‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 95 sur 179 · Hammer, liv. V, et Wolf, p · texte numérisé non relu

Hammer, liv. V, et Wolf, p

2. Ibid, et v. comme source de cette opinion répandue Vincent de Beauvais, I. cit., la lettre d’Yves de Narbonne, etc.

religieuse arrêtée : ils écoutaient curieusement les prêtres chrétiens, musulmans ou bouddhistes, ne décourageant aucun prosélytisme et donnant aux missionnaires des espérances très-mal fondées1. Mais ils élaient pénétrés de celte conviction qu’il ne devait y avoir qu’un maître sur la terre, et que ce maître devait être le Khan suprême des célestes intrépides, des Kôke-Monghols 2. Leur véritable foi était une foi illimitée dans leur droit de guerre et de conquête. Les lois de Gengis-Khan disaient formellement que l'on ne doit épargner ni la vie ni les propriétés de l’ennemi et que l’on doit tuer les habitants d’une ville prise d'assaut3. G’étail un sacrilège de leur résister ; et les rois tels que Bêla qui ne baissaient pas les yeux devant leur regard, étaient dignes de tous les supplices : de là le style étrange de leurs sommations, et la cruauté systématique à laquelle ils durent une renommée si détestable et si légitime.

Ils mettaient au service de cette passion dévorante beaucoup plus d’intelligence qu’on ne leur en accorde volontiers et, au besoin, beaucoup de ruse. Leur stratégie consistait, pour une grande part, en fuites simulées, presque toujours mortelles pour l'ennemi. Si leurs armes ordinaires étaient trèssimples, quelques-unes de leurs tribus 4 avaient des armes à

M. Léon Feer (1. cit.), et déjà Abel liémusat (1. cit.) ont insisté avec raison sur celte indifférence.

2. C'est là le nom donné par Tchinguis-Klian (le chef suprême) à ses peuples. Remarquons qu’en hongrois, comme en mongol, kek (keeke) signifie bleu , couleur du ciel.

3. C’est là une partie importante du code appelé Jasa, la défense, ou Tund-Schin, ce qu’il faut savoir. Rapprochons ce tund du hongrois tud, savoir.

i. Les Karavinas portaient une sorte de canons-fusils. Hammer et

LES ROIS DE LA RACE D’ARPAD

feu empruntées aux Chinois, ainsi que d’excellentes machines de siège, des balistes et des tours faciles à démonter et à monter, que l’on appliquait contre les remparts. Aussi fort peu de villes ont-elles pu leur résister. Des trompettes, des tambours et des cloches les excitaient au combat. Leur cri de sürün (en avant) effrayait leurs ennemis. La hiérarchie était régulière, Fobéissance absolue, les pénalités terribles ; l’armée était partagée en troupes de dix mille, de mille, de cent, de dix hommes, et, si un soldat s’enfuyait, les neuf autres hommes de l’escouade étaient mis à mort. Pour des choses moins graves, les coups de fouet, toujours en nombre impair, depuis trois jusqu’à soixante-dix-sept, pouvaient être infligés, même aux princes, et n’avaientrien de déshonorant. Tous les services auxiliaires étaient soigneusement distingués : il y avait des trésoriers, des quartiers-maîtres chargés de disposer les tentes, des juges-prévôts, des adjudants qui réglaient la marche des troupes ; et des relais, disposés sur toutes les routes parcourues par l’armée, assuraient la transmission rapide des ordres suprêmes. On voit que si les Mon gols étaient assurément des barbares, c’étaient des barbares savants et disciplinés.

Les Hongrois ne se doutaient pms qu’un assez grand nombre de mots mongols se retrouvent en magyar, et que plusieurs des principes grammaticaux sont les mêmes dans les deux langues ; ils n’avaient aucune idée de la parenté lointaine, mais de la parenté que révèle l’étude des idiomes d’accord avec les ressemblances historiques L Sur l’origine de ces

Wol se demandent si ce ne serait pas là l’origine du mot carabine , très-différemment expliqué par M. Littré.

1. Les Mongols sont regardés par M. Millier, par Benfey et par presque tous les philologues actuels, comme une des quatre grandes

tribus féroces les idées les plus étranges et les plus contradictoires étaient répandues : on expliquait le nom de Tatar par celui du Tartare1, berceau digne de pareils monstres, et ce jeu de mots, qui s’est produit dans plusieurs pays à la fois, transformait définitivement le nom de toute la race. D’autres les faisaient descendre d’Ismaël ou de Goget Magog2. On avait entendu dire qu’ils n'avaient pas l'alphabet national, et que celui dont ils se servaient leur avait été donné par des hommes graves et pâles, qui jeûnaient et portaient de longues robes : s’agissait-il des bouddhistes venus du Thibet, ou plutôt cet alphabet ne serait-il pas l’alphabet ouigour, dû primitivement aux Nestoriens missionnaires? Les contemporains voyaient dans ces précepteurs des Mongols les descendants des Pharisiens et des Sadducéens, et dans les Mongols eux-mêmes les descendants des Juifs qui avaient quitté les tribus lors du culte du veau d’or. Il est vrai qu’ils ne savaient pas l’hébreu, et l’on cherchait à quel motif attribuer ce phénomène. Enfin, quelques témoins irrités de leurs ravages ne pouvaient, croire que ce fussent là des hommes, et les qualifiaient d’ânes sauvages, onagros , silvestres asinos3.

Cependant l’effroi ôtait grand sur les bords du Danube, et Bêla, ne voulant priver son royaume d'aucune des forces capables de le protéger, défendit aux évêques de se rendre en Italie pour le concile. Grégoire IX, mécontent de cette attitude qui lui semblait une révolte, écrivit aux deux arche-

branches, très-distinctes, de la race oural-altaïque (avec les Tartares- Mandchoux, les Turcs et les Ouralo-Finnois).

1. Gens Tartarorum , a Tartaro oriuncla , écrit le moine Jordanus {. Additamenta de M. Paris, p. 138', elc.

2. Lettres déjà citées, 1° de Julien, 2° à l’évèque de Paris.

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