‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 83 sur 179 · Dandolo, p · texte numérisé non relu

Dandolo, p

2. Un chroniqueur autrichien admire la rapidité de cette heureuse traversée (Paltrami chronicon, dans Pez, I, p. 710). — Thomas (Historia salonilana) , ch. 26, blâme en ces termes l’égoïsme de ses concitoyens : Spalatenses suo more ad publica n i mis tardi. ad privata

États le décidèrent à revenir malgré toutes les représentations. Il fut tonte sa vie reconnaissant envers l’ordre des Hospitaliers, des services qu’il lui avait rendus, il accorda, soit aux chevaliers de Terre-Sainte, soit aux maisons de son royaume, des revenus considérables sur les salines de Transylvanie. Dans les diverses étapes de son retour il n’oublia pas cette politique de mariage que meme les plus médiocres des Arpâd ont constamment pratiquée : à Antioche on le voit fiancer son plus jeune fils avec la fille du roi Léon d’Arménie ; à Nice, il obtient pour son héritier Bêla la fille de l’empereur Théodore Lascaris, et la ramène avec lui ; en traversant la Bulgarie il promet sa fille Marie au nouveau roi nommé Asan, mariage qui s’est accompli un peu plus tard.

Il retrouva la Hongrie encore plus malheureuse qu’avant son départ. Toutes les causes qde nous avons analysées plus haut la mettaient à deux doigts d’une dissolution complète, depuis qu’avaient disparu les caractères tenaces des souverains de l’âge précédent. La décadence rapide de la classe des simples hommes libres continuait, et par suite la décadence militaire : le système qui consistait à grouper une population vigoureuse autour des châteaux, des jobbcigyones cas tri, ce système commençait lui aussi à être entamé. Encore si la noblesse, fort nombreuse après tout, avait continué à former une nation amie : mais non, les grands vassaux du royaume, les jobbagyones regn'i comme on lesappelait quelquefois, formaient une oligarchie tous les jours plus absorbante. Inconcevable faiblesse ! André II, qui dans une lettre écrite à Honorius III en 1219, se plaignait de l’effroyable diminution de ses revenus, ce même André II accordait presque en même temps l’hérédité et l'inviolabilité des donations et dignités de toutes sortes conférées à titre temporaire par ses devanciers !

C’était l’édit de Kiersy-sur-Oise delà monarchie magyare : elle était menacée d’un véritable démembrement en un plus ou moins grand nombre de petites souverainetés1. Mais de l’excès même du péril vint le salut. Le peuple noble n’était pas disposé à laisser périr la patrie sous les coups de l’oligarchie et du caprice royal ; il sentait la nécessité d’imposer un frein à l’arbitraire prodigue du roi dans l’intérêt même du royaume et de la royauté.

Le clergé ne semblait pas en état de donner de grandes espérances : sa richesse croissante et sa puissance féodale l’avaient étrangement corrompu; les biens immenses dont il disposait faisaient l’objet de contestations incessantes dont les documents se comptent par milliers au treizième siècle. Les deux archevêchés étaient livrés à des rivalités passionnées2 qui envenimaient les discordes civiles. Les couvents des Bénédictins, des Prémontrés, de l’ordre de Citeaux, bientôt des ordres mendiants, les maisons de Saint-Jean et du Temple étaient de petites puissances indépendantes, souvent en lutte avec les seigneurs ou les villes royales. L’évêque de Cinq- Eglises était accusé d’inceste, l’évêque de Vacz de concussion et de débauches ; l’indigne Berthold n’était donc pas une exception. Toutefois le clergé comptait dans ses rangs des hommes énergiques, dévoués à leur devoir et à leur patrie, comme par exemple Ugolin, archevêque de Kalocsa. Il y en avait même parmi les grands dynastes et les courlisans. Le prince Bêla devint le chef de ce parti qu’on pourrait appeler

1 . Les actes les plus importants d’André II sont consignés dans Endliclier (p. 400-442).

2. Il suffit d’indiquer le litre d’une ordonnance d’André II : Forma pacis* inter Strigoniensem et Colocensem archiepiseopos (Endliclier, p. 406).

LES ROIS DE LA RACE D’ARPAD

le parti des réformes, et auquel le pape rendit service en s’opposant à une guerre civile où il aurait peut-être succombé.

L’oligarchie accueillit avec inquiétude un édit royal qui lui ordonnait de réunir aux châteaux les terres occupées et de remettre en liberté les populations de ces domaines. Bientôt les hommes les plus dévoués des divers ordres de la nation, croyant avec raison qu’un des grands malheurs de l’époque venait de l’absence presque complète de diètes, en firent convoquer une pour l’année 1222. C’est dans cette importante assemblée que fut rédigée et votée la Constitution qui porte le nom de huila aurea , et qui présente d’assez grandes ressemblances avec la Grande Charte que la noblesse anglaise venait d’arracher au roi Jean. Comme la Grande Charte, elle préserve les intérêts plutôt nobiliaires que populaires, avec cette différence essentielle qu’elle est dirigée, non parla haute aristocratie, mais contre elle; comme la Grande Charte, elle n’a pas remédié à tous les abus dans l’avenir. Mais comme la Grande Charte elle a introduit dans l’histoire du pays une ère constitutionnelle que nul n’a réussi depuis à méconnaître ou à faire oublier. Au surplus, nous allons mettre sous les yeux du lecteur ce document dans son entier, car l’ordre, et quelquefois le désordre des décisions qui y sont prises a quelque chose d’original et qu'une analyse ne saurait conserver1.

« Au’nom de la sainte Trinité et de l’indivisible Unité, André, par la grâce de Dieu, roi héréditaire de Hongrie, Dalmatie, Croatie, Rama, Serbie, Galicie et Lodomérie. Comme la liberté, fondée par Saint-Etienne, celle des nobles comme celle des autres habitants de mon royaume, a étésur plusieurs

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