‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 75 sur 179 · Dandolo, p · texte numérisé non relu

Dandolo, p

LES ROIS DE LA RACE D’ARPAD

victorieux, échec sensible pour l’orgueil de l’ambitieuse République. La Dalmatie était redevenue hongroise tout entière 1 . Bêla eut soin de la traiter aussi bien que ses devanciers, mais obligea la ville à élire des évêques magyars de naissance, et confia la défense d’une partie du pays aux Frangipani, comtes de Veglia, qui devinrent une grande famille hongroise.

On voit que le royaume fondé par Saint-Étienne avait, en définitive, traversé glorieusement le douzième siècle et conjuré les périls qui menaçaient les frontières du nord et du sud-ouest; mais les principales menaces lui vinrent, comme nous l’avons indiqué déjà, des deux empires voisins. Il est temps d’étudier à part ces relations, en commençant par l’empire germanique.

Au temps d’Étienne II et de l’aveugle Bêla, elles furent pacifiques, presque amicales2. Ainsi, lors de l’invasion polonaise, destinée à renverser Bêla en faveur de Boris, l’évêque de Zara vint trouver Lothaire II à la Diète de Magdebourg (1135), lui amenant de beaux chevaux blancs à titre de présent royal, et obtint son intervention, qui fut aussi utile que celle du fidèle Sobieslas. L’empereur Conrad fut plus ambitieux : il voulut se servir de Boris comme le puissant Henri III s’était servi de Pierre cent ans plus tôt; mais les temps étaient changés. Lorsque Boris, avec quelques soldats d’Autriche, eut surpris la ville de Presbourg (1146), 1 indignation fut générale en Hongrie, et une grande armée fut sur pied en très-peu de temps. La garnison de Presbourg,

1. Dandolo, p. 311. 11 compte cette défection de Zara comme étant la quatrième.

2. Sauf pendant un moment du règne de Henri V (Giesebreclit III, 761).

n espéiant pas de secours, n attendit pas l’assaut pour négocier son départ. Le duc Henri Jasomirgott, de Bavière, margrave d’Autriche, arriva enfin avec une armée bavaroise et saxonne qui rencontra les Magyars entre Mosony et la Leitha. Les bonnes dispositions prises par Bélus, et une grande supériorité numérique assurèrent la victoire des défenseurs du pays. Les archers Szeklers et Petchénègues, qui servaient d’avant-garde, amortirent le premier effort de l’armée allemande, qui se brisa ensuite contre l’élite magyare, commandée par Uros, Bélus et le jeune roi. Sa défaite fut complète, et Otto de Frisingen, ne songe pas à la nier; il convient qu’à la suite d’une panique, les meilleurs chevaliers de sa patrie ont succombé1 2, et, d’après les chroniqueurs hongrois, ce fut un immense triomphe. 11 est certain que

des lors il n’y eut plus de semblable tentative de la part des empereurs.

Conrad lui-même n’y avait point pris part, mais l'année suivante (1147), il demanda à traverser la Hongrie pour marcher au secours de la Terre-Sainte avec une foule de seigneurs et de prélats. Les Hongrois ne prirent pas plus de part à cette seconde croisade qu’à la première. Ils reçurent bien les Français de Louis VII*, et se bornèrent à laisser passer leurs voisins que les événements récents ne disposaient pas à une exacte discipline et au respect des habitants; aussi se plaignit-on beaucoup de leur conduite. Ils n’étaient pas disposés non plus à apprécier favorablement le pays

1. Oltonis episcopi Frisingensis Chronicon, Basileæ 1569, in-fol I ch. 30 et 32.

2. Louis VII à Suger (dans Wenzel, I, 59 - était déjà dans Duchesne) : De partis Hungariæ scribimus vobis. Terrarum principes ovantes occursant, et leti nos recipiunt, et libenter deserviunt.

qu’ils traversaient, comme le montre cette description d’ailleurs précieuse et justement célèbre de l’évêque Otto de Frisingen, un des chefs de l’expédition 1 : « Cette province, » entourée de forêts et de montagnes qui enserrent une » large plaine, est remarquable par le cours de ses fleuves » et de ses rivières, par ses bois remplis de diverses sortes » d’animaux, par l’agrément de son aspect, par la fertilité » de ses champs; on pourrait l’appeler un paradis ou une » Égypte. C’est un beau spectacle naturel, mais que la bar- » barie de la -nation ne .rehausse guère par les ornements » des édifices. Les Hongrois ont la figure laide, les yeux » profonds, la taille courte, le caractère barbare comme » leur langue, si bien que l’on peut accuser la fortune ou » plutôt admirer la patience divine qui a donné a de tels » monstres une terre aussi agréable.

» Cependant ils imitent en ce point la sagesse des Grecs, » qu'ils n’attaquent aucune affaire importante sans en » faire l’objet de longs débats. Les habitations, dans leurs « villages et dans leurs villes, sont le plus souvent con- » struites en roseaux, rarement en bois, très-rarement en » pierres, et sont infectées d’insectes pendant l'été et l’au- » tomne. Ils se dirigent à cheval vers la Cour du roi, pour » agiter avec lui les questions relatives à la chose publique, » ce qu’ils font aussi dans leurs demeures pendant les froids » de l'hiver. Cependant ils respectent tellement leur prince » que nul n’oserait, je ne dis pas l’irriter par une résistance » ouverte, mais le déchirer en secret par des murmures. lie là » vient que, le royaume étant divisé en soixante-dix comtés » ou plus, le tiers du gain de tous les procès revient au fisc

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