique. Il ne s’agit plus ici de relations personnelles, bonnes ou mauvaises, entre deux familles souveraines, mais d’intérêts permanents et d’une lutte à peu près constante avec ou sans guerre déclarée. La mort d’un adversaire aussi redoutable que Koloman semblait une admirable occasion de revanche, et Dandolo ne manque pas d’y voir une intervention de la Providence en faveur du peuple vénitien 1 .
Le doge Ordelafio Falieri envoya une ambassade à Constantinople pour demander à l’empereur son alliance et des subsides, en l’assurant du dévoûment de la République et des services qu’elle allait lui rendre en combattant les Hongrois 2. Ayant obtenu de ce côté ce qu’il voulait, le doge équipa une grande flotte et attaqua, en personne, les places fortes delà côte (1115), qui tombèrent presque toutes en son pouvoir, excepté les citadelles que des garnisons magyares défendaient. Les villes, qui espéraient alors le maintien de leurs libertés, ne répugnaient point à ce changement, surtout après une tentative manquée de la garnison de Spalato pour surprendre et désarmer les habitants de la cité avec la connivence de l’archevêque Manassès. Les efforts du ban de Croatie ne réussirent qu’à lui attirer une défaite, et les troupes de Zara se rendirent. Les Vénitiens, rudes vainqueurs, ramenèrent chez eux des otages et des captifs3.