Libertas Saxonum Transi Ivanice, ibid
4. Ilonorius III, tout en réclamant pour les chevaliers Teutoniques, avoue leur ingratitude. Fejér, III, Ier vol., 53, etc.
octroyées alors à ce peuple affermirent son indépendance, limitée seulement par cette condition qu’un comte à la nomination du roi représentait son pouvoir et sa justice suprême. Autrement, rien ne manquait à leur autonomie, ni le droit d'élire tous leurs magistrats et jusqu’à leurs prêtres, ni le droit de s’opposer à l’intrusion de tout étranger, ni même le droit de puiser, à certains jours de l’année, dans les salines royales, ce qui était alors un grand privilège. Ils devaient en revanche payer différentes redevances et entretenir cinq cents hommes d’armes en cas de guerre défensive, cent dans le cas où le roi conduirait une armée au dehors1.
Il devint bientôt nécessaire d’ajouter à la bulle d’or quelques dispositions supplémentaires. C’est le malheur des situations faussées par les abus, qu’il est très- difficile de les améliorer sans tomber dans d’autres abus analogues ou contraires. Bêla, voyant l’inertie presque continuelle de son père, se précipita tête baissée dans les réformes; avec l’inexpérience de la jeunesse il ne savait pas distinguer une usurpation coupable de la possession de bonne foi de terres précédemment usurpées. Il parcourut tout le royaume avec la préoccupation de faire rendre à la couronne tout ce qui lui revenait; et comme il était à la fois juge et partie, comme il ne s’arrêtait devant aucun obstacle, il suscita les mécontentements ou même l'exaspération des familles ruinées par son impitoyable justice. Il s’exaltait dans ce rôle dangereux, et s’écriait, convaincu qu'il triomphait avec l’aide de Notre- Dame : « Honneur à Dieu qui procure aux Hongrois le jour » de la délivrance, à la Couronne le jour de la dignité ! »
1 . Il y a eu de longues discussions entre les Allemands et les Magyars sur le degré d’indépendance que ce diplôme accordait aux Saxons de Transylvanie. (Szalay II, 19.)
LES ROIS DE LA RACE D’ARPAD
Pendant ce temps son père, qui n'avait signé la bulle d’or qu’avec une répugnance quelque peu partagée par le souverain pontife, était toujours livré à l’influence de courtisans tels que le palatin Denys et le trésorier Nicolas. Ce gouvernement déplorable se livrait à toutes les exactions ; malgré son zèle religieux, il affermait les impôts à des juifs et à des musulmans *, qui pressuraient les chrétiens sans relâche et les réduisaient môme en servitude. L'exaspération fut telle que plusieurs collecteurs d’impôts furent massacrés, et que le jeune roi réunit le clergé et une partie de la noblesse pour sauver encore une fois le pays. La bulle d’or fut jurée de nouveau, solennellement, et sous peine d’excommunication (1231). Cinq des trente-un articles étaient augmentés des dispositions suivantes : « Les prélats sont tenus de venir aux diètes annuelles d’Albe royale; — si le palatin a mal administré, les États peuvent en indiquer un plus digne; — ceux qui ont été dépouillés de leurs possessions depuis 1222 sans une sentence régulière ont le droit de les réclamer; — les Juifs et les Sarrazins n’exerceront aucun emploi public. » On peut dire que c’est de 1231 que date véritablement l’autorité de la bulle d’or.
Quelques années encore nous séparent de la terreur mongole ; indiquons en terminant les faits principaux de cet intervalle. Le plus considérable se rapporte aux dernières années d’André II et à ses tentatives pour lever des impôts sur les possessions de l’Église. Le prïïnat était alors un nommé Robert, d’origine liégeoise, homme plein d’activité et d’humeur hautaine. Il venait de rendre un vrai service à son pays d’adoption en organisant sous le nom de
Milkovie un évêché qui comprenait, outre le pays des Szelvlers, une partie de la Moldavie encore à moitié païenne. Indigné de voir le roi méconnaître l’inviolabilité des domaines ecclésiastiques, il lança l’interdit sur le royaume, avec tout l’appareil usité en pareil cas ; le refus des sacrements n’exceptait que la personne royale, devant laquelle la messe pouvait être célébrée sans cloche et portes closes ; il atteignait directement et nominativement les conseillers du roi. Des négociations s’engagèrent avec la cour de Rome et le haut clergé, qui en profita avec un déplorable égoïsme, nonseulement pour se faire confirmer ses privilèges, mais pour se faire attribuer de nouveaux revenus, sans plus s’occuper
Peu après mourut le roi André II, triste prince qui eut seulement , comme d'autres tristes princes dans d’autres
de la nation que si la nation n’eût pas existé.
dans son royaume, et les ennemis du dehors s’efforcèrent d’en profiter, surtout le duc Frédéric d’Autriche, qui, à cette époque, fit plusieurs tentatives d’invasion du territoire magyar, mais sans réussir jamais, et non sans être obligé d’acheter une paix désavantageuse. Un autre Frédéric, l’empereur alors tout puissant (1236), essaya d’imposer à la Hongrie sa suzeraineté et lui réclama un tribut comme chose due depuis quarante -sept ans, c’est-à-dire deimis le passage de Barberousse. Bêla se moqua de ses exigences, et bientôt la ligue lombarde donna de l’occupation à Frédéric d’un tout autre côté. Mais bientôt lui-même allait être menacé, puis atteint par un fléau destructeur, l’invasion des Mongols.