‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 87 sur 179 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L’iNV A.SION DES MONGOLS (1241-1242).

La destinée du peuple hongrois, pendant des siècles entiers, pourrait être comparée à celle d’un converti qui sauverait sa nouvelle croyance en combattant ses frères d’autrefois. Peuple devenu chrétien seulement au onzième siècle, il a défendu l’Europe civilisée, au treizième siècle, contre les Mongols indifférents en religion, au quinzième siècle, contre les Osmanlis, musulmans fanatiques; peuple ouralaltaïque, étranger à la souche aryenne, conquérant imposé à l’Europe comme un nouveau fléau de Dieu, il s’est retourné menaçant et brave, souvent vaincu, jamais découragé, contre les immenses agglomérations de tribus altaïques lancées à la conquête des pays slaves et germaniques, et peut-être des peuples latins. La première lutte de ce genre a été soutenue contre les Mongols, en 1241 et 1242, lutte beaucoup moins longue mais encore plus foudroyante que ne devait l’être la lutte contre les Turcs ; invasion meurtrière s’il en fut, ravageant en long et en large un sol fertile et peuplé, mais par là même libératrice pour les contrées occidentales, puisqu’elle occupait l’avidité des vainqueurs et

1. Lu à l’Académie des Sciences morales et iiolitiques en fév. 1878, et inséré dans les Comptes rendus de la même année.

brisait leur irrésistible élan. Le récit de ce sanglant épisode' est donc autre chose encore qu’un chapitre de l’histoire spépéciale de la Hongrie ; il intéresse l’Europe tout entière , car peu d’événements ont répandu une terreur aussi générale, aussi justifiée par la réalité du danger, et les grandes questions qui s’agitaient alors, surtout la querelle du Sacerdoce et de l’Empire, tout en exerçant sur ces événements euxmêmes une fatale influence, en ont profondément ressenti le co litre- coup.

Les chroniqueurs orientaux, ces auteurs chinois résumés par le P. Gaubil dans son histoire bien vieillie mais encore utile des « Mongous1, » et ces auteurs persans, arabes ou turcs dont Mouradgéa d’Ohsson a si heureusement tiré parti dans sa grande histoire des Mongols 2, se sont fort peu occupés des guerres d’Europe, pour eux trop lointaines, et sur lesquelles ils ne possédaient que de vagues renseignements. Toutefois ces sources orientales nous sont précieuses par les détails qu’elles fournissent sur l’organisation militaire et sur les mœurs des Mongols, ainsi que le montre surtout l’Histoire de la Horde dorée, due à la patiente et vaste érudition de Hammer3. Enfin le prince arménien Haytlion, dans son Historia orientalis 4, consacre à la guerre hongroise

1. Histoire de Gentchisean eide toute la dynastie des Mongous, tirée de l’histoire chinoise, Paris 1739, in- 4°, p. 97 : o on se contente de dire qu’il fit (Batou) de grandes conquêtes en Occident, sans faire connaître quels sont ces pays éloignés. » On trouve, p. 104, quelques noms de pays et de villes, mais peu reconnaissables, excepté ceux des Olosses (Russes) et du pays Matcliar.

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